1er février 2026
En quête de bonheur
Aujourd’hui, le frère Daniel Cadrin, O.P., nous explique en détail la voie vers le bonheur que Jésus nous propose lors du Sermon sur la montagne.
LIVRE DU PROPHÈTE SOPHONIE (2, 3; 3, 12-13)
Cherchez le Seigneur, vous tous, les humbles du pays, qui accomplissez sa loi. Cherchez la justice, cherchez l’humilité : peut-être serez-vous à l’abri au jour de la colère du Seigneur.
Je laisserai chez toi un peuple pauvre et petit ; il prendra pour abri le nom du Seigneur. Ce reste d’Israël ne commettra plus d’injustice ; ils ne diront plus de mensonge ; dans leur bouche, plus de langage trompeur. Mais ils pourront paître et se reposer, nul ne viendra les effrayer.
PREMIÈRE LETTRE DE SAINT PAUL APÔTRE AUX CORINTHIENS (1, 26-31)
Vous qui avez été appelés par Dieu, regardez bien : parmi vous, il n’y a pas beaucoup de sages aux yeux des hommes, ni de gens puissants ou de haute naissance.
Au contraire, ce qu’il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion les sages ; ce qu’il y a de faible dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi, pour couvrir de confusion ce qui est fort ; ce qui est d’origine modeste, méprisé dans le monde, ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi, pour réduire à rien ce qui est ; ainsi aucun être de chair ne pourra s’enorgueillir devant Dieu. C’est grâce à Dieu, en effet, que vous êtes dans le Christ Jésus, lui qui est devenu pour nous sagesse venant de Dieu, justice, sanctification, rédemption.
Ainsi, comme il est écrit : Celui qui veut être fier, qu’il mette sa fierté dans le Seigneur.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT MATTHIEU (5, 1-12a)
En ce temps-là, voyant les foules, Jésus gravit la montagne. Il s’assit, et ses disciples s’approchèrent de lui. Alors, ouvrant la bouche, il les enseignait.
Il disait : « Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux.
Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés. Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage.
Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés. Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde. Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu.
Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu. Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux êtes-vous si l’on vous insulte, si l’on vous persécute et si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, car votre récompense est grande dans les cieux ! »
Prédication
Le moment est solennel. Jésus, sur la montagne, comme un nouveau Moïse, va énoncer la Loi nouvelle. De quoi parle-t-il d’abord ? Du bonheur ! Avec huit pistes pour être heureux. Car c’est la quête fondamentale qui habite l’être humain ; et les traditions morales et religieuses nous proposent des voies pour le trouver.
Mais le bonheur, comment l’atteindre et le faire demeurer avec nous et en nous ? Il passe vite et tant de voix aujourd’hui nous le promettent : essayez notre technique, suivez votre impulsion, procurez-vous tel objet,… Le bonheur que nous annoncent ces voix multiples vient surtout de l’extérieur. Il peut s’acheter ou se louer, il peut s’acquérir en suivant le mode d’emploi, en pesant sur le bon bouton, ou en sortant sa carte de crédit.
En l’Évangile de Matthieu, Jésus lui aussi nous annonce un bonheur, mais il n’est pas lié à des choses, ni à des sentiments ou à des recettes. Il se trouve dans une option à prendre, dans des attitudes à développer et dans des actions à accomplir. Jésus propose un chemin de vie. Cette voie n’est ni facile ni complaisante. Elle heurte avec vigueur les normes et modèles de notre culture. C’est un chemin déroutant qui conteste nos réflexes spontanés, mais cette voie est libératrice et conduit à une joie plus durable et profonde : Heureux.
Les pauvres de cœur : non pas la passivité résignée, mais l’ouverture et l’accueil confiant face au mystère d’un Dieu fidèle ; le contraire de l’orgueil suffisant qui se croit centre du monde.
Ceux qui pleurent : non pas les plaintes incessantes à la moindre difficulté, mais le cœur attentif aux blessures ; le contraire de l’inconscience commode face aux malheurs.
Les doux : non pas le caractère timoré et retiré, mais l’audace et la patience de répondre à la violence par la tendresse ; le contraire du cœur endurci qui avance en piétinant les autres.
Les affamés et assoiffés de justice : non pas le fanatisme obsessif, mais le désir profond d’un monde différent, habitable pour tous ; le contraire de l’indifférence amorphe qui renonce à l’espoir.
Les miséricordieux : non pas le sentimentalisme aveugle, mais la compassion active face aux détresses d’autrui ; le contraire du mépris insensible et sans pardon.
Les cœurs purs : non pas l’innocence naïve, mais la droiture et la cohérence entre l’intérieur et l’extérieur ; le contraire de la fausseté et de l’hypocrisie qui secrètent le mensonge.
Les artisans de paix : non pas la tranquillité à tout prix, mais le labeur courageux pour construire la fraternité humaine et pour réconcilier ; le contraire de la haine étroite qui s’enferme dans ses refus.
Les persécutés pour la justice : non pas la posture automatique de victime, mais l’engagement risqué pour un monde équitable ; le contraire du conformisme satisfait qui se complaît dans les combines.
Pourquoi s’embarquer sur un tel chemin de justice (quatrième et huitième béatitude) et prendre le risque d’être ridiculisés, et même persécutés ? Pour oser cela, il faut entendre l’annonce du Royaume des cieux (mentionné à la première et à la dernière béatitude) et son appel à la conversion du désir, au dépassement. Sentir qu’il vaut la peine et la joie de mettre ce Royaume en priorité dans notre vie.
Ces béatitudes sont un portrait de Jésus, en même temps que celui de ses disciples : il les réalise lui-même, jusqu’au bout. Il vaut la peine de marcher à sa suite dans la confiance au Dieu bon qu’il révèle. En gardant vive en soi la quête d’un vrai bonheur, celui d’autrui et de soi-même, ensemble, sur un chemin de vérité et de vie. Amen.
Fr. Daniel Cadrin, O.P.
PRIÈRE
Regarde, Seigneur, ton peuple assemblé autour de toi.
Tu sais la soif et la faim qui nous tenaillent,
tu sais le désir en nous d’un mieux-être et d’un mieux-vivre.
Toi qui seul peux nous combler,
donne-nous au-delà même de ce que nous espérons
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur qui règne
avec toi et le Saint Esprit
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.
