19 septembre 2024
Comprendre sa miséricorde
Aujourd’hui, Gustavo Adolfo Garay Ortega nous invite à nous identifier aux deux personnes bien différentes qu’il rencontre dans l’évangile du jour et, comme eux, à découvrir la miséricorde de Dieu.

PREMIÈRE LETTRE DE SAINT PAUL APÔTRE AUX CORINTHIENS (15, 1-11)
Frères, je vous rappelle la Bonne Nouvelle que je vous ai annoncée ; cet Évangile, vous l’avez reçu ; c’est en lui que vous tenez bon, c’est par lui que vous serez sauvés si vous le gardez tel que je vous l’ai annoncé ; autrement, c’est pour rien que vous êtes devenus croyants.
Avant tout, je vous ai transmis ceci, que j’ai moi-même reçu : le Christ est mort pour nos péchés conformément aux Écritures, et il fut mis au tombeau ; il est ressuscité le troisième jour conformément aux Écritures, il est apparu à Pierre, puis aux Douze ; ensuite il est apparu à plus de cinq cents frères à la fois – la plupart sont encore vivants, et quelques-uns sont endormis dans la mort –, ensuite il est apparu à Jacques, puis à tous les Apôtres. Et en tout dernier lieu, il est même apparu à l’avorton que je suis.
Car moi, je suis le plus petit des Apôtres, je ne suis pas digne d’être appelé Apôtre, puisque j’ai persécuté l’Église de Dieu. Mais ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu, et sa grâce, venant en moi, n’a pas été stérile. Je me suis donné de la peine plus que tous les autres ; à vrai dire, ce n’est pas moi, c’est la grâce de Dieu avec moi.
Bref, qu’il s’agisse de moi ou des autres, voilà ce que nous proclamons, voilà ce que vous croyez.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT LUC (7, 36-50)
En ce temps-là, un pharisien avait invité Jésus à manger avec lui. Jésus entra chez lui et prit place à table. Survint une femme de la ville, une pécheresse. Ayant appris que Jésus était attablé dans la maison du pharisien, elle avait apporté un flacon d’albâtre contenant un parfum. Tout en pleurs, elle se tenait derrière lui, près de ses pieds, et elle se mit à mouiller de ses larmes les pieds de Jésus. Elle les essuyait avec ses cheveux, les couvrait de baisers et répandait sur eux le parfum.
En voyant cela, le pharisien qui avait invité Jésus se dit en lui-même : « Si cet homme était prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche, et ce qu’elle est : une pécheresse. » Jésus, prenant la parole, lui dit : « Simon, j’ai quelque chose à te dire. – Parle, Maître. » Jésus reprit : « Un créancier avait deux débiteurs ; le premier lui devait cinq cents pièces d’argent, l’autre cinquante. Comme ni l’un ni l’autre ne pouvait les lui rembourser, il en fit grâce à tous deux. Lequel des deux l’aimera davantage ? » Simon répondit : « Je suppose que c’est celui à qui on a fait grâce de la plus grande dette. – Tu as raison », lui dit Jésus.
Il se tourna vers la femme et dit à Simon : « Tu vois cette femme ? Je suis entré dans ta maison, et tu ne m’as pas versé de l’eau sur les pieds ; elle, elle les a mouillés de ses larmes et essuyés avec ses cheveux. Tu ne m’as pas embrassé ; elle, depuis qu’elle est entrée, n’a pas cessé d’embrasser mes pieds. Tu n’as pas fait d’onction sur ma tête ; elle, elle a répandu du parfum sur mes pieds. Voilà pourquoi je te le dis : ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, puisqu’elle a montré beaucoup d’amour. Mais celui à qui on pardonne peu montre peu d’amour. »
Il dit alors à la femme : « Tes péchés sont pardonnés. » Les convives se mirent à dire en eux-mêmes : « Qui est cet homme, qui va jusqu’à pardonner les péchés ? » Jésus dit alors à la femme : « Ta foi t’a sauvée. Va en paix ! »
Homélie
Comme mardi dernier, le passage évangélique d’aujourd’hui n’est présent que chez Luc. Fidèle à son style littéraire, l’évangéliste nous présente un Jésus qui interpelle, qui, à travers des paraboles, met en évidence les actions contradictoires des êtres humains et qui invite à toujours chercher l’essentiel : la miséricorde Dieu exprimée dans l’amour des pécheurs.
