10 novembre 2024
La vraie valeur d'un don
En ce dimanche, le frère Peace Michael A. Mushimiyimana, O.P., nous invite à aller au-delà de la valeur matérielle et nous apprend à apprécier les dons selon le regard de Dieu.

PREMIER LIVRE DES ROIS (17, 10-16)
En ces jours-là, le prophète Élie partit pour Sarepta, et il parvint à l’entrée de la ville. Une veuve ramassait du bois ; il l’appela et lui dit : « Veux-tu me puiser, avec ta cruche, un peu d’eau pour que je boive ? » Elle alla en puiser.
Il lui dit encore : « Apporte-moi aussi un morceau de pain. » Elle répondit : « Je le jure par la vie du Seigneur ton Dieu : je n’ai pas de pain. J’ai seulement, dans une jarre, une poignée de farine, et un peu d’huile dans un vase. Je ramasse deux morceaux de bois, je rentre préparer pour moi et pour mon fils ce qui nous reste. Nous le mangerons, et puis nous mourrons. »
Élie lui dit alors : « N’aie pas peur, va, fais ce que tu as dit. Mais d’abord cuis-moi une petite galette et apporte-la moi ; ensuite tu en feras pour toi et ton fils. Car ainsi parle le Seigneur, Dieu d’Israël : Jarre de farine point ne s’épuisera, vase d’huile point ne se videra, jusqu’au jour où le Seigneur donnera la pluie pour arroser la terre. »
La femme alla faire ce qu’Élie lui avait demandé, et pendant longtemps, le prophète, elle-même et son fils eurent à manger. Et la jarre de farine ne s’épuisa pas, et le vase d’huile ne se vida pas, ainsi que le Seigneur l’avait annoncé par l’intermédiaire d’Élie.
LETTRE AUX HÉBREUX (9, 24-28)
Le Christ n’est pas entré dans un sanctuaire fait de main d’homme, figure du sanctuaire véritable; il est entré dans le ciel même, afin de se tenir maintenant pour nous devant la face de Dieu.
Il n’a pas à s’offrir lui-même plusieurs fois, comme le grand prêtre qui, tous les ans, entrait dans le sanctuaire en offrant un sang qui n’était pas le sien ; car alors, le Christ aurait dû plusieurs fois souffrir la Passion depuis la fondation du monde. Mais en fait, c’est une fois pour toutes, à la fin des temps, qu’il s’est manifesté pour détruire le péché par son sacrifice.
Et, comme le sort des hommes est de mourir une seule fois et puis d’être jugés, ainsi le Christ s’est-il offert une seule fois pour enlever les péchés de la multitude; il apparaîtra une seconde fois, non plus à cause du péché, mais pour le salut de ceux qui l’attendent.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT MARC (12,38-44)
En ce temps-là, dans son enseignement, Jésus disait aux foules : « Méfiez-vous des scribes, qui tiennent à se promener en vêtements d’apparat et qui aiment les salutations sur les places publiques, les sièges d’honneur dans les synagogues, et les places d’honneur dans les dîners. Ils dévorent les biens des veuves et, pour l’apparence, ils font de longues prières : ils seront d’autant plus sévèrement jugés. »
Jésus s’était assis dans le Temple en face de la salle du trésor, et regardait comment la foule y mettait de l’argent. Beaucoup de riches y mettaient de grosses sommes. Une pauvre veuve s’avança et mit deux petites pièces de monnaie.
Jésus appela ses disciples et leur déclara : « Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le Trésor plus que tous les autres. Car tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle avait pour vivre. »
Homélie
La liturgie de ce dimanche met en exergue deux personnes, deux femmes : la veuve de Sarepta dans la première lecture, et la veuve du temple dans l’évangile. Elles sont veuves, et donc pauvres. Elles n’ont personne. Elles n’ont rien, ou presque… Elles symbolisent non seulement la misère et la précarité matérielles, mais également cette misère sociale et relationnelle qu’est la solitude, le manque de considération, le mépris…
Dans la bible, la veuve, comme l’orphelin, symbolise ce pauvre qu’il faut aider, dont il faut prendre soin. Sauf que, dans les textes qui nous sont proposés, on constate une chose extraordinaire, touchante, émouvante : c’est celle qui devrait être soutenue qui soutient les autres ; c’est celle qui devrait recevoir qui donne, et qui donne tout…
Les paroles de la veuve de Sarepta à Élie qui lui demandait un morceau de pain sont assez fortes : « Je le jure par la vie du Seigneur ton Dieu : je n’ai pas de pain. J’ai seulement, dans une jarre, une poignée de farine, et un peu d’huile dans un vase. Je ramasse deux morceaux de bois, je rentre préparer pour moi et pour mon fils ce qui nous reste. Nous le mangerons, et puis nous mourrons. » Et pourtant cette femme, dont la misère devrait bousculer les cœurs les plus endurcis, ne va pas hésiter à donner à Élie tout ce qui leur restait pour vivre, son fils et elle.
