Homélie, mardi, Semaine sainte B

26 mars 2024

Un paradoxe renversant

Aujourd’hui, le frère Jean-Louis Larochelle, O.P., nous démontre que, même dans l’heure la plus sombre de Jésus et de ses disciples, le projet de Dieu émerge encore et toujours dans les situations les plus désespérées où l’être humain démontre sa plus grande fragilité.
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Homélie

Les derniers jours de la vie de Jésus ont été dramatiques. Tout ce que Jésus semblait avoir bâti au cours de deux ou trois années de son ministère allait éclater, s’écrouler. Il avait pourtant autour de lui un groupe d’apôtres qu’il avait bien préparés à la mission. En plus, tout un réseau de disciples (hommes et femmes), des malades et des handicapés qui avaient été libérés de leurs maux, des petites gens et des personnes de statut social élevé avaient reconnu en lui le Messie annoncé et s’étaient engagés à vivre à la lumière de son enseignement. L’avenir semblait donc ouvert à l’émergence du Règne de Dieu malgré la résistance explicite des autorités religieuses. Puis s’opéra brutalement un renversement de situation. L’aspect le plus dramatique de ce renversement, c’est qu’il a trouvé sa source, pour une part du moins, chez les plus proches collaborateurs de Jésus.

Dans le cadre d’un repas festif, le dernier que Jésus allait prendre avec les siens, le drame éclate. Jésus annonce d’abord qu’il sera livré par l’un des siens, Judas. Puis, à Pierre qui affirme avec force qu’il est prêt à donner sa vie pour son maître, Jésus dit : « En vérité, en vérité, je te le dis, avant que le coq chante, tu m’auras renié trois fois. » C’est alors l’éclatement. La fragilité du noyau dur qu’était le groupe des apôtres se manifeste explicitement. La mission de Jésus semble se terminer sur un échec cuisant, car c’est sa mort prochaine qui est clairement évoquée.

Or, paradoxe renversant, c’est au cœur même de cette crise interne que Jésus proclame qu’il sera glorifié : « Maintenant le Fils de l’homme est glorifié, et Dieu est glorifié en lui. Si Dieu est glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera; et il le glorifiera bientôt ». On dirait que Jésus entonne un chant de triomphe au cœur du drame dans lequel il est tout à fait impliqué. Chant de triomphe, oui, car l’œuvre du salut va s’achever en cette heure suprême du fait que le Fils de l’homme sera glorifié par l’œuvre accomplie et par le don de sa vie qu’il est disposé à faire. Et puisque la gloire du Fils est celle du Père, le Père, lui, a été glorifié dans le Fils qui l’a fait connaître.

Ces paroles de Jésus sur la gloire qui l’attend nous invite à aller au-delà des apparences et à ne pas nous laisser enfermer dans une lecture à courte vue de la dernière rencontre de Jésus avec les siens. Ce qui, dans une perspective strictement historique, peut être vu comme un échec, doit, dans le cadre du dessein de Dieu, être lu comme une victoire. Car, avec la glorification de Jésus, c’est le salut promis par le Père qui advient et qui doit être reconnu. Le message à retenir, malgré la trahison de Judas et le reniement de Pierre, c’est celui de l’entrée dans un temps nouveau où l’espérance pourra pleinement s’enraciner. La vraie Vie qui se révélera dans le triomphe du Christ ressuscité vaincra les forces de mort qui semblaient devoir l’emporter. Dieu aura le dernier mot !

Fr. Jean-Louis Larochelle, O.P.

 

PRIÈRE

Accorde-nous, Dieu éternel et tout-puissant,
de célébrer les mystères de la passion du Seigneur,
de telle sorte que nous obtenions le pardon.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
lui qui vit et règne avec toi
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.

∞ Amen.