Homélie, L’Épiphanie du Seigneur

7 janvier 2024

Suivons les mages !

En ce dimanche de l’Épiphanie du Seigneur le frère André Descôteaux, O.P., nous fait l’éloge des Rois Mages, ses chercheurs emplis d’espérance qui ont eu le courage de tout risquer et partir pour trouver bien plus que tout ce qu’ils auraient pu imaginer.
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Homélie

Ce matin, au couvent, nous avons partagé la galette des Rois avec les participants à la messe de 8h30. Nous avons couronné un roi et une reine. Belle tradition! En fait, elle est très ancienne. En effet, selon Wikipédia, elle date de l’Empire romain au moment appelé les Saturnales, fêtes situées entre la fin du mois de décembre et le commencement de janvier. Au cours d’un banquet, les Romains utilisaient la fève d’un gâteau pour tirer au sort, parmi les esclaves, le roi du jour. Celui-ci, pour une journée, pouvait donner des ordres même à son maître, avant de retourner, le lendemain, à sa vie servile.

La présence de mages remonte à aussi loin. En effet, il était fréquent, dans l’Antiquité, de trouver des mages, comme ceux de l’Évangile. On désignait par là des sages de l’Orient pour qui l’astrologie occupait une place importante.

Sans juger de l’historicité du récit évangélique, il y avait donc au temps de Jésus des mages qui scrutaient les cieux dans la recherche d’étoiles annonciatrices d’événements importants. Nos mages sont donc des personnes en recherche. Ils ne sont pas enfermés dans la banalité et la répétition du quotidien. Contrairement à Ben Sirac le Sage pour qui « il n’y a rien de neuf sous le soleil », eux croient que l’avenir est ouvert. Ils portent leur regard sur le ciel. Comme dit le pape François, dans son homélie d’hier, « ils ne vivent pas en regardant le bout de leurs pieds, repliés sur eux-mêmes, prisonniers d’un horizon terrestre, se traînant dans la résignation ou la plainte. Ils lèvent la tête pour attendre une lumière qui vient d’en haut ».

Je ne vous cacherai pas que j’admire ces sages. D’ailleurs, toute mon homélie évoquera leur grandeur. Leur première qualité est donc de chercher. Ils attendent. Ils espèrent. Dès qu’ils voient dans le ciel un signe inhabituel, ils s’interrogent. Ils auraient pu faire comme si rien ne s’était passé, en essayant d’expliquer ce phénomène par toute sorte de théories connues. Ils ne se laissent pas enfermer dans leurs connaissances. Ils sont habités par la curiosité qui ouvre des chemins et qui permet à la connaissance de se développer.

Nos mages sont donc des chercheurs éveillés et honnêtes. Ils osent se poser des questions. Ils sont humbles. Ils acceptent de se laisser déranger au point de prendre la route pour suivre leur étoile. Ils sont partis vers l’inconnu, vers l’incertain, sur des chemins où il y avait de multiples dangers. Qu’à cela ne tienne, ils se risquent! Ils quittent le confort de leurs demeures et les facilités de leurs laboratoires pour emprunter des chemins inconnus. Aucune carte, si ce n’est l’étoile qu’ils ne peuvent suivre que de nuit! Avez-vous remarqué qu’ils sont peu à être partis? Pourtant, ils n’ont pas dû être les seuls à voir cette étoile dans le ciel. Combien de réalistes ont dû se moquer d’eux, de leurs rêveries! Comment être sérieux en ne se basant que sur un signe céleste ? Ridicule! La recherche de la vérité était pour eux plus importante que la dérision du monde, apparemment intelligent.

Petite pause. Jusqu’à maintenant, je me suis situé du point de vue des mages, de ces scientifiques de l’Antiquité mais pensons à toutes ces personnes inquiètes, insatisfaites par ce que leur offre le monde et qui cherchent un sens à leur vie. Je pourrais vous citer une liste très longue de croyants et de croyantes qui, quelques fois, ont entrepris un très long parcours avant de découvrir, comme les Mages, ce Jésus qui les a comblés de joie. Augustin, Charles de Foucaud, Dorothy Day et j’en passe. Les conversions ne sont pas toujours instantanées mais sont souvent le fruit d’une longue et persévérante recherche où l’honnêteté envers soi-même et l’humilité sont nécessaires.

