28 février 2024
Être grand, c'est servir les petits

LIVRE DU PROPHÈTE JÉRÉMIE (18, 18-20)
Mes ennemis ont dit : « Allons, montons un complot contre Jérémie. La loi ne va pas disparaître par manque de prêtre, ni le conseil, par manque de sage, ni la parole, par manque de prophète. Allons, attaquons-le par notre langue, ne faisons pas attention à toutes ses paroles. »
Mais toi, Seigneur, fais attention à moi, écoute ce que disent mes adversaires. Comment peut-on rendre le mal pour le bien ? Ils ont creusé une fosse pour me perdre. Souviens-toi que je me suis tenu en ta présence pour te parler en leur faveur, pour détourner d’eux ta colère.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT MATTHIEU (11, 29-32)
En ce temps-là, Jésus, montant à Jérusalem, prit à part les Douze disciples et, en chemin, il leur dit : « Voici que nous montons à Jérusalem. Le Fils de l’homme sera livré aux grands prêtres et aux scribes, ils le condamneront à mort et le livreront aux nations païennes pour qu’elles se moquent de lui, le flagellent et le crucifient ; le troisième jour, il ressuscitera. »
Alors la mère des fils de Zébédée s’approcha de Jésus avec ses fils Jacques et Jean, et elle se prosterna pour lui faire une demande. Jésus lui dit : « Que veux-tu ? » Elle répondit : « Ordonne que mes deux fils que voici siègent, l’un à ta droite et l’autre à ta gauche, dans ton Royaume. » Jésus répondit : « Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire ? » Ils lui disent : « Nous le pouvons. » Il leur dit : « Ma coupe, vous la boirez ; quant à siéger à ma droite et à ma gauche, ce n’est pas à moi de l’accorder ; il y a ceux pour qui cela est préparé par mon Père. »
Les dix autres, qui avaient entendu, s’indignèrent contre les deux frères. Jésus les appela et dit : « Vous le savez : les chefs des nations les commandent en maîtres, et les grands font sentir leur pouvoir. Parmi vous, il ne devra pas en être ainsi : celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur ; et celui qui veut être parmi vous le premier sera votre esclave. Ainsi, le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude. »
Homélie
La finale de l’évangile d’aujourd’hui est reprise comme antienne de communion : « Le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi mais pour servir … ».
Le verbe « servir » est un verbe très fécond dans le langage courant. Il a engendré au moins trois substantifs, avec des connotations légèrement différentes : il y a le « serveur », le « servant » et le « serviteur ». Pensez au « serveur de table » du restaurant, le « servant de messe » à l’église et le « serviteur du maître » dans une maison bourgeoise. Tous exercent un service des autres mais avec une relation différente avec l’autre, que ce soit le client du restaurant, le prêtre célébrant ou le propriétaire de la maison. On peut distinguer le serviteur du simple travailleur. Alors que l’employé se réfère à un patron, le serviteur a, lui, un maître. Entre le serviteur et son maître, il y a une relation humaine qui déborde le travail. Quelles sont les qualités du bon serviteur? Le bon serviteur est vigilant, disponible, toujours prêt (à l’exemple du bon scout). Il a la confiance de son maître qui lui confie des responsabilités. Enfin, il doit être un bon travailleur, qui ne compte pas son temps.
Dans la Bible, être serviteur de Dieu est un titre d’honneur. C’est un titre que l’on attribue au messie. Le prophète Isaïe parle de l’envoyé de Dieu comme du « serviteur souffrant ». « Devant (Dieu), le serviteur a poussé comme une plante chétive, une racine dans une terre aride ; il était sans apparence ni beauté qui attire nos regards, son aspect n’avait rien pour nous plaire. Méprisé, abandonné des hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance, il était pareil à celui devant qui on se voile la face ; et nous l’avons méprisé, compté pour rien ». Jésus lui-même se définit comme le serviteur et il le manifeste par un geste éloquent, le lavement des pieds de ses disciples. Ce titre exprime bien le cœur du mystère de Jésus, « venu non pour être servi mais pour servir ».
Marie, la mère de Jésus, se présente comme la « servante du Seigneur ». Jésus rappelle à ses disciples que le serviteur n’est pas plus grand que son maître : « celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur ». Le service de Dieu ne se limite pas au culte rituel mais il s’étend à toute la vie par l’accueil de la volonté de Dieu dans le service des plus petits. D’une manière spéciale, en ce temps de carême, nous sommes appelés à demeurer vigilants dans la prière et en tenue de service pour construire un monde plus juste selon le dessein de Dieu.
N’oublions pas cependant que le Seigneur, tout en convoquant ses disciples à se mettre au service des autres, leur a dit : « Je ne vous appelle plus serviteurs mais amis ».
Fr. Yvon Pomerleau, O.P.
PRIÈRE
Garde ta famille, Seigneur :
qu’elle ne cesse de progresser en faisant le bien ;
assure-lui les secours nécessaires en cette vie
pour la conduire,
dans ta bonté, jusqu’aux dons du ciel.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
lui qui vit et règne avec toi
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.