10 mars 2025
Les bénis du Père
Aujourd’hui, le frère Jean-Louis Larochelle, O.P., nous explique le seul et unique critère sur lequel tous les humains seront jugés devant Dieu, celui que Jésus nous révèle dans l’Évangile.

LIVRE DE BEN SIRA LE SAGE (17, 24-29)
À ceux qui se repentent, Dieu ouvre le chemin du retour ; il réconforte ceux qui manquent de persévérance. Convertis-toi au Seigneur, et renonce à tes péchés ; mets-toi devant lui pour prier, et diminue tes occasions de chute. Reviens vers le Très-Haut et détourne-toi de l’injustice ; les actions abominables, déteste-les.
Qui pourra célébrer le Très-Haut dans le séjour des morts, remplacer les vivants qui lui rendent gloire ? La louange est enlevée au mort puisqu’il n’est plus ; c’est le vivant, le bien-portant, qui célébrera le Seigneur. Qu’elle est grande, la miséricorde du Seigneur, qu’il est grand, son pardon pour ceux qui se convertissent à lui !
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT MARC (10, 17-27)
En ce temps-là, Jésus se mettait en route quand un homme accourut et, tombant à ses genoux, lui demanda : « Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en héritage ? » Jésus lui dit : « Pourquoi dire que je suis bon ? Personne n’est bon, sinon Dieu seul. Tu connais les commandements : Ne commets pas de meurtre, ne commets pas d’adultère, ne commets pas de vol, ne porte pas de faux témoignage, ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère. » L’homme répondit : « Maître, tout cela, je l’ai observé depuis ma jeunesse. »
Jésus posa son regard sur lui, et il l’aima. Il lui dit : « Une seule chose te manque : va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres ; alors tu auras un trésor au ciel. Puis viens, suis-moi. » Mais lui, à ces mots, devint sombre et s’en alla tout triste, car il avait de grands biens.
Alors Jésus regarda autour de lui et dit à ses disciples : « Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu ! » Les disciples étaient stupéfaits de ces paroles. Jésus reprenant la parole leur dit : « Mes enfants, comme il est difficile d’entrer dans le royaume de Dieu ! Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. »
De plus en plus déconcertés, les disciples se demandaient entre eux : « Mais alors, qui peut être sauvé ? » Jésus les regarde et dit : « Pour les hommes, c’est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu. »
Homélie
Qui, au terme de sa vie, sera accueilli dans l’intimité de Dieu? Cette question a habité l’esprit des communautés chrétiennes depuis le 1er siècle de notre ère. En régime de chrétienté, alors que le catholicisme était largement majoritaire dans les pays occidentaux, on a souvent fourni une réponse simpliste : « Hors de l’Église, point de salut ». En s’exprimant de la sorte, on oubliait que les êtres humains sont sauvés d’abord et avant tout par l’intermédiaire du Christ Jésus. L’offre universelle du salut par le Christ était ainsi étouffée. Or, au cours du dernier siècle, on a pris conscience de la montée du pluralisme religieux et du nombre croissant des gens sans religion. Aller affirmer, dans un tel contexte, que le salut ne serait offert qu’aux baptisés présents dans l’Église catholique venait réduire brutalement la générosité miséricordieuse de Dieu. Une telle prise de position forçait à poser la question suivante : Dieu, dans sa volonté de sauver notre humanité, est-il lié aux limites de l’institution historique qu’est Église ?
Voilà que l’évangile du jour présente une réponse qui rejette bien des restrictions que l’Église a déjà adoptées dans le passé. Voici ce que dit le Fils de l’Homme : « Venez, les bénis de mon Père, (…). Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire, (…) ». Une telle reconnaissance de tout geste de compassion fait éclater une représentation étroite de la générosité divine. La réponse du Seigneur est claire : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » Bref, quand une personne a une véritable compassion à l’endroit de gens dans le besoin, elle est bénie par Dieu, qu’elle soit bouddhiste, sans religion ou athée.
Cette prise de position laisse entendre que le Fils de l’Homme, quand il viendra dans sa gloire, ne tiendra pas d’abord compte des croyances des gens ou de leur statut social. Il posera plutôt une question fondamentale: Avez-vous aidé les personnes dans le besoin? Les avez-vous aimées suffisamment pour les soutenir et les protéger ? En d’autres mots, avez-vous cherché, au cours de votre vie, à soulager les misères les plus élémentaires des gens avec qui vous étiez en contact? Pas d’exigence ici de gestes héroïques qui frappent l’imagination. Non. C’est l’exercice, au quotidien, du service de l’autre. Ce qui va compter, c’est l’investissement de soi dans des engagements qui permettront aux personnes fragilisées, souffrantes, de pouvoir vivre dans le respect et la dignité.
Notons que le critère de discernement utilisé par le Fils de l’homme au moment du jugement final ne concerne pas que les individus fortunés et influents. Toutes les personnes seront évaluées selon leur degré de compassion. Cet appel au service de l’autre est normalement entendu par tout être humain qui a une conscience droite. La personne incroyante peut, elle aussi, dans sa conscience, entendre la requête plus ou moins explicite des souffrants. Et à ce plan d’ailleurs, nous reconnaissons que l’Esprit du Seigneur habite mystérieusement le cœur de chaque être humain et le rend capable d’aimer son prochain.
Ce passage de l’évangile centré sur le Jugement final nous invite à célébrer l’amour miséricordieux de Dieu qui ouvre la porte de son Royaume à toute personne qui se laisse toucher par la souffrance de l’autre. C’est dire que les personnes qui auront su manifester un amour de compassion au cours de leur vie pourront s’entendre dire : « Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous… ».
Fr. Jean-Louis Larochelle, O.P.
PRIÈRE
Fais-nous revenir à toi, Dieu notre sauveur,
et pour que ce Carême soit profitable,
forme nos esprits par l’enseignement qui vient du ciel.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.