Homélie, dimanche, 1ère semaine du Carême

9 mars 2025

Enjeu vital : notre relation à Dieu

En ce premier dimanche du Carême, le frère Daniel Cadrin, O.P., nous explique les tentations de Jésus au désert, particulièrement la troisième qui nous met devant notre condition humaine et notre perception de comment Dieu devrait intervenir dans notre vie et dans le monde.

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Homélie

Nous entrons en Carême, à nouveau, mais justement pour faire du nouveau en nous, nous renouveler. Carême, temps de conversion, appel à devenir chrétien, à re-devenir chrétien, que l’on soit catéchumène, recommençant ou continuant. Commencer, recommencer, continuer la marche ensemble, à la suite de Jésus. Où cela nous mène-t-il? Par où commencer, recommencer?

Nous commençons avec l’évangile des tentations. La tentation peut évoquer des expressions anodines : c’est tentant, qu’est-ce qui me tente? Ceci ne porte pas à conséquences. Mais s’il s’agit plutôt d’une mise à l’épreuve, d’autres expressions viennent à l’esprit : éprouver, passer par une épreuve, faire ses preuves. La réponse à cette tentation met alors en jeu des enjeux vitaux.

Ces tentations se déroulent en des lieux bien précis où nous nous retrouvons, à la suite de Jésus, avec lui. Elles adviennent en ces lieux où, dans la Bible, le Dieu vivant est rencontré de façon privilégiée : le désert, la montagne, le temple. Ainsi, cela dit que dans nos épreuves, dans nos tentations, l’enjeu vital touche la relation à Dieu.

« Ayant épuisé toutes les formes de tentation » : il nous semble qu’il y en a d’autres! Faut croire alors qu’elles sont incluses dans ces trois tentations, qu’elles sont liées à ces enjeux. La première (pain-pierre), au désert, touche la recherche de l’immédiat, aux détriments du sens. La deuxième, sur la montagne, celle de la puissance et de la gloire. En Luc, c’est la troisième tentation qui est la plus importante, et sur laquelle je vais m’attarder.

Alors qu’en Mt, la troisième a lieu sur la montagne, en Luc elle a lieu au Temple, à Jérusalem, là où l’évangile de Luc a commencé et va se terminer. Ce lieu symbolise par excellence la présence de Dieu parmi son peuple, un Dieu qui est proche, en qui on peut avoir confiance. C’est justement là-dessus que le diable mise. Jésus a répondu aux deux épreuves précédentes en citant les Écritures. Le diable maintenant comprend comment cela fonctionne; le petit malin devient plus subtil! C’est maintenant lui, l’adversaire, le ‘diviseur’, qui utilise les Écritures, qui les manipule, pour détourner Jésus de sa fidélité à Dieu, tout en semblant au contraire l’inviter à la confiance. Ainsi, il ne suffit pas de citer les Écritures …

Le diable cite le Psaume 90 où il est question de se fier à Dieu (cf. chant). Il suggère à Jésus, fils de Dieu, de se jeter en bas du temple et tout va s’arranger, Dieu va tout arranger. C’est un appel à se jeter en Dieu pour fuir la réalité à affronter : celle de la Passion, de la souffrance, de la condition humaine jusqu’au bout. Tu es le Messie, tu as confiance en Dieu? Alors tu es au-dessus de la condition humaine, de ses médiations et de ses durs chemins; Dieu fera tout à ta place, car c’est le grand magicien.

Cette tentation (cf. finale : jusqu’au moment fixé) reviendra au jardin des oliviers (Lc 22,42) et sur la croix (23, 35-39). Ce qui est présent et pervers dans cette offre diabolique, c’est qu’elle s’appuie sur une vérité, la bienveillance de Dieu, pour la détourner. Elle met en place finalement une fausse image de la Providence de Dieu, une idole tentante. Un Dieu qui ne respecte pas notre liberté et notre consistance humaine, un Dieu au service de nos petites affaires. Dans sa réponse (cf. texte), Jésus refuse de mettre Dieu à l’épreuve. Il refuse d’utiliser Dieu, de l’instrumentaliser, pour son intérêt. Il ne demande pas à Dieu d’accomplir sa mission à sa place, de lui éviter les passages douloureux de l’existence humaine. Il assume sa vie jusqu’au bout, solidaire de notre humanité. Sa confiance en Dieu, en son soutien, est d’un autre ordre. Sur la croix, en Luc (23,46), il remettra sa vie entre les mains du Père, avec courage et confiance. Cette présence de Dieu avec lui, promise dans le psaume, est différente de celle proposée par le diviseur. Elle n’évite pas le passage par la croix. Mais elle rend Jésus capable de don, d’abandon et de pardon (23,34).

Mis à l’épreuve, Jésus refuse de mettre Dieu à l’épreuve, i.e. d’exiger de Dieu une preuve immédiate de son amour, une solution magique qui éliminerait sa propre responsabilité. Sa réponse fait preuve d’une maturité croyante, d’une confiance profonde au mystère du Dieu fidèle.

Et nous, dans nos épreuves, nos difficultés, dans ces choix douloureux aux tournants de nos vies, une même tentation peut se présenter, un même enjeu se profiler. La question qui nous est posée en ce début de Carême, c’est : En quel Dieu avons-nous mis notre confiance? Que lui demandons-nous? Quelle image de Dieu en moi est à nettoyer, à replacer, pour rester fidèle à ma condition humaine et au Dieu vivant? Et à quel courage Dieu m’appelle-t-il, pour aller jusqu’au bout, sans fuite, dans une fidélité risquée, que ce soit dans ma vie relationnelle, mon travail, mes choix intérieurs? Fidélité qui est ultimement porteuse de vie, à la suite de Jésus qui nous précède et nous accompagne sur ces chemins.

En ce début de Carême, pour commencer, recommencer, continuer de marcher ensemble à la suite de Jésus, dans la foi, dans l’espérance et dans l’amour, nous sommes invités à nous convertir et à croire à l’Évangile. En cette eucharistie, rendrons grâce au Dieu qui se fait proche de nous, présent, plus intimement, dans sa Parole, dans l’assemblée fraternelle et dans le pain et la coupe partagés.

Fr. Daniel Cadrin, O.P.

 

PRIÈRE

Dieu tout-puissant,
toi qui nous invites chaque année
à vivre le Carême en vérité
donne-nous de progresser
dans l’intelligence du mystère du Christ,
et d’en rechercher la réalisation
par une vie qui lui corresponde.
Lui qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.

∞ Amen.