21 septembre 2024
Redresser son intérieur
En ce jour où nous célébrons saint Matthieu, Gustavo Adolfo Garay Ortega nous invite à découvrir l’histoire de conversion de ce collecteur d’impôt qui lui-même la dédia à ses confrères juifs qui le rejetaient.

LETTRE DE SAINT PAUL APÔTRE AUX ÉPHÉSIENS (4, 1-7.11-13)
Frères, moi qui suis en prison à cause du Seigneur, je vous exhorte à vous conduire d’une manière digne de votre vocation : ayez beaucoup d’humilité, de douceur et de patience, supportez-vous les uns les autres avec amour ; ayez soin de garder l’unité dans l’Esprit par le lien de la paix.
Comme votre vocation vous a tous appelés à une seule espérance, de même il y a un seul Corps et un seul Esprit. Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, au-dessus de tous, par tous, et en tous.
À chacun d’entre nous, la grâce a été donnée selon la mesure du don fait par le Christ. Et les dons qu’il a faits, ce sont les Apôtres, et aussi les prophètes, les évangélisateurs, les pasteurs et ceux qui enseignent. De cette manière, les fidèles sont organisés pour que les tâches du ministère soient accomplies et que se construise le corps du Christ, jusqu’à ce que nous parvenions tous ensemble à l’unité dans la foi et la pleine connaissance du Fils de Dieu, à l’état de l’Homme parfait, à la stature du Christ dans sa plénitude.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT MATTHIEU (9, 9-13)
En ce temps-là, Jésus sortit de Capharnaüm et vit, en passant, un homme, du nom de Matthieu, assis à son bureau de collecteur d’impôts. Il lui dit : « Suis-moi. » L’homme se leva et le suivit.
Comme Jésus était à table à la maison, voici que beaucoup de publicains (c’est-à-dire des collecteurs d’impôts) et beaucoup de pécheurs vinrent prendre place avec lui et ses disciples. Voyant cela, les pharisiens disaient à ses disciples : « Pourquoi votre maître mange-t-il avec les publicains et les pécheurs ? »
Jésus, qui avait entendu, déclara : « Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Allez apprendre ce que signifie : Je veux la miséricorde, non le sacrifice. En effet, je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. »
Homélie
En ce jour de la fête de saint Matthieu, la liturgie nous propose justement le passage de son appel à suivre le Christ et à devenir un des douze apôtres. Sa contribution au Christianisme qui en découle, son Évangile, est immense et bien connue. Pour ce qui est de sa vie en elle-même, par-contre, on n’en sait que très peu, mais on sait qu’il est un « collecteur d’impôts » d’origine juive.
À cause de son office, il est répudié et exclu par le judaïsme officiel. Ce détail rend son évangile fortement impressionnant, car son texte s’adresse aux juifs, lui qui est considéré par son propre peuple comme un publicain, un grand pécheur, un traître de par son travail pour l’Empire romain. Sa profession lui aurait effectivement permis, s’il l’avait voulu, de frauder et de s’enrichir au profit des plus pauvres, ce qui explique ces préjugés contre les gens du métier. On pourrait dire aussi que leur conversion en est d’autant plus courageuse et encourageante.
Matthieu prend l’initiative de s’adresser particulièrement à ceux qui l’excluaient pour leur annoncer la Bonne Nouvelle de Jésus Christ. Sa manière de présenter la vie et l’œuvre du Messie porte énormément sur la profondeur intérieure : découvrir et redresser ce qui se passe en dedans de la personne est le plus important. C’est dans la connaissance de nous-mêmes que nous sommes capables de reconnaître la grâce de Dieu et la faiblesse humaine. C’est la vie intérieure que Jésus vient mettre en valeur et cherche à sauver.
La brève histoire de l’appel de Matthieu est un exemple et c’est Matthieu lui-même qui nous la raconte. D’abord, c’est un scandale pour les juifs que Jésus appelle un publicain mal famé à devenir son disciple. Cependant, cet appel, bien que simple, est très stratégique : simple parce qu’en passant, Jésus voit Matthieu, il lui dit « suis-moi » et l’homme se lève et le suit; stratégique parce que c’est à la personne de Matthieu que beaucoup d’autres pourront s’identifier pour oser s’approcher du Maître, pour se donner le droit d’aller à la rencontre de ce Jésus qui reflète vraiment la miséricorde de Dieu. Tel un médecin missionnaire, Jésus est venu chercher ceux et celles qui sont dans le besoin : les malades de cœur, les pécheurs, c‘est-à-dire nous tous qui manquons d’amour envers les autres.
En continuant le récit de Matthieu, Jésus répond encore et toujours aux interpellations des pharisiens, ces experts de la Loi pourtant insensibles à son sens profond : « Allez apprendre ce que signifie : Je veux la miséricorde, non le sacrifice. » C’est une invitation à rentrer à l’intérieur et à se rendre compte que nous avons tous besoin de transformer notre regard, nos automatismes et notre logique. Ce n’est pas une pratique religieuse spécifique qui est porteuse de sens; c’est la miséricorde de Dieu présente dans notre pratique religieuse qui donne le sens à nos conversions. L’appel est à tous et à toutes sans exclusion.
L’intérieur de Matthieu n’était pas déterminé par sa profession de collecteur d’impôts. Il restait quand-même plus sensible aux autres choses essentielles qu’à l’argent. Lorsque Jésus l’appel en disant « suis-moi », Matthieu est sensible à sa cause et à son appel à construire le Royaume de Dieu. Il ne cherche pas à retrouver l’honneur des siens; il cherche à redonner aux siens le sens de la Bonne Nouvelle de Dieu, à raconter comment la miséricorde de Dieu se fait présente à travers ce Jésus de Nazareth qui a vu son intérieur (son cœur) et qui lui a donné une place comme apôtre. Nous aussi, soyons certains, à l’exemple de saint Matthieu, que nous avons une place dans ce projet du Règne de Dieu.
Gustavo Adolfo Garay Ortega
PRIÈRE
Seigneur Dieu,
dans ta miséricorde sans égale,
tu as choisi le bienheureux Matthieu
pour faire de ce publicain un apôtre ;
donne-nous, par sa prière et à son exemple,
de te suivre et de nous attacher à toi fermement.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
lui qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.