Homélie, dimanche, 2e semaine du Temps ordinaire

14 janvier 2024

Venir et voir

Aujourd’hui, le frère Daniel Cadrin, O.P., nous explique le monde dynamique et personnalisé qui entoure et mène à la rencontre de Jésus et à la découverte d’une vocation.
venir-et-voir

Homélie

Cette semaine, après un temps des fêtes rempli de visites et de célébrations, nous rentrons dans le temps liturgique appelé le temps ordinaire, jusqu’au Carême. Que nous réserve-t-il? De pareil au même, ou des surprises et des rencontres? L’Évangile d’aujourd’hui, en tout cas, nous invite à nous mettre en marche.

Il nous parle d’une réalité aussi actuelle qu’ancienne, la naissance des mouvements religieux. Ils naissent souvent les uns des autres. Autour de Jean Baptiste, prophète appelant au renouveau, tout un mouvement s’est développé. Jean a des disciples pour qui il est le maître spirituel; d’ailleurs, il en a encore aujourd’hui (les Mandéens). Les premiers disciples de Jésus sont venus du groupe de Jean Baptiste, qui les envoie vers Jésus. André, l’un de ces disciples de Jean, à son tour fera connaître Jésus à son frère Simon. La diffusion de la bonne nouvelle utilise les réseaux existants, réseaux de parenté, d’affinité religieuse, de courants spirituels, de voisinage, d’amitié. Elle se transmet grâce à des relais. Ce fut le cas pour une communauté comme celle des Corinthiens (2e lecture). Et cela demeure aussi actuel qu’aux origines.

Cette mise en mouvement, cette communication qui circule et s’élargit, repose toutefois sur une expérience personnelle: la rencontre avec Jésus. Ainsi pour André, pour l’autre disciple anonyme et pour Simon. Cette rencontre est précédée d’une recherche: Que cherchez-vous? demande Jésus (sa première parole dans l’évangile de Jean). Elle est suivie d’un témoignage: Nous avons trouvé le Messie. Cette rencontre demande un déplacement pour aller là où Jésus demeure et pour rester auprès de lui. Toute cette démarche suggère des étapes, qui sont celles du chemin de la foi, encore aujourd’hui: recherche et mise en contact, rencontre et séjour, témoignage et communication. Nous ne pouvons découvrir Jésus et sa parole de vie sans accepter de nous déplacer pour nous mettre à sa suite. La suite de Jésus est mentionnée plusieurs fois dans ce court récit. Elle exprime plus qu’un geste physique : elle parle de l’engagement du disciple qui s’attache et se rattache à une voie spirituelle et à un maître. Et tout commence par la disponibilité, comme Samuel (1ère lecture) : Me voici!

Recherche, rencontre et communication, relais et réseau: nous sommes ici dans un monde très inter-actif et personnalisé. Sauf un, les gens ont des noms: Jean Baptiste, André, Jésus, Simon, et peuvent même recevoir un nom nouveau : Kephas. Et dans la première lecture, l’appel s’adresse à Samuel, par son nom, à quatre reprises, avec insistance : Samuel, Samuel. Dans ces récits, nous sommes loin de l’anonymat d’une transmission formelle ou à distance. Nous sommes dans un monde de contacts et d’échanges, de trans-mission et de regards: regard de Jean Baptiste sur Jésus; regard de Jésus sur les deux disciples, puis sur Simon. Jésus qui voit en eux ce qu’ils ne peuvent voir: leurs capacités, leurs dons. Regards aussi des deux disciples sur Jésus: Venez et vous verrez. La communication se fait non seulement à travers les paroles, l’écoute et les gestes du déplacement, mais aussi par l’échange des regards, qui découvrent l’autre et sa présence. Et cela se passe dans le temps, à un moment particulier, vers seize heures.

En même temps que les gens sont en mouvement et que les regards s’échangent, l’enjeu de ce va-et-vient est bien nommé: c’est Jésus lui-même, sa personne. Qui est-il? Son identité est dévoilée à travers les titres qui lui sont donnés : Jean Baptiste parle de lui comme de l’Agneau de Dieu; les deux disciples de Jean l’appellent Rabbi, i.e. Maître; André parle de lui comme du Messie, i.e. du Christ. Ces titres enracinent l’identité de Jésus dans l’histoire de son peuple et dans les Écritures, mais aussi le présentent comme visage de Dieu, au milieu de nous. Ainsi, dès le début de l’Évangile de Jean, en ce récit d’appel et d’engagement, nous sommes placés devant la question centrale qui demeure nôtre : croire en cet homme singulier dont l’évangéliste proclame qu’il est le Verbe de Dieu.

Cet évangile de Jean, nous le lisons et l’entendons aujourd’hui. Lui-même s’inscrit comme un autre relais dans la transmission. Déjà il s’adresse à des lecteurs grecs, en donnant la signification de certains mots du monde juif : Rabbi, Messie, Kephas. Il devient un témoin, une parole à entendre, pour que nous, ses auditeurs et lecteurs actuels, nous entrions dans l’échange et la communication, dans l’écoute, la parole et le regard, dans le déplacement. Comme a répondu Samuel à l’appel : Parle Seigneur, ton serviteur écoute.

De sorte qu’à notre tour, après cette écoute, nous allions trouver d’autres personnes pour les inviter à venir et à voir, et à se joindre à ce mouvement religieux toujours nouveau. Les inviter à travers notre foi active, notre charité qui se donne de la peine et notre espérance qui tient bon. Nous devenons ainsi des relais, participants de cette transmission.

Venir et voir le Verbe de vie, parole et pain, qui demeure au milieu de nous, par qui et avec qui nous rendons grâce en ces débuts du temps ordinaire, qui nous réserve des surprises et des rencontres. Amen.

Fr. Daniel Cadrin, O.P.

 

PRIÈRE

Dieu éternel et tout-puissant,
qui régis et le ciel et la terre,
exauce, en ta bonté, les supplications de ton peuple
et donne à notre temps la paix qui vient de toi.
Par Jésus, le Christ notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi et le Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.

∞ Amen.