11 mars 2025
Une prière intemporelle
Aujourd’hui, le frère André Descôteaux, O.P., présente les racines juives du Notre Père et démontre la nouveauté, l’intemporalité et la richesse que la prière du Fils de Dieu peut nous transmettre.

LIVRE DU PROPHÈTE ISAÏE (55, 10-11)
Ainsi parle le Seigneur : « La pluie et la neige qui descendent des cieux n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et l’avoir fait germer, donnant la semence au semeur et le pain à celui qui doit manger ; ainsi ma parole, qui sort de ma bouche, ne me reviendra pas sans résultat, sans avoir fait ce qui me plaît, sans avoir accompli sa mission. »
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT MATTHIEU (6, 7-15)
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Lorsque vous priez, ne rabâchez pas comme les païens : ils s’imaginent qu’à force de paroles ils seront exaucés. Ne les imitez donc pas, car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant même que vous l’ayez demandé.
« Vous donc, priez ainsi : Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. Remets-nous nos dettes, comme nous-mêmes nous remettons leurs dettes à nos débiteurs. Et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du Mal.
« Car, si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera aussi. Mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père non plus ne pardonnera pas vos fautes. »
Homélie
« Que ton Grand Nom soit glorifié et sanctifié dans le monde
qu’il a créé selon sa volonté,
et puisse-t-il établir son règne, faire fleurir son salut,
et hâter le temps de son messie. […]
Puisse son Grand Nom être béni à jamais
et dans tous les temps des mondes,
béni et loué et glorifié et exalté,
et élevé et vénéré et élevé et loué soit le Nom du Saint,
béni soit-il. »
Extrait d’une prière que Jésus connaissait très bien et qui s’appelle le kaddish. Elle est encore priée de nos jours. Simone Veil, cette femme politique française très célèbre d’origine juive, a tenu qu’elle soit inscrite sur son cercueil.
En l’écoutant, nous constatons immédiatement les racines juives du Notre Père. Elle nous rappelle que Jésus était un Juif et qu’il a été marqué par sa tradition. Un confrère dominicain converti du judaïsme me faisait part qu’il était peiné de constater que la très grande majorité des chrétiens est très peu soucieuse de la judaïté de Jésus. Jésus n’est pas une météorite venue du ciel. Il s’inscrit dans l’histoire d’un peuple et dans une tradition qui l’ont nourri. Comme le dit saint Paul « quand les temps furent accomplis », après une longue préparation, une profonde maturation, Dieu est venu chez les siens, en son Fils.
S’insérant dans la tradition qu’il a reçue, Jésus lui fait porter un fruit insoupçonné. À la fois de l’ancien et du nouveau. Dans ce cas précis, il ne s’agit plus du ‘son Nom’ du kaddish mais de ‘ton’ Nom. Il ne s’agit plus de ‘sa’ Volonté, mais de ‘ta’ Volonté. Il ne s’agit plus de ‘son’ Règne, mais de ‘ton’ Règne. Il ne s’agit plus d’un Dieu dont on ne peut prononcer le nom, mais du Père, encore plus de ‘Notre Père’, le qualificatif ‘notre’ ne connaissant pas de limites.
Tout prend une autre dimension. Sa Volonté, par exemple, n’est pas celle d’un Dieu lointain, mais c’est la volonté d’un Père, du Père. « Telle est la volonté de mon Père : que celui qui voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour ». Cette volonté est si déterminante qu’elle pourra prévaloir sur la sienne. ‘Non pas ce que je veux, mais ce que tu veux’.
Comme Jésus a transformé cette prière reçue de sa foi juive, il apporte une dimension radicalement nouvelle à nos vies en nous introduisant dans sa relation au Père qui devient la nôtre. Nous pouvons avoir récité le Notre Père une multitude de fois, peut-être même l’avoir rabâché, cette prière est une clé qui nous ouvre un trésor inouï : Dieu et son cœur de Père. Le Notre Père nous plonge dans un mystère de communion avec le Père mais aussi avec toutes nos sœurs et tous nos frères, filles et fils du même Père.
Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus a écrit : « Parfois, lorsque mon esprit est dans une si grande sécheresse qu’il m’est impossible d’en tirer une pensée pour m’unir au bon Dieu, je récite ‘très lentement’ un Notre Père et puis un ‘je vous salue Marie’ : alors ces prières me ravissent, elles nourrissent mon âme bien plus que si je les avais récitées précipitamment une centaine de fois’. (Manuscrit C, 318)
Rendons grâce pour le don du ‘Notre Père’, prière qui nous transpose dans notre vraie condition et qui ne cesse de surprendre. Prière à la fois nouvelle, ancienne, mystérieuse, dont nous ne pouvons saisir toute la richesse. Tertullien, père de l’Église du IIe siècle, appelait le Notre Père, le breviarium totius Evangelii, le résumé de tout l’Évangile.
Dans l’eucharistie, unissons-nous au Christ, dans sa prière et son offrande, pour que nous devenions toujours davantage ce à quoi nous aspirons en priant le Notre Père.
Fr. André Descôteaux, O.P.
PRIÈRE
Regarde ta famille, Seigneur ;
et fais que notre esprit,
affiné par la discipline imposée à notre corps,
resplendisse à tes yeux du désir de te trouver.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.