Homélie, dimanche, 2e semaine du Carême

16 mars 2025

Reconnaissance faciale

En ce deuxième dimanche du Carême, le frère Raymond Latour, O.P., nous invite à comprendre la Transfiguration du point de vue des apôtres qui étaient présents et à accueillir cette Lumière en nos cœurs pour mieux vivre la foi et l’amour en communauté. 

reconnaissance-faciale

Homélie

Le Centre étudiant dominicain vous propose plusieurs activités tout au long de l’année académique. Plusieurs parmi vous ont répondu à une invitation de prendre part à une retraite qui se conclue justement par cette célébration eucharistique. À chacun de nos rendez-vous dominicaux, nous nous retrouvons en quelque sorte sur la montagne sainte, ce lieu symbolique de la présence de Dieu. C’est l’occasion d’élever notre cœur, de prendre un peu de distance, de hauteur par rapport à notre quotidien.

En partant à la montagne en compagnie de Jésus, Pierre, Jean et Jacques pouvaient se douter qu’il se passerait quelque chose, dans l’ordre d’un approfondissement de leur foi ou d’une meilleure compréhension du message de Jésus. Ils ne soupçonnaient pas à quel point ils seraient servis !

En arrivant, pas de surprise, Jésus se met en prière. Les trois disciples aussi, quoique un peu somnolents. Rêvent-ils ? L’aspect du visage de Jésus devient autre, et son vêtement est d’une blancheur éblouissante ! Jésus leur apparaît enveloppé de gloire ! Les disciples ont soudain accès à une personne différente du Jésus familier qu’ils connaissaient jusque-là. Ils l’avaient vu accomplir des prodiges, guérir des malades, chasser des démons, parler avec autorité, mais là, c’était un autre Jésus qu’ils avaient sous les yeux. La gloire de Dieu rayonnait sur lui, mieux, elle semblait émaner de sa personne. Dieu a bien fait voir des étoiles à Abraham au soir de sa vie, mais ici, c’est du jamais vu, même parmi les personnages les plus éminents de toute l’histoire d’Israël !

Et justement, voici que la vision se prolonge. Jésus est en compagnie de Moïse et d’Élie. Tous deux sont célèbres pour leur rencontre avec Dieu, l’un sur la montagne du Sinaï, l’autre sur la montagne de l’Horeb. Ils représentent la Loi et les prophètes : ils sont deux, comme s’ils venaient témoigner sur cette montagne que Jésus est bel et bien l’accomplissement de toutes les Écritures. Ils causent avec Jésus, au centre de leur conversation. « Ils parlaient de son départ qui allait s’accomplir à Jérusalem », précise l’Évangile. Comme si cet événement à venir concernait directement les deux illustres personnages. Par sa Mort et sa Résurrection, Jésus porterait à son achèvement, de façon décisive, le dessein de salut dont ils avaient été, eux, d’importants relais. Et l’Événement de la Mort et de la Résurrection de Jésus allait projeter une lumière nouvelle qui éclairerait la Loi et les prophètes. Moïse et Élie, par leur présence sur la montagne, reconnaissaient que Jésus était l’interprète autorisé de la parole qu’ils avaient transmise. Il était lui aussi en constant dialogue avec eux, ont pu comprendre les disciples.

Le moment est magnifique. Pierre aurait bien voulu qu’il s’éternise et suggère de dresser trois tentes, « une pour toi, une pour Moïse, une pour Élie », propose-t-il sans trop savoir ce qu’il dit. Mais son énumération révèle déjà sa compréhension de la vision qu’il leur a été donnée : c’est Jésus qui a la prééminence sur Moïse et Élie. Il est bien au centre du dessein de salut, au sommet de la Révélation. Il nous arrive de dire des choses profondes lorsque nous ne savons pas ce que nous disons !

Enfin, dernier phénomène, cette nuée qui vient recouvrir la scène, comme si un rideau de pénombre s’y abattait. Et voilà qu’une voix se fait entendre. Il n’y a pas à s’y méprendre, c’est celle de Dieu, comme au baptême de Jésus. Cette fois, c’est aux disciples, et bien sûr à nous, qu’elle est destinée : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le ! » C’est Dieu qui affirme l’identité de Jésus, il est son Fils, de nature divine. C’est lui, l’Envoyé à qui il a confié une mission.

La vision est terminée. Elle se prolongera dans l’écoute de la parole de Jésus, l’écoute obéissante de sa parole. Celle dont tout disciple témoigne depuis sa rencontre avec Dieu dans la foi.

Pour les trois disciples, il y a beaucoup à assimiler de ce moment sur la montagne. Il était destiné à les aider à surmonter le drame de la Croix, mais il faudra l’éclat beaucoup plus discret de la Résurrection pour que la gloire de Jésus habite leur cœur. Il faudra aussi le don de l’Esprit pour que la vision éphémère les illumine de sa vérité.

En ce qui nous concerne, nous pouvons tout à la fois goûter l’intensité de leur expérience et vivre de la lumière de la Résurrection qui nous a été accordée au baptême. La foi nous a donné accès à un bien grand mystère qui nous dépasse. Elle est en nous une lumière qui guide nos pas. Elle a pu nous éblouir certains jours, mais au quotidien, elle répand en nous une paix, une joie qui raffermit notre marche, nous donne courage et espérance. Notre regard en est transformé à jamais. La lumière du Christ nous habite et en elle, nous découvrons notre propre visage et celui de nos frères et sœurs. Elle nous rend capables de les rencontrer, de les aimer. Tous nos moments lumineux y participent.

Le souhait de Pierre de dresser trois tentes n’a pas été exaucé. La vision réclamait déjà une Église en sortie. N’empêche, nous avons le loisir de visiter les « tentes » de Moïse, d’Élie et de Jésus. Ensemble, ils nous redisent la Parole de Dieu qui nous fait voir Jésus sous une lumière nouvelle, toujours renouvelée. C’est cette parole qui nous envoie au monde. Sur la montagne sainte, que représente notre rassemblement, nous les rencontrons ces personnages en dialogue avec la Lumière véritable. En leur compagnie, nous recevons la nourriture pour poursuivre notre route de pèlerins d’espérance. Cette entrée dans la lumière établit notre communion, une communion nous transfigure et qui possède une force transformatrice.

Par la prière, particulièrement durant ce temps du Carême, nos yeux s’ouvrent à l’amour, à la présence de Dieu en nos vies. Nous qui cherchons la face de Dieu, la foi nous sert de reconnaissance faciale. Découvrons son visage !

Fr. Raymond Latour, O.P.

 

PRIÈRE

Seigneur Dieu,
tu nous as dit d’écouter ton Fils bien-aimé ;
fais-nous trouver dans ta parole la nourriture
de notre vie spirituelle,
afin que, d’un regard purifié,
nous ayons la joie de contempler ta gloire.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.

∞ Amen.