Homélie, mardi de la 21ème semaine du Temps ordinaire

27 août 2024

Quand le « bien paraître » devient tout

Alors que l’évangile de Matthieu entame une liste de « malédictions » citées par Jésus, le frère Jean-Louis Larochelle, O.P., nous explique exactement l’attitude des scribes et des pharisiens que Jésus condamne.

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Homélie

Dans le passage évangélique du jour, Jésus présente une liste de malédictions visant les personnes qui refusent de prendre en compte les exigences des Béatitudes. C’est pourquoi il va répéter à plusieurs reprises : « Malheureux êtes-vous, scribes et pharisiens hypocrites… ». (Cf. Mt 23,1-36) On le voit ainsi mettre en garde les gens qui faisaient confiance à l’enseignement des scribes et des pharisiens. Il les invite à ne pas les prendre pour modèles de conduite pour entrer dans le Royaume de Dieu. Jésus ne condamne pas ici tous les scribes et pas davantage tous les pharisiens. Mais il se permet de viser une portion d’entre eux, ceux en particulier qui profitaient de leur autorité pour alléger, à leur profit, les exigences de la Loi et pour camoufler leurs pratiques injustes.

Le travers que Jésus dénonçait, c’était surtout le fait que certains scribes et pharisiens choisissaient de faire passer les éléments secondaires de la Loi de Moïse avant les éléments essentiels. De la sorte, ils défiguraient le visage de toute démarche religieuse et spirituelle. Leurs intérêts immédiats passaient avant les exigences rattachées aux Béatitudes. Au lieu de placer dans leurs vies la justice, la miséricorde et la fidélité à Dieu comme valeurs à privilégier, ils retenaient surtout des pratiques rituelles secondaires. On le sait, payer la dîme sur la menthe et le fenouil n’avait absolument pas le même poids, dans une perspective religieuse, que celle de respecter la justice dans les rapports avec les petites gens de la société. Autre travers que Jésus dénonçait, c’est la cupidité voilée de ces gens qui se prétendaient des guides du peuple. Leur recherche d’influence sociale et religieuse les amenait à favoriser le « bien paraître ». En conséquence, ils évitaient de chercher à purifier le fond de leur cœur, c’est-à-dire l’intérieur de la coupe. Tout devenait alors superficiel dans leur démarche dite de foi.

L’exégète française Marie-Noëlle Thabut indique, dans son commentaire de ce passage évangélique, que la tentation à laquelle succombaient bien des scribes et pharisiens atteint souvent aujourd’hui les personnes en autorité. En effet, que d’hommes et de femmes qui sont des figures publiques sont un peu trop attentives à leur cote de popularité. La volonté du « bien paraître » revêt souvent une importance excessive. Ce qui compte alors, ce n’est pas d’abord le service à rendre aux autres, à la population, ce n’est pas la justice à défendre, mais son « image personnelle à projeter » ou celle de son parti politique, de sa corporation professionnelle ou de son Église. D’où, dans le langage évangélique, le refus plus ou moins affirmé de s’engager sur la voie de la conversion. C’est dire que la question du jeune homme riche : « Que dois-je faire de bon pour avoir la vie éternelle ? » n’est pas posée par ces personnes qui tablent avant tout sur le « bien paraître » et la promotion de leurs intérêts personnels.

Une fois de plus, cette parole d’Évangile vient nous rappeler que nous avons besoin de l’Esprit du Seigneur pour échapper à nos aveuglements et pour ainsi nous ouvrir à la lumière du Royaume de Dieu. Puissions-nous accueillir favorablement la grâce de la lucidité spirituelle !

Fr. Jean-Louis Larochelle, O.P.

 

PRIÈRE

Seigneur Dieu,
réconfort des affligés,
tu accueillais avec amour les larmes de la bienheureuse Monique
pour la conversion de son fils Augustin ;
accorde-nous, à la prière de la mère et du fils,
de savoir pleurer nos péchés
et d’obtenir la grâce de ton pardon.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
lui qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.

∞ Amen.