Nous retrouvons la même situation dans l’évangile, où Jésus tourne notre regard et attire notre attention sur cette veuve qui va mettre dans le tronc du temple deux petites pièces de monnaie, les deux dernières qui lui restaient, tout ce qu’elle avait pour vivre. Alors que ceux qui avaient tout ne donnaient presque rien, elle, qui n’avait rien ou presque, donnait tout… Alors que ceux qui ne donnaient presque rien paradaient fièrement, bombant le torse, attirant tous les regards vers eux, celle qui donnait tout, le faisait sans aucune vanité, sans aucune prétention, dans la discrétion, dans l’indifférence générale, avec certainement le regret de ne pouvoir en donner plus.
La misère, l’incertitude du lendemain n’ont pas tué en elles la bonté, la générosité. Malgré la pauvreté, malgré la précarité, elles sont restées humaines, elles ont gardé un cœur de chair, elles ont gardé leur cœur de femme, leur cœur de mère. Et l’on sait combien qu’il est difficile de rester humain et bon dans la précarité. En effet, la précarité nous déshumanise, elle détruit souvent en nous toute fibre de générosité.
Et si Jésus est ému par le geste de cette veuve, c’est tout simplement parce qu’il est comme l’histoire vivante, un miroir, une reproduction de sa propre vie. Mais bien plus que cette veuve, Jésus donnera plus que ce qu’il lui restait pour vivre, il donnera toute sa vie.
Pour celui ou celle qui n’a rien, donner, c’est souvent se sacrifier ; donner, c’est souvent se donner ; donner, c’est souvent accepter de mourir soi-même… Le don du pauvre n’est pas un simple don, c’est un sacrifice. Il ne pense pas seulement d’abord aux autres. En réalité, il ne pense qu’aux autres. Et dans sa misère, ne pas tout donner, c’est souvent ne rien donner du tout.
Ces moments qui sont souvent humainement assez difficiles sont pourtant les plus grands, les plus beaux, le sommet de notre vie, des moments où nous sommes le plus frères et sœurs de Jésus, des moments qui nous valent son admiration et ses éloges.
La grandeur d’un don, ce n’est pas ce qu’il coûte, mais ce qu’il nous coûte. ` ` ` Autant il est facile aux gens de voir ou d’évaluer ce que coûte un don, autant il leur est bien difficile de savoir combien il nous coûte, difficile de voir l’immense sacrifice souvent caché derrière nos deux pièces de monnaie. Cette scène nous fait prendre conscience de la difficulté que nous avons souvent à apprécier à leur juste valeur les efforts et les sacrifices que font les gens. Souvent, nous importe seulement la valeur du don, et non le sacrifice, l’amour, la générosité dont ce don est le visage.
Dans la vie, il y a ceux qui comptent avant de donner ou qui comptent sans donner, et ceux qui donnent sans compter. Il y a ceux qui ne donnent que pour se donner de l’importance, des honneurs, de la gloire, qui ne donnent que pour mépriser les autres, pour mieux dissimuler leurs vols, leur cupidité, leur égoïsme. Alors que leurs forfaits se font souvent en cachette, leurs dons se font généralement devant tout le monde. Et puis, il y a ceux qui donnent par amour, par respect pour les autres, et qui s’effacent.
` ` `La valeur des hommes ne se mesure pas à leurs apparences, mais à leur capacité à se sacrifier.
` ` ` On comprend mieux la grandeur de ces deux veuves.
Fr. Peace Michael A. Mushimiyimana, O.P.
PRIÈRE
Seigneur notre Dieu,
toi qui soutiens les plus petits
et accueilles leur offrande,
creuse en nos cœurs la pauvreté,
afin que grandissent en nous la foi et la charité.
Par Jésus Christ, ton Fils,
notre Seigneur et notre Dieu,
qui règne avec toi et le Saint-Esprit
maintenant et pour les siècles des siècles.
∞ Amen.