Cette fois-ci, Jésus rencontre deux personnes totalement opposées dans la société israélite. D’abord, un homme, un pharisien, dont on connaît le prénom, Simon, et une femme sans nom, mais reconnue comme « pécheresse ». Analysons un peu les deux personnages.
L’homme religieux invite Jésus chez lui, mais il n’arrive pas à le toucher, ni de façon chaleureuse en l’embrassant, ni même en versant de l’eau sur ses pieds, comme il est coutume de faire aux invités. Il garde une distance, il garde ses précautions face à Jésus. Bien que poli dans ses paroles, il ne semble pas vouloir être tout de suite associé publiquement à lui. Il l’admire mais ne le connaît pas bien (« si cet homme était prophète »), alors il ne lui fait pas complètement confiance, il reste méfiant.
La femme, de son côté, provoque abruptement la rencontre avec Jésus, elle s’introduit dans la maison de Simon et se précipite pour embrasser, laver avec ses larmes et parfumer les pieds de Jésus. Elle n’a pas de conditions, elle n’attend pas de tout savoir de Jésus pour se confier à lui. Elle se donne et s’abandonne par espérance. Elle laisse couler ses larmes sans prononcer un mot et son corps se fait l’expression de ce que ressent son cœur.
Face à ces deux attitudes, Jésus reste plein de miséricorde. Il n’attaque pas le pharisien Simon, au contraire! Il cherche à lui faire comprendre, à travers la parabole du créancier et ses deux débiteurs, que le pardon et l’amour sont indissociables. Jésus voit en lui un homme pieux capable de faire autrement que de rester dans ses jugements. Il reconnaît tout autant, dans les gestes de la femme, la gratitude de se savoir pardonnée. Sa condition de pécheresse ne l’a pas empêchée d’aimer et d’être aimée : « ses nombreux péchés, sont pardonnés, puisqu’elle a montré beaucoup d’amour » ; le pardon de Jésus est la réponse aux gestes d’amour de la femme.
Simon est sûrement incapable de comprendre la miséricorde de Dieu, car il n’en a jamais fait l’expérience : il se sait juste et bon. Cependant, Jésus démontre que le pardon n’est pas une pièce à échanger contre de l’amour; le pardon se donne sans attendre rien en retour, comme l’amour. Et ça, la foi de la femme l’a bien compris : « Ta foi t’a sauvée. Va en paix ! »
Jésus nous révèle un Dieu qui accueille toute personne sans porter de jugement ni exclure; au contraire, il accueille tendrement et miséricordieusement. Avec la parabole du créancier, Jésus explique à Simon que la femme faisait preuve de plus d’amour que lui, un amour fondé dans la foi. C’est une invitation à Simon pour réellement se confier dans la personne de Jésus : il est véritablement un prophète de Dieu mais pas tel que les pharisiens l’attendaient.
Nous pouvons sans doute nous identifier à ces deux personnages à divers moments de notre vie. Un proverbe populaire disait qu’on pleure aussi de joie et des études scientifiques confirment que les larmes de joie sont une réaction normale face à un phénomène positif qui permet de rétablir l’équilibre émotionnel de la personne. C’est justement l’expérience de la femme qui se sait pécheresse pardonnée. Demandons la grâce de l’Esprit-Saint afin de découvrir l’immense joie de pouvoir aimer Jésus, de l’aimer grandement au point de verser des larmes de joie, car nous sommes des pécheurs pardonnés. C’est Dieu lui-même qui nous a aimé le premier.
Gustavo Adolfo Garay Ortega
PRIÈRE
Dieu de puissance et de miséricorde,
éloigne de nous, dans ta bonté,
tout ce qui nous arrête,
afin que sans aucune entrave,
ni d’esprit ni de corps,
nous accomplissions d’un cœur libre ce qui vient de toi.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
lui qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.