Prédication, 6e mardi du temps ordinaire A

17 février 2026

Têtes dures !

Aujourd’hui, le frère Hervé Tremblay, O.P., éclaircit pour nous les intentions de Jésus dans l’évangile du jour, nous explique la transition entre la première et la deuxième partie de l’évangile de Marc et nous amène à nous poser des questions…

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Prédication

Mais qu’est-ce qu’ils auraient dû comprendre, les disciples ?

L’évangile de Marc n’est le préféré de personne. En effet, il est presque entièrement répété dans les deux autres synoptiques beaucoup plus longs, Matthieu et Luc. Or, nous avons aujourd’hui l’un des rares passages qui se trouvent uniquement dans l’évangile de Marc. On a suggéré que Matthieu et Luc ne l’avaient pas inclus dans leur évangile parce que Jésus s’y montre trop dur envers les apôtres.

Mais ce n’est probablement pas la raison. Ce passage termine la première partie de l’évangile, dans laquelle Jésus veut faire comprendre sa vraie identité. Il fait tout pour qu’on se pose des questions à son sujet et qu’on se demande qui il est. Dans Marc, Jésus ne fait des miracles que dans cette première partie. Mais les disciples et les gens sont lents à se poser des questions et quand ils en posent, ce ne sont pas les bonnes. La première question sérieuse des disciples sur l’identité de Jésus arrive à la fin du chapitre 4 (4, 41) dans l’épisode de la tempête apaisée. Jésus, un peu exaspéré, pourrait-on dire, frappe un grand coup. Dans un geste qui rappelle celui du Créateur en Gn 1, Jésus montre sa maîtrise sur les eaux hostiles. N’importe qui se serait posé des questions, non ? Mais, alors que cette partie de l’évangile continue et que certaines questions sont effectivement posées, les apôtres n’arrivent toujours pas à reconnaître la véritable identité de Jésus. C’est frustrant.

C’est pour cette raison que Jésus n’est pas content. Les apôtres ont vu des miracles et n’ont pas su en tirer les bonnes conclusions. Ils ont entendu un enseignement nouveau et ne se sont pas posé de questions. Ils n’ont rien compris. Ils ont la tête dure. On dirait en québécois qu’ils ont une tête de…

Mais il ne faut pas s’en faire, ils finiront bien par comprendre. Dès le chapitre suivant, Pierre, au nom de tout le groupe, confessera que Jésus est le messie (8, 29). Enfin ! Ce n’était pas trop tôt. À partir de ce moment-là, la prédication de Jésus va changer et se concentrer sur la manière que Dieu a choisie pour sauver le monde : par le mystère pascal de la mort et résurrection de Jésus. Les apôtres vont encore résister, car personne n’aime entendre parler de souffrances et de mort. Mais c’est là la deuxième partie de l’évangile de Marc, qui montrera comment les apôtres vont aussi finir par accepter la « manière de Dieu ».

Les durs reproches de Jésus à la fin de cette première partie de l’évangile de Marc ont donc pour but de réveiller les disciples endormis, voire peu intéressés. C’est comme un coup de pied quelque part qui suscite une réaction. Il avait bien essayé plus doucement et plus subtilement, mais rien n’a marché. Alors, il fallait frapper un grand coup.

De même que les apôtres nous sont présentés comme des humains normaux qui mettent du temps à comprendre et à accepter, à se convertir aux manières de Dieu, alors que Marc les présente comme des hommes lourds et pesants et pas très subtils, il me semble que c’est encourageant pour nous qui résistons souvent ou trainons de la patte.

Considérons-nous que nous avons compris ? Si oui, comment cela se traduit-il dans notre vie ? Sinon, qu’est-ce qui manque encore ? En ce mardi gras, alors que nous sommes aux portes du carême 2026, que les questions de Jésus résonnent à nos oreilles : Comment ? Vous n’avez pas encore compris ? Aide-nous, Seigneur, à comprendre et à vivre en conséquence.

On a tout le carême pour se mettre à l’écoute, tout le carême pour comprendre toujours un peu plus, tout le carême pour avancer.

Fr. Hervé Tremblay, O.P.

 

PRIÈRE

Dieu de puissance et de miséricorde,
c’est ta grâce qui donne à tes fidèles
de pouvoir dignement te servir ;
nous t’en prions :
accorde-nous de courir sans que rien nous arrête
vers les biens que tu promets.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.

∞ Amen.