28 avril 2024
Demeurer dans la Vigne
En ce cinquième dimanche de Pâques, le frère Peace Michael A. Mushimiyimana, O.P., nous exhorte à maintenir fidèle et solide notre foi en l’enracinant profondément dans l’amour et la Parole du Christ.

LIVRE DES ACTES DES APÔTRES (9, 26-31)
En ces jours-là, arrivé à Jérusalem, Saul cherchait à se joindre aux disciples, mais tous avaient peur de lui, car ils ne croyaient pas que lui aussi était un disciple. Alors Barnabé le prit avec lui et le présenta aux Apôtres ; il leur raconta comment, sur le chemin, Saul avait vu le Seigneur, qui lui avait parlé, et comment, à Damas, il s’était exprimé avec assurance au nom de Jésus.
Dès lors, Saul allait et venait dans Jérusalem avec eux, s’exprimant avec assurance au nom du Seigneur. Il parlait aux Juifs de langue grecque, et discutait avec eux. Mais ceux-ci cherchaient à le supprimer. Mis au courant, les frères l’accompagnèrent jusqu’à Césarée et le firent partir pour Tarse.
L’Église était en paix dans toute la Judée, la Galilée et la Samarie ; elle se construisait et elle marchait dans la crainte du Seigneur ; réconfortée par l’Esprit Saint, elle se multipliait.
PREMIÈRE LETTRE DE SAINT JEAN (3, 18-24)
Petits enfants, n’aimons pas en paroles ni par des discours, mais par des actes et en vérité. Voilà comment nous reconnaîtrons que nous appartenons à la vérité, et devant Dieu nous apaiserons notre cœur ; car si notre cœur nous accuse, Dieu est plus grand que notre cœur, et il connaît toutes choses.
Bien-aimés, si notre cœur ne nous accuse pas, nous avons de l’assurance devant Dieu. Quoi que nous demandions à Dieu, nous le recevons de lui, parce que nous gardons ses commandements, et que nous faisons ce qui est agréable à ses yeux.
Or, voici son commandement : mettre notre foi dans le nom de son Fils Jésus Christ, et nous aimer les uns les autres comme il nous l’a commandé. Celui qui garde ses commandements demeure en Dieu, et Dieu en lui ; et voilà comment nous reconnaissons qu’il demeure en nous, puisqu’il nous a donné part à son Esprit.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT JEAN (15, 1-8)
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Moi, je suis la vraie vigne, et mon Père est le vigneron. Tout sarment qui est en moi, mais qui ne porte pas de fruit, mon Père l’enlève ; tout sarment qui porte du fruit, il le purifie en le taillant, pour qu’il en porte davantage.
« Mais vous, déjà vous voici purifiés grâce à la parole que je vous ai dite. Demeurez en moi, comme moi en vous. De même que le sarment ne peut pas porter de fruit par lui-même s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi.
« Moi, je suis la vigne, et vous, les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure, celui-là porte beaucoup de fruit, car, en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire. Si quelqu’un ne demeure pas en moi, il est, comme le sarment, jeté dehors, et il se dessèche. Les sarments secs, on les ramasse, on les jette au feu, et ils brûlent.
« Si vous demeurez en moi, et que mes paroles demeurent en vous, demandez tout ce que vous voulez, et cela se réalisera pour vous. Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruit et que vous soyez pour moi des disciples. »
Homélie
« Moi Je suis la vraie vigne, et vous les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui Je demeure, celui-là porte encore beaucoup de fruit, car en dehors de moi, vous ne pouvez rien faire ».
Le verbe « demeurer » est au cœur de l’évangile de ce jour. Jésus prend la peine de le mentionner à plusieurs reprises : demeurer en lui, demeurer dans son amour, être greffé sur lui comme le sarment sur la vigne.
Une telle insistance de la part de Jésus trahit en réalité notre difficulté à demeurer, à rester stables, à nous enraciner. Elle trahit le fait que nous sommes permanemment en errance, comme des nomades, des vagabonds, des personnes sans racines, des personnes sans grandes convictions, courant çà et là.
« Demeurer » renvoie à « être fidèles ». Et ces paroles s’adressent justement à un peuple qui, par le passé, ne s’est pas toujours illustré par sa fidélité à son Dieu. Il n’a cessé de courir vers d’autres dieux.
Et dans notre vie quotidienne, nous sommes confrontés à notre incapacité à « demeurer » à être assidus, stables, à nous enraciner durablement dans nos engagements, dans les bonnes dispositions que nous pouvons avoir. Aujourd’hui on aime et demain on n’aime plus ; aujourd’hui on dit la vérité et demain on ment ; aujourd’hui on est généreux et demain on est égoïste… On se dessèche dans des voies sans issues, en nous accrochant à des branches sans sève.
L’égarement, par exemple, c’est le signe que nous avons du mal à « demeurer » sur le chemin de Dieu. La haine, c’est le signe que nous avons du mal à demeurer dans l’amour…
Jésus lui-même vivra, dans sa chair, l’incapacité de ses apôtres à « demeurer ». Ils lui avaient pourtant promis fidélité et loyauté. Mais lorsque survint la Passion, ils ne furent pas capables de « demeurer ».
Comment peut-on porter des fruits quand on n’est pas solidement enracinés, greffés, quand on ne prend pas la peine de demeurer, de laisser la parole de Dieu prendre racine et croître en nous ? Le moindre coup de vent, la moindre secousse de la vie nous balaierait.
Sans une connexion profonde avec Dieu, nos vies risquent d’être balayées par les tempêtes de l’existence. Si nous ne nous enracinons pas solidement dans la foi, nous serons emportés par les tumultes du monde. Comme des arbres sans racines solides, nous risquons d’être renversés par les vents de l’adversité si nous ne demeurons pas fermes en Dieu. Lorsque nous ne laissons pas la Parole de Dieu s’enraciner en nous, nous devenons vulnérables aux épreuves et aux tribulations de la vie.
Sans être greffés à la vraie vigne, nous sommes comme des branches flottantes, prêtes à être emportées par le courant de ce monde. Si nous ne prenons pas soin de demeurer en Christ, nous risquons d’être emportés par les courants de l’indifférence et de l’égoïsme. Une foi superficielle ne peut résister aux tempêtes de la vie ; nous devons nous enraciner profondément en Dieu pour rester debout face aux défis.
La première communauté chrétienne avait bien retenu le message, elle qui s’employa à demeurer dans la vigne : « Ils persévéraient dans l’enseignement des apôtres, la communion fraternelle, la fraction du pain, la prière ».
Que le Seigneur nous sorte de notre errance ; qu’il nous donne de nous établir fermement en lui, de nous enraciner dans l’amour, dans la parole de Dieu, dans la justice, dans la prière. Ainsi, nous porterons beaucoup de fruits. Amen!
Fr. Peace Michael A . Mushimiyimana, O.P.
PRIÈRE
Dieu éternel et tout-puissant,
continue d’accomplir en nous le mystère pascal ;
soutiens et protège ceux que tu as voulu renouveler
dans le saint baptême :
qu’ils portent beaucoup de fruits
et parviennent aux joies de la vie éternelle.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
lui qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.