Homélie, dimanche de la 32ème semaine du Temps ordinaire

10 novembre 2024

La vraie valeur d'un don

En ce dimanche, le frère Peace Michael A. Mushimiyimana, O.P., nous invite à aller au-delà de la valeur matérielle et nous apprend à apprécier les dons selon le regard de Dieu.

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Homélie

La liturgie de ce dimanche met en exergue deux personnes, deux femmes : la veuve de Sarepta dans la première lecture, et la veuve du temple dans l’évangile. Elles sont veuves, et donc pauvres. Elles n’ont personne. Elles n’ont rien, ou presque… Elles symbolisent non seulement la misère et la précarité matérielles, mais également cette misère sociale et relationnelle qu’est la solitude, le manque de considération, le mépris…

Dans la bible, la veuve, comme l’orphelin, symbolise ce pauvre qu’il faut aider, dont il faut prendre soin. Sauf que, dans les textes qui nous sont proposés, on constate une chose extraordinaire, touchante, émouvante : c’est celle qui devrait être soutenue qui soutient les autres ; c’est celle qui devrait recevoir qui donne, et qui donne tout…

Les paroles de la veuve de Sarepta à Élie qui lui demandait un morceau de pain sont assez fortes : « Je le jure par la vie du Seigneur ton Dieu : je n’ai pas de pain. J’ai seulement, dans une jarre, une poignée de farine, et un peu d’huile dans un vase. Je ramasse deux morceaux de bois, je rentre préparer pour moi et pour mon fils ce qui nous reste. Nous le mangerons, et puis nous mourrons. » Et pourtant cette femme, dont la misère devrait bousculer les cœurs les plus endurcis, ne va pas hésiter à donner à Élie tout ce qui leur restait pour vivre, son fils et elle.

Nous retrouvons la même situation dans l’évangile, où Jésus tourne notre regard et attire notre attention sur cette veuve qui va mettre dans le tronc du temple deux petites pièces de monnaie, les deux dernières qui lui restaient, tout ce qu’elle avait pour vivre. Alors que ceux qui avaient tout ne donnaient presque rien, elle, qui n’avait rien ou presque, donnait tout… Alors que ceux qui ne donnaient presque rien paradaient fièrement, bombant le torse, attirant tous les regards vers eux, celle qui donnait tout, le faisait sans aucune vanité, sans aucune prétention, dans la discrétion, dans l’indifférence générale, avec certainement le regret de ne pouvoir en donner plus.

La misère, l’incertitude du lendemain n’ont pas tué en elles la bonté, la générosité. Malgré la pauvreté, malgré la précarité, elles sont restées humaines, elles ont gardé un cœur de chair, elles ont gardé leur cœur de femme, leur cœur de mère. Et l’on sait combien qu’il est difficile de rester humain et bon dans la précarité. En effet, la précarité nous déshumanise, elle détruit souvent en nous toute fibre de générosité.

Et si Jésus est ému par le geste de cette veuve, c’est tout simplement parce qu’il est comme l’histoire vivante, un miroir, une reproduction de sa propre vie. Mais bien plus que cette veuve, Jésus donnera plus que ce qu’il lui restait pour vivre, il donnera toute sa vie.

Pour celui ou celle qui n’a rien, donner, c’est souvent se sacrifier ; donner, c’est souvent se donner ; donner, c’est souvent accepter de mourir soi-même… Le don du pauvre n’est pas un simple don, c’est un sacrifice. Il ne pense pas seulement d’abord aux autres. En réalité, il ne pense qu’aux autres. Et dans sa misère, ne pas tout donner, c’est souvent ne rien donner du tout.

Ces moments qui sont souvent humainement assez difficiles sont pourtant les plus grands, les plus beaux, le sommet de notre vie, des moments où nous sommes le plus frères et sœurs de Jésus, des moments qui nous valent son admiration et ses éloges.

La grandeur d’un don, ce n’est pas ce qu’il coûte, mais ce qu’il nous coûte. ` ` ` Autant il est facile aux gens de voir ou d’évaluer ce que coûte un don, autant il leur est bien difficile de savoir combien il nous coûte, difficile de voir l’immense sacrifice souvent caché derrière nos deux pièces de monnaie. Cette scène nous fait prendre conscience de la difficulté que nous avons souvent à apprécier à leur juste valeur les efforts et les sacrifices que font les gens. Souvent, nous importe seulement la valeur du don, et non le sacrifice, l’amour, la générosité dont ce don est le visage.

Dans la vie, il y a ceux qui comptent avant de donner ou qui comptent sans donner, et ceux qui donnent sans compter. Il y a ceux qui ne donnent que pour se donner de l’importance, des honneurs, de la gloire, qui ne donnent que pour mépriser les autres, pour mieux dissimuler leurs vols, leur cupidité, leur égoïsme. Alors que leurs forfaits se font souvent en cachette, leurs dons se font généralement devant tout le monde. Et puis, il y a ceux qui donnent par amour, par respect pour les autres, et qui s’effacent.

` ` `La valeur des hommes ne se mesure pas à leurs apparences, mais à leur capacité à se sacrifier.

` ` ` On comprend mieux la grandeur de ces deux veuves.

Fr. Peace Michael A. Mushimiyimana, O.P.

 

PRIÈRE

Seigneur notre Dieu,
toi qui soutiens les plus petits
et accueilles leur offrande,
creuse en nos cœurs la pauvreté,
afin que grandissent en nous la foi et la charité.
Par Jésus Christ, ton Fils,
notre Seigneur et notre Dieu,
qui règne avec toi et le Saint-Esprit
maintenant et pour les siècles des siècles.

∞ Amen.