Revenons à nos Mages. Ils sont maintenant à Jérusalem. Ils ne voient plus leur étoile, alors que font-ils? Ils interrogent. Et voici qu’on leur répond en citant une prophétie, pas un résultat d’une étude scientifique, mais une parole de Dieu annonçant que le Messie devait naître à Bethléem. Ils auraient bien pu ne pas en tenir compte alléguant que ce n’était pas scientifique mais ils ont été, encore une fois, assez humbles pour accepter que tout ne venait pas de la raison raisonnante. Dieu peut parler et Il parle!

Et Dieu va encore leur parler. L’étoile réapparaît et s’arrête sur la maison où logent Marie, Joseph et l’Enfant Jésus. Où sont-ils? Dans un palais royal? Où est donc ce grand roi dont ils ont vu l’étoile se lever? Il est dans les bras d’une pauvre femme. Qui donc est ce Roi nouveau-né devant qui ils veulent se prosterner? Un puissant, entouré de ses nourrices et d’une multitude de serviteurs et servantes? Non, ils ont trouvé un petit bébé, comme tant d’autres, vivant pauvrement dans une humble maison, entouré par sa mère et son père. Ont-ils été déçus? Non, car en voyant l’enfant ils sont tombés à ses pieds et se sont prosternés. Ils ont vu et ils ont cru. Dans l’Enfant Jésus, ils reconnaissent celui qu’ils cherchaient même s’il est bien différent de celui qu’ils s’étaient probablement imaginés. Ils s’inclinent, ils adorent et lui remettent leurs présents correspondant à ce que ceux-ci pensaient de la royauté de cet enfant! En effet, leurs cadeaux manifestent leur conception d’un roi bien terrestre. Ils sont arrivés comme les gens de Saba de la première lecture avec l’or et l’encens, comme il convient pour un roi. Quelle foi et quelle humilité dans ce retournement, dans cette conversion du regard! Ils trouvent ce qu’ils n’auraient jamais soupçonné : Dieu se donnant dans un petit enfant pauvre et fragile. Ils ont accepté de se laisser bouleverser par un tel Dieu.

Et les voilà qui repartent. Nous ne savons pas ce qu’ils deviendront. Tout ce que nous dit l’évangéliste, c’est qu’avertis par un ange ils sont repartis par un autre chemin. N’est-ce pas ce qui advient à ceux et celles qui accueillent l’Enfant Jésus, ceux et celles qui trouvent leur joie en lui ? Ils prennent un autre chemin. Mais où a-t-il conduit nos Mages? Peut-être simplement dans leur quotidien de scientifiques mais dans un quotidien transfiguré par leur rencontre d’un Dieu qui se donne à eux pour les transformer et les garder pour toujours dans l’émerveillement et la joie. Ne deviendront-ils pas alors des étoiles, des lumières guidant leurs frères et sœurs dans leur quête de sens et d’absolu? Ils leur ont dit et nous disent à nous, aujourd’hui: n’ayez pas peur, cherchez, regardez vers le ciel, dépassez l’horizon du quotidien, accueillez l’étrange, la nouveauté. Laissez-vous bouleverser. Partez à la recherche avec toutes vos ressources mais aussi avec l’humilité, celle qui permet d’entendre une Parole qui, un jour, vous rejoindra. Alors vous découvrirez Celui que vous cherchiez et qui ne cessera de vous surprendre.

Reprenant une prière du prêtre André Beauchamp.

Qu’ils sont beaux, les pieds des voyageurs venus de si loin!
D’où viennent-ils, où sont-ils?
Sont-ils dans une errance sans fin
Ne sachant jamais s’il est une patrie
Pour leur cœur inquiet?
Sont-ils, au contraire, déjà pleins d’espérance,
Attirés, aspirés, comme à leur insu
Par une source encore cachée,
Qui murmure en secret
De poursuivre leur voyage au-delà des mers,
Au-delà des âges,
Au-delà des frontières et des livres?
Suivent-ils une invisible étoile
Qui mène vers l’enfant,
L’enfant qui nous ferait faire le saut
De l’abîme d’en bas
Vers l’abîme d’en haut
De l’enfant humblement né parmi nous
Qui nous ferait