3 mars 2025
Un salut... impossible?
Aujourd’hui, le frère Jean-Louis Larochelle, O.P., nous explique que, malgré les paroles parfois dures de Jésus à l’encontre des riches, il a lui-même su recevoir une aide précieuse de leur part et il nous rappelle que le Salut et l’Amour du Père leur sont offerts autant qu’au moins nantis.

LIVRE DE BEN SIRA LE SAGE (17, 24-29)
À ceux qui se repentent, Dieu ouvre le chemin du retour ; il réconforte ceux qui manquent de persévérance. Convertis-toi au Seigneur, et renonce à tes péchés ; mets-toi devant lui pour prier, et diminue tes occasions de chute. Reviens vers le Très-Haut et détourne-toi de l’injustice ; les actions abominables, déteste-les.
Qui pourra célébrer le Très-Haut dans le séjour des morts, remplacer les vivants qui lui rendent gloire ? La louange est enlevée au mort puisqu’il n’est plus ; c’est le vivant, le bien-portant, qui célébrera le Seigneur. Qu’elle est grande, la miséricorde du Seigneur, qu’il est grand, son pardon pour ceux qui se convertissent à lui !
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT MARC (10, 17-27)
En ce temps-là, Jésus se mettait en route quand un homme accourut et, tombant à ses genoux, lui demanda : « Bon Maître, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en héritage ? » Jésus lui dit : « Pourquoi dire que je suis bon ? Personne n’est bon, sinon Dieu seul. Tu connais les commandements : Ne commets pas de meurtre, ne commets pas d’adultère, ne commets pas de vol, ne porte pas de faux témoignage, ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère. » L’homme répondit : « Maître, tout cela, je l’ai observé depuis ma jeunesse. »
Jésus posa son regard sur lui, et il l’aima. Il lui dit : « Une seule chose te manque : va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres ; alors tu auras un trésor au ciel. Puis viens, suis-moi. » Mais lui, à ces mots, devint sombre et s’en alla tout triste, car il avait de grands biens.
Alors Jésus regarda autour de lui et dit à ses disciples : « Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu ! » Les disciples étaient stupéfaits de ces paroles. Jésus reprenant la parole leur dit : « Mes enfants, comme il est difficile d’entrer dans le royaume de Dieu ! Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. »
De plus en plus déconcertés, les disciples se demandaient entre eux : « Mais alors, qui peut être sauvé ? » Jésus les regarde et dit : « Pour les hommes, c’est impossible, mais pas pour Dieu ; car tout est possible à Dieu. »
Homélie
La gestion de la richesse personnelle semble avoir toujours constitué un problème quasi insoluble au sein de l’Église catholique. L’interprétation des paroles de Jésus, surtout celles où il porte un jugement radical sur les riches, a régulièrement constitué une pierre d’achoppement. Ne dit-il pas, dans le récit évangélique du jour : « Comme il sera difficile à ceux qui possèdent des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu! (…). Il est plus facile à un chameau de passer par le trou d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu ».
Comment comprendre de telles affirmations ? À ce sujet, les exégètes rappellent qu’il faut considérer les comportements de Jésus pour saisir la portée de ses paroles. Par exemple, à propos des riches, souvenons-nous que Jésus a compté sur le soutien financier de personnes riches pour soutenir son ministère. Grâce à leur apport, il a pu, avec ses disciples, se permettre de faire des tournées non seulement à l’intérieur de la Galilée mais dans les régions païennes de Tyr et de Sidon. Faire vivre pendant des jours et même des semaines un groupe d’une douzaine d’hommes qui se déplacent régulièrement exigeait des ressources financières non négligeables. À ce propos, l’évangéliste Luc note qu’un groupe de femmes l’appuyait de diverses manières. Parmi elles, une femme de haut rang: Jeanne, l’épouse de Cuza, intendant du roi Hérode Antipas (Lc 8,2-3). Bref, Jésus a accepté que des personnes et des familles riches lui offrent un soutien financier pour qu’il puisse réaliser son annonce du Royaume de Dieu. Sa façon d’agir montre bien qu’il ne rejetait pas les gens riches. Il savait, au contraire, compter sur eux.
Une deuxième observation : Jésus n’a pas refusé de rencontrer des riches. Ce fut le cas avec le jeune homme riche qui était, lui, profondément vertueux, mais qui s’est senti incapable de tout abandonner pour suivre Jésus. Pensons à sa visite chez Zachée le publicain. Ce dernier était sans doute un homme peu recommandable. Responsable des collecteurs d’impôts de la région de Jéricho, il s’était enrichi aux dépens de ses concitoyens et des commerçants qui se rendaient à Jérusalem. Pourtant Jésus s’est invité chez lui. Il ne l’a pas condamné. Mais il l’a amené à se convertir. Zachée, lui, comme signe de son retournement intérieur, a fait une promesse : « Voici, maître, que je donne la moitié de mes biens aux pauvres et, si j’ai fait du tort à quelqu’un, je lui rends quatre fois plus. » (Lc 19,8) Et Jésus de lui dire : « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison. » (Lc 19,9)
Une troisième observation : Jésus n’a pas demandé à Zachée d’abandonner son poste de gestionnaire de collecteurs d’impôts. Il ne lui a pas demandé non plus de se faire pauvre. Il a plutôt exigé de lui qu’il cesse d’exploiter ses concitoyens. Ce que Jésus souhaitait, c’était la conversion du cœur de Zachée.
Une question demeure : pourquoi Jésus a-t-il ciblé avec insistance les riches dans son ministère? Il avait sans doute observé qu’une portion des riches, à cause de leur pouvoir économique et social, se permettaient d’exploiter même les petites gens. Pour cette raison, il les a invités, avec une réelle radicalité, à se libérer des chaînes de l’égoïsme et des ambitions matérielles démesurées. Il savait qu’une telle libération leur permettrait de devenir, à leur tour, des collaborateurs du projet de Dieu au sein de l’humanité.
Mais la conversion que Jésus souhaitait, il semble bien qu’elle semblait impossible aux yeux de ses disciples. Ce n’est d’ailleurs pas sans raison qu’ils lui ont posé la question : « Mais qui donc peut être sauvé? ». Il leur a alors rappelé que Dieu était capable de compassion et de miséricorde devant la faiblesse des hommes. D’où cette parole : « Pour les hommes, cela est impossible, mais pas pour Dieu. » Avec cette réponse, Jésus est venu rappeler que le salut était offert autant aux riches qu’aux pauvres. Dieu veut sauver tout le monde.
Une fois de plus, nous sommes invités à tourner notre regard vers Dieu, que nous soyons pauvres ou riches. Car il est, lui, notre véritable libérateur et sauveur.
Fr. Jean-Louis Larochelle, O.P.
PRIÈRE
Tu protèges, Seigneur Dieu,
ceux qui espèrent en toi;
sans toi, rien n’est fort et rien n’est saint :
multiplie pour nous les signes de ta miséricorde,
afin que, sous ta conduite et sous ta direction,
en faisant bon usage des biens qui passent,
nous puissions déjà nous attacher à ceux qui demeurent.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.