Prédication, samedi de la 25ème semaine du temps ordinaire

26 septembre 2026

Regarder l'être avant le paraître

Aujourd’hui, Dominique Laperle, L.O.P., nous transmet le message bien d’actualité des lectures du jour : il nous met en garde contre les effets adverses d’accorder la priorité aux apparences plutôt qu’à l’intériorité.

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Prédication

Frères et sœurs, il y a quelques années, un reportage montrait que dans certains pays, notamment en Corée du Sud, des sommes considérables sont investies dans la chirurgie esthétique. Beaucoup espèrent ainsi corriger un défaut, retrouver confiance ou atteindre un idéal de beauté. Il ne s’agit pas ici de juger les personnes. Derrière ces démarches se cachent souvent des blessures réelles, des souffrances profondes et un désir légitime d’être aimées.

Mais ce phénomène nous pose une question spirituelle : que se passe-t-il lorsqu’une société accorde davantage d’importance à l’apparence qu’à la beauté intérieure ? À force de regarder le miroir, ne risque-t-on pas d’oublier l’essentiel ? À force de corriger le visage, ne risque-t-on pas de négliger le cœur ?

La première lecture tirée du Qohèleth nous place devant une vérité dérangeante. L’auteur invite le jeune à se réjouir, à profiter de sa vigueur et des jours heureux de sa jeunesse. Mais il ajoute immédiatement qu’il devra rendre compte à Dieu de sa vie. Puis vient cet avertissement : « Écarte de ton cœur le chagrin et éloigne le mal de ton corps ; mais la jeunesse et les cheveux noirs sont vanité. » Le Qohèleth n’est pas un ennemi de la joie. Il nous rappelle simplement que tout ce qui passe ne peut devenir le fondement ultime de notre existence. La jeunesse passe. La beauté passe. La force passe. Les modes passent. Celui qui construit sa vie uniquement sur ces réalités fragiles risque de découvrir un jour un grand vide intérieur.

L’Évangile nous montre une autre forme d’aveuglement. Jésus vient d’accomplir des prodiges qui remplissent les foules d’admiration. Tous sont frappés par la grandeur de Dieu. Pourtant, au moment même où l’émerveillement est à son comble, Jésus déclare à ses disciples : « Le Fils de l’homme va être livré aux mains des hommes. » Mais les disciples ne comprennent pas. Ils entendent les paroles, mais leur cœur n’est pas prêt à les accueillir. Ils préfèrent sans doute demeurer dans le moment présent, dans le succès apparent de leur maître, dans l’enthousiasme des foules. La gloire les attire davantage que la croix.

N’est-ce pas aussi notre tentation ? Nous aimons ce qui brille, ce qui réussit, ce qui impressionne. Nous recherchons les signes extérieurs de la réussite personnelle, sociale ou même religieuse. Mais Jésus nous invite constamment à regarder plus loin. Derrière les apparences du triomphe, il révèle le mystère du don de soi. Derrière la gloire, il annonce déjà la Passion. Derrière l’extérieur, il conduit vers la vérité du cœur.

Voilà sans doute l’une des grandes maladies spirituelles de notre temps : voir beaucoup de choses, mais ne plus voir l’essentiel. Observer les apparences, mais ne plus reconnaître les blessures cachées. Soigner l’extérieur, mais laisser l’intérieur se dessécher. Notre monde est rempli de personnes qui possèdent presque tout et qui pourtant demeurent profondément seules. Le vide intérieur est souvent dissimulé sous l’abondance extérieure.

Saint Luc est alors pour nous une véritable école du regard. Tout au long de son Évangile, il nous apprend à voir comme Jésus voit. Là où tant de regards s’arrêtent aux apparences, Jésus rejoint le cœur. Là où certains voient une faute, il découvre une possibilité de relèvement. Là où d’autres classent les personnes selon leur utilité ou leur prestige, il reconnaît toujours un enfant bien-aimé du Père. Le Christ regarde l’être avant le paraître.

C’est ici que je pense au dominicain Joseph-Marie Perrin. Paradoxalement, cet homme aveugle a vu plus loin que beaucoup d’autres. Responsable de l’œuvre Caritas Christi, il ne pouvait s’appuyer sur les apparences. Sa cécité l’obligeait à une autre forme de vision. Son génie spirituel n’était pas d’abord intellectuel. Il possédait cette capacité rare de percevoir les personnes en profondeur. Il ne s’arrêtait ni aux réussites ni aux échecs. Il cherchait l’action de Dieu dans chaque âme. Sa dépendance à l’égard de ses frères dominicains et des Petites Sœurs de Sainte-Catherine-de-Sienne ne l’a pas enfermé dans le repli sur lui-même ; elle l’a au contraire rendu plus attentif aux autres et plus disponible à la grâce.

Joseph-Marie Perrin avait compris quelque chose que le Qohèleth et l’Évangile nous enseignent aujourd’hui : les yeux du corps peuvent être fascinés par ce qui passe, tandis que les yeux du cœur peuvent découvrir ce qui demeure. La vraie beauté n’est pas celle que le temps conserve quelques années. La vraie beauté est celle que l’amour de Dieu fait grandir en nous jour après jour.

Demandons donc au Seigneur la grâce de dépasser les apparences. Demandons-lui un cœur capable d’entendre ce que les disciples avaient peine à comprendre. Demandons-lui un regard capable de discerner, au-delà des visages et des réussites, la présence de Dieu dans chaque personne.

Alors nous découvrirons que la véritable jeunesse est celle du cœur qui demeure ouvert à Dieu, que la véritable beauté est celle de l’amour, et que la véritable sagesse consiste à voir les autres avec les yeux mêmes du Christ. Amen.

Dominique Laperle, L.O.P.

 

PRIÈRE

Tu as voulu, Seigneur Dieu,
que la parole et le sang de tes saints martyrs,
Jean Brébeuf, Isaac Jogues et leurs compagnons,
sanctifient les débuts de l’Église en Amérique du Nord ;
fais que se lève partout, à leur prière,
une moisson de chrétiens chaque jour plus abondante.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
lui qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.

∞ Amen.