Homélie, lundi de la 26ème semaine du Temps ordinaire

30 septembre 2024

Ceux qui ne sont pas contre nous

Aujourd’hui, le frère Jean-Louis Larochelle, O.P., nous rappelle que la morale, la grâce et l’amour qui viennent de Dieu ne se limitent pas au Christianisme, mais qu’ils sont à l’œuvre dans toutes les cultures et toutes les religions.

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Homélie

Il y a à peine deux ou trois générations, un bon nombre de catholiques pensaient que seuls les chrétiens pouvaient être les vrais porteurs de la fraternité, de la solidarité et de la justice dans le monde. À leurs yeux, les populations des pays où des traditions religieuses non chrétiennes étaient dominantes ne pouvaient pas pleinement engendrer des fruits qui exprimaient intensément l’amour du prochain tel que Jésus l’avait manifesté et enseigné. En regard des pays à tradition athée marxiste, leur évaluation était encore bien plus négative. En d’autres mots, pour eux, le royaume du bien moral appartenait avant tout aux chrétiens. Reconnaissons-le, ces catholiques n’avaient pas été attentifs à la parole que Jésus adressait à ses disciples : « Celui qui n’est pas contre vous est pour vous ». (Lc 9,50) En effet, les disciples étaient incapables d’accepter que des personnes non rattachées explicitement à Jésus puissent chasser des démons en invoquant le nom de Jésus. Ils se voulaient les uniques propriétaires du don de guérir et de chasser les démons que ce dernier leur avait accordé.

Nous pouvons assez facilement imaginer la surprise que ces catholiques ont eue lorsque les évêques, lors du Concile Vatican II, en octobre 1965, ont présenté la déclaration Nostra Aetate où il était affirmé : « [Nous exhortons les catholiques à] reconnaître, protéger et promouvoir les biens spirituels et moraux ainsi que les valeurs socioculturelles que l’on trouve parmi eux (les adeptes d’autres religions) ». C’était là affirmer avec force que la grâce de Dieu ne se manifestait pas que là où se trouvaient des catholiques et des chrétiens. Les chrétiens n’ont pas le contrôle de la grâce de Dieu. Ils doivent être conscients que les chemins que Dieu prend peuvent être différents de ceux qu’eux seraient portés à prendre. Car, au fond, c’est lui qui est le sauveur de l’humanité, c’est lui qui attribue à des hommes et à des femmes de différentes allégeances spirituelles ou humanistes une lucidité et un amour capables de lutter ouvertement contre les forces du mal.

Nous le constatons, l’attitude de Jésus invite à modifier notre regard souvent un peu trop myope sur les attitudes et les engagements des personnes qui se rattachent à des traditions religieuses ou humanistes non-chrétiennes. Chez elles, nous observons pourtant des gestes qui reflètent un sens prononcé du service des personnes dans le besoin. Les médias nous rappellent de façon régulière des situations de détresse qui se produisent dans des pays qui ignorent la tradition évangélique. Et pourtant, dans ces milieux, nous apprenons que des groupes divers manifestent une profonde solidarité à l’endroit des collectivités frappées par des catastrophes naturelles ou par des épidémies. Nous pouvons alors discerner, dans leurs interventions, de véritables expressions de l’amour du prochain et de la fraternité. Nous pouvons en particulier lire la présence mystérieuse de Dieu dans le cœur de ces gens qui sont capables d’aider et de partager même s’ils ne savent pas que leurs gestes ont une véritable couleur évangélique. Nous avons là une invitation à rendre grâce pour les manifestations de l’amour et de la solidarité qui se vivent en dehors des zones où les chrétiens sont présents. Réjouissons-nous, car l’Esprit du Seigneur est partout à l’œuvre.

Fr. Jean-Louis Larochelle, O.P.

 

PRIÈRE

Seigneur Dieu,
tu as donné au bienheureux prêtre Jérôme
de goûter la sainte Écriture et d’en vivre ;
fais que ton peuple se nourrisse plus abondamment de ta Parole
et trouve en elle la source de la vie.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
lui qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.

∞ Amen.