Homélie, samedi après les Cendres

8 mars 2025

Lévi, ami des pécheurs

Aujourd’hui, le frère Jean-Louis Larochelle, O.P., nous dresse un portrait détaillé de l’apôtre Lévi, le publicain, un choix de disciple risqué pour Jésus, mais tout à fait intelligent et en accord avec sa mission.

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Homélie

La scène que nous présente l’évangéliste Luc s’est très probablement déroulée dans la petite ville de Capharnaüm. C’est là que Jésus avait son pied-à-terre. C’est là qu’il avait choisi ses quatre premiers disciples. Il avait alors retenu quatre hommes qui appartenaient à des familles engagées dans la pêche commerciale. Des hommes pratiques et habitués aux relations publiques. Avec le choix du publicain Lévi, Jésus a pris un risque évident. Il savait que les publicains, à cause de leur collaboration explicite avec l’Empire romain, n’étaient pas seulement mal vus par la majorité des juifs, mais surtout discrédités par eux, en particulier par les pharisiens. Pourquoi donc Jésus a-t-il risqué de choisir un publicain comme futur apôtre ?

L’un des motifs invoqués par certains commentateurs pour justifier un tel choix, c’est la vision élargie que Jésus avait de l’avenir de sa mission. Rappelons cette parole de Jésus : « Allez, de toutes les nations faites des disciples ». (Mt 28, 19) Une telle parole signifiait que la mission devait déborder, et de beaucoup, les frontières de la Palestine. Or, en choisissant un publicain qui travaillait au poste des douanes de Capharnaüm, Jésus retenait un homme qui avait des compétences non seulement en gestion, mais aussi une capacité de communication large. En effet, à cause de sa fonction, le publicain Lévi devait lire et parler le grec de façon régulière. Et dans la zone géographique contrôlée par l’Empire romain, le grec était la principale langue de communication, c’était en particulier la langue des affaires. En regard d’un projet d’évangélisation qui débordait les frontières de la Palestine, ce choix de Jésus signifiait que Lévi pourrait facilement être envoyé en mission dans l’une ou l’autre des villes situées sur les pourtours de la Méditerranée.

Pour compléter le portrait du publicain Lévi, l’évangéliste nous apprend que le nouveau disciple avait organisé une grande réception chez lui, probablement pour manifester publiquement sa reconnaissance à l’endroit de Jésus. Il précise qu’une foule de publicains étaient présents. Information qui laisse entendre que le nouveau disciple avait des moyens financiers appréciables pour l’époque. Ce n’était évidemment pas un pauvre. Et pourtant, sur l’appel de Jésus, il avait choisi de quitter son emploi et donc la source de sa sécurité financière.

Le risque que Jésus a pris en retenant un publicain comme apôtre se manifeste aussi au plan de l’annonce de la Bonne Nouvelle. Dès la réception offerte par Lévi, les pharisiens attaquent : « Pourquoi mangez-vous et buvez-vous avec les publicains et les pécheurs ? » Et c’est là que Jésus précise la nature de sa mission : « Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs, pour qu’ils se convertissent ».

Lévi, s’il a quitté son milieu de travail et le réseau de relations qu’il entretenait, a cependant pris soin de célébrer en quelque sorte sa conversion avec ses anciens compagnons de travail. Il ne s’est pas retiré sur la pointe des pieds de manière à cacher la nouvelle orientation donnée à sa vie. Il ne s’est pas esquivé. Ce changement de vie, il a tenu à le faire connaître à ceux qui avaient partagé avec lui les mêmes fonctions et les mêmes responsabilités. En ce faisant, il a agi comme un évangélisateur. Il a assumé la mission de rejoindre des gens qu’on classait, en Israël, parmi les pécheurs.

Comme l’apôtre Lévi, nous sommes invités à répandre la Bonne Nouvelle. Notre responsabilité, c’est de témoigner de notre foi auprès de personnes avec qui nous sommes en contact. Cela signifie que, dans le contexte actuel, nous avons à prendre le risque d’être ignorés, rejetés même. Soyons cependant assurés que l’Esprit Saint se chargera, lui, de la fécondité de notre témoignage.

Fr. Jean-Louis Larochelle, O.P.

 

PRIÈRE

Dieu éternel et tout-puissant,
jette un regard de bonté sur notre faiblesse,
et pour nous protéger,
étends sur nous ta main souveraine.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.

∞ Amen.