1er avril 2025
Une puissance de guérison
Aujourd’hui, le frère André Descôteaux, O.P., nous montre ce que Jésus fait de sa liberté et de sa puissance, ainsi que sa volonté de libérer les êtres humains de tout ce qui les entrave pour leur offrir une vie nouvelle.

LIVRE DU PROPHÈTE ÉZÉKIEL (47, 1-9.12)
En ces jours-là, au cours d’une vision reçue du Seigneur, l’homme me fit revenir à l’entrée de la Maison, et voici : sous le seuil de la Maison, de l’eau jaillissait vers l’orient, puisque la façade de la Maison était du côté de l’orient. L’eau descendait de dessous le côté droit de la Maison, au sud de l’autel.
L’homme me fit sortir par la porte du nord et me fit faire le tour par l’extérieur, jusqu’à la porte qui fait face à l’orient, et là encore l’eau coulait du côté droit. L’homme s’éloigna vers l’orient, un cordeau à la main, et il mesura une distance de mille coudées ; alors il me fit traverser l’eau : j’en avais jusqu’aux chevilles. Il mesura encore mille coudées et me fit traverser l’eau : j’en avais jusqu’aux genoux. Il mesura encore mille coudées et me fit traverser : j’en avais jusqu’aux reins.
Il en mesura encore mille : c’était un torrent que je ne pouvais traverser ; l’eau avait grossi, il aurait fallu nager : c’était un torrent infranchissable. Alors il me dit : « As-tu vu, fils d’homme ? » Puis il me ramena au bord du torrent. Quand il m’eut ramené, voici qu’il y avait au bord du torrent, de chaque côté, des arbres en grand nombre.
Il me dit : « Cette eau coule vers la région de l’orient, elle descend dans la vallée du Jourdain, et se déverse dans la mer Morte, dont elle assainit les eaux. En tout lieu où parviendra le torrent, tous les animaux pourront vivre et foisonner. Le poisson sera très abondant, car cette eau assainit tout ce qu’elle pénètre, et la vie apparaît en tout lieu où arrive le torrent. Au bord du torrent, sur les deux rives, toutes sortes d’arbres fruitiers pousseront ; leur feuillage ne se flétrira pas et leurs fruits ne manqueront pas. Chaque mois ils porteront des fruits nouveaux, car cette eau vient du sanctuaire. Les fruits seront une nourriture, et les feuilles un remède. »
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT JEAN (5, 1-16)
À l’occasion d’une fête juive, Jésus monta à Jérusalem. Or, à Jérusalem, près de la porte des Brebis, il existe une piscine qu’on appelle en hébreu Bethzatha. Elle a cinq colonnades, sous lesquelles étaient couchés une foule de malades, aveugles, boiteux et impotents.
Il y avait là un homme qui était malade depuis trente-huit ans. Jésus, le voyant couché là, et apprenant qu’il était dans cet état depuis longtemps, lui dit : « Veux-tu être guéri ? » Le malade lui répondit : « Seigneur, je n’ai personne pour me plonger dans la piscine au moment où l’eau bouillonne ; et pendant que j’y vais, un autre descend avant moi. » Jésus lui dit : « Lève-toi, prends ton brancard, et marche. » Et aussitôt l’homme fut guéri. Il prit son brancard : il marchait !
Or, ce jour-là était un jour de sabbat. Les Juifs dirent donc à cet homme que Jésus avait remis sur pied : « C’est le sabbat ! Il ne t’est pas permis de porter ton brancard. » Il leur répliqua : « Celui qui m’a guéri, c’est lui qui m’a dit : “Prends ton brancard, et marche !” » Ils l’interrogèrent : « Quel est l’homme qui t’a dit : “Prends ton brancard, et marche” ? » Mais celui qui avait été rétabli ne savait pas qui c’était ; en effet, Jésus s’était éloigné, car il y avait foule à cet endroit.
Plus tard, Jésus le retrouve dans le Temple et lui dit : « Te voilà guéri. Ne pèche plus, il pourrait t’arriver quelque chose de pire. » L’homme partit annoncer aux Juifs que c’était Jésus qui l’avait guéri. Et ceux-ci persécutaient Jésus parce qu’il avait fait cela le jour du sabbat.
Homélie
Si l’évangile d’hier mettait en lumière la puissance de la parole de Jésus qui peut guérir même sans être présent physiquement, il insistait sur la foi. Une foi qui progresse, une foi qui mûrit et devient une confiance absolue en la parole de Jésus, même en son absence.
Dans l’extrait de ce matin, la foi disparaît pour mettre l’emphase sur la toute-puissance souveraine de Jésus. C’est d’abord lui qui décide d’intervenir. Le malade ne lui demande rien. Dans certaines traductions, on rend le ‘ayant appris qu’il était dans cet état depuis 38 ans’ par ‘sachant qu’il était dans cet état’, manifestant ainsi une connaissance surnaturelle de la situation du malade avant même que celui-ci ne dise quoi que ce soit. Aucune demande de sa part. Aucune mention d’une quelconque compassion de Jésus ni de pitié. Tout relève de sa liberté.
La réponse du paralytique à la question de Jésus « Veux-tu être guéri ? » met en lumière la situation sans issues dans laquelle il se trouve et par là la grandeur du miracle. Il est tellement handicapé qu’il ne peut profiter du caractère curatif de l’eau de la piscine. Et cela dure depuis 38 ans ! ‘Lève-toi’. Parole manifestant la puissance de la parole de Jésus. L’homme obéit : il se lève, prend son brancard et marche !
Jésus puissant, capable de guérir un homme paralysé depuis de nombreuses années ! Geste spectaculaire ! Au départ, les Juifs sont surpris que le miraculé porte son brancard un jour de sabbat. Une polémique s’ensuivra occultant le geste posé par Jésus qui pourtant devrait être perçu comme un signe ! Comme dans le cas du miracle de l’aveugle-né, obnubilés par la Loi, les opposants à Jésus sont aveugles à son action.
Notre paralytique nouvellement guéri rencontre Jésus qui lui tient des propos pouvant susciter notre étonnement. « Ne pèche plus, il pourrait t’arriver pire encore ! » Jésus ne s’intéresse nullement à la question du sabbat autour de laquelle plusieurs s’agitent, mais uniquement à l’homme nouvellement guéri. Il faut qu’il conserve la vie qu’il lui a donnée. Le ‘ne pèche plus’ montre la profondeur de l’action de Jésus. Il y a eu bien plus qu’une guérison. Une nouvelle relation s’est établie entre Dieu et lui. Un nouveau commencement, une nouvelle vie à construire s’offre au paralytique guéri. Qu’y a-t-il de pire que ces 38 ans d’enfermement dans une paralysie avec aucun espoir de s’en sortir si ce n’est la perte de la vie donnée par Jésus ou la mort définitive ?
Ce miracle mettant en lumière la puissance de Jésus montre bien la portée de son action. Jésus est le sauveur de tout l’être humain et de tout être humain, pour reprendre une expression de saint Paul VI. Rien ne peut échapper à sa volonté de guérir, de sauver, de donner la vie. Il offre à tous, même dans les conditions les plus désespérées, la possibilité d’une vie nouvelle, de la vie en plénitude.
Vie en plénitude dont nous recevons les premiers germes dans les eaux du baptême. La liturgie de la Parole nous inonde. L’eau jaillissant du Temple, dans la première lecture, devient un torrent immense où abonde la vie sous toutes ses formes et où même les eaux de la mer Morte sont assainies.
Nous avons tous été plongés dans ces eaux provenant du cœur du Christ, dans ces torrents de grâce et de vie. C’est lui qui, comme pour le paralytique, nous a vus en premier. C’est lui qui comprend notre situation, quelle qu’elle soit. C’est lui qui nous fait renaître à la vie nouvelle.
Comme au paralytique, Jésus nous pose deux questions, deux questions fondamentales. La première : ‘Le veux-tu ?’ Voulons-nous changer ? Sommes-nous prêts à nous laisser déranger, à nous lever et à marcher vers un inconnu ? Et la deuxième, pour reprendre saint Jean-Paul II, ‘qu’as-tu fait de ton baptême ?’
Que ce carême nous permette de renouveler notre désir de la vie nouvelle et d’y rester attaché non seulement par crainte de ce qui pourrait nous arriver, mais surtout parce qu’un grand amour sauveur nous attend et qu’en lui seul se trouvent notre bonheur et notre vie véritables. Amen.
Fr. André Descôteaux, O.P.
PRIÈRE
Seigneur,
en ce temps de pénitence,
donne à tes fidèles de te servir d’un cœur généreux,
pour être bien disposés à accueillir le mystère pascal
et proclamer l’annonce de ton salut.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.