14 mars 2025
Arrête de bougonner !
En ce temps de Carême, le frère André Descôteaux, O.P., nous invite à scruter nos cœurs pour en extirper les colères, les rancunes et les chicanes et pour présenter au Seigneur un cœur libre et réconcilié.

LIVRE DU PROPHÈTE ÉZÉKIEL (18, 21-28)
Ainsi parle le Seigneur Dieu : Si le méchant se détourne de tous les péchés qu’il a commis, s’il observe tous mes décrets, s’il pratique le droit et la justice, c’est certain, il vivra, il ne mourra pas. On ne se souviendra d’aucun des crimes qu’il a commis, il vivra à cause de la justice qu’il a pratiquée. Prendrais-je donc plaisir à la mort du méchant – oracle du Seigneur Dieu –, et non pas plutôt à ce qu’il se détourne de sa conduite et qu’il vive ?
Mais le juste, s’il se détourne de sa justice et fait le mal en imitant toutes les abominations du méchant, il le ferait et il vivrait ? Toute la justice qu’il avait pratiquée, on ne s’en souviendra plus : à cause de son infidélité et de son péché, il mourra !
Et pourtant vous dites : « La conduite du Seigneur n’est pas la bonne. » Écoutez donc, fils d’Israël : est-ce ma conduite qui n’est pas la bonne ? N’est-ce pas plutôt la vôtre ? Si le juste se détourne de sa justice, commet le mal, et meurt dans cet état, c’est à cause de son mal qu’il mourra. Si le méchant se détourne de sa méchanceté pour pratiquer le droit et la justice, il sauvera sa vie. Il a ouvert les yeux et s’est détourné de ses crimes. C’est certain, il vivra, il ne mourra pas.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT MATTHIEU (5, 20-26)
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Je vous le dis : Si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux.
« Vous avez appris qu’il a été dit aux anciens : Tu ne commettras pas de meurtre, et si quelqu’un commet un meurtre, il devra passer en jugement. Eh bien ! moi, je vous dis : Tout homme qui se met en colère contre son frère devra passer en jugement. Si quelqu’un insulte son frère, il devra passer devant le tribunal. Si quelqu’un le traite de fou, il sera passible de la géhenne de feu.
« Donc, lorsque tu vas présenter ton offrande à l’autel, si, là, tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse ton offrande, là, devant l’autel, va d’abord te réconcilier avec ton frère, et ensuite viens présenter ton offrande. Mets-toi vite d’accord avec ton adversaire pendant que tu es en chemin avec lui, pour éviter que ton adversaire ne te livre au juge, le juge au garde, et qu’on ne te jette en prison.
« Amen, je te le dis : tu n’en sortiras pas avant d’avoir payé jusqu’au dernier sou. »
Homélie
Arrête de bougonner ! Quel parent exaspéré n’a pas, un jour, demandé à un de ses enfants de cesser de bougonner, de rouspéter, de ronchonner, de faire la tête ! Ce n’est agréable pour personne surtout durant une fête d’enfants. Malheureusement, il n’y a pas que les enfants qui bougonnent. Les adultes aussi. Quelques fois, le bougonnement s’enracine dans des tensions, des conflits entre des personnes.
Pas facile d’organiser un souper lorsque l’hôte ou l’hôtesse sait très bien que certains des convives ne s’adressent plus la parole et se regardent en chiens de faïence. Où les asseoir autour de la table ? Pourvu qu’il n’y ait pas d’esclandre ! Pourvu que la chicane n’éclate pas comme l’an passé ! Un véritable casse-tête.
Eh bien, Dieu ne veut pas non plus de ce genre de casse-tête quand nous nous présentons à lui. Il veut que ses invités soient heureux non seulement de le rencontrer, mais aussi de se retrouver tous ensemble autour de sa table. Qu’est-ce que vous voulez, Il est bon! Il est fait comme cela, si je peux me permettre. Il fait lever son soleil sur les méchants et les bons. Près de lui, comme le psaume l’a proclamé, est l’amour et abonde le rachat. Il est lent à la colère. Il sait de quoi nous sommes pétris.
La première lecture met en lumière une étape importante dans la découverte de Dieu par son peuple. Petit à petit, ce dernier apprivoise son Dieu et apprend à mieux le connaître. Ce n’est pas vrai qu’une faute commise sera expiée pendant des générations par les descendants du fautif ou que le peuple en entier sera châtié. Non seulement chacun est responsable de ses actes, mais Dieu ne prend pas plaisir à la mort du pécheur. Au contraire, il souhaite qu’il se détourne de sa conduite et vive. Dieu veut la vie de tous ses enfants.
Difficile de se représenter Dieu ainsi. Souvenez-vous, dans l’Évangile de Jean, avant que Jésus ne guérisse l’aveugle-né, ses disciples lui demandent : ‘Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ?’ Et Jésus de répondre tout simplement : ‘ni lui ni ses parents’.
Dans la tradition de l’Église, nous affirmons que le carême est un temps merveilleux pour nous éduquer à la prière, je crois qu’il est aussi un temps de grâce pour que nous découvrions la profondeur de l’amour de Dieu qui se traduit pour nous par sa miséricorde. Illuminés par elle, le carême est un appel pour que nous devenions toujours davantage à l’image de Dieu. Heureux les doux ! Heureux les miséricordieux ! Heureux les artisans de paix ! Heureux les cœurs qui ne sont pas habités par la colère, la rancœur et la haine ! Jésus ne tient pas à nous imposer un poids en nous défendant de nourrir la colère, d’insulter ou de maudire l’autre. Il veut, au contraire, ouvrir en nos cœurs, par son Esprit, un espace d’amour, de bonté et de miséricorde. Un espace de vie pour nous et pour les autres.
Tout particulièrement quand nous nous retrouvons pour célébrer l’eucharistie. Si Jésus demande à ses auditeurs de se réconcilier avant de présenter leur offrande à l’autel que nous dirait-il quand nous sommes rassemblés autour de la table eucharistique ? Comme nous l’affirmons après la consécration du pain et du vin, n’annonçons-nous pas sa mort, ne proclamons-nous pas sa résurrection dans l’attente de sa venue ? Nous annonçons sa mort, lui qui s’est donné, par amour, pour que nous soyons en paix avec Dieu et en paix les uns avec les autres. Comme il est écrit dans la lettre aux Éphésiens ‘en sa personne, il a tué la haine’ et ailleurs ‘par sa chair crucifiée, il a détruit le mur de la haine’. Comment au moment même où, en rompant le pain et partageant la coupe, nous célébrons son amour, être habités par des sentiments de haine ? Alors que ses dernières paroles sur la croix furent ‘Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font’, comment ne pas souhaiter la paix venant du Christ à un frère ou à une sœur avec qui nous sommes en conflit ?
Nous trouvons les demandes du Seigneur difficiles. N’oublions pas qu’au début de toute célébration de l’eucharistie, nous reconnaissons nos fautes et nos difficultés à aimer. Ainsi, en appelons-nous à sa miséricorde. Avant même de communier, ne disons-nous pas : « Seigneur, je ne suis pas digne de te recevoir ».
Confiance ! Oui, le carême est un véritable temps de pardon et de réconciliation. Saisissons la grâce qui nous est offerte. Arrête de bougonner ! Amen.
Fr. André Descôteaux, O.P.
PRIÈRE
Accorde à tes fidèles, Seigneur, nous t’en prions,
de s’appliquer comme il convient à la préparation de Pâque :
que la pénitence imposée chaque année à notre corps
porte en nous tous du fruit pour nos âmes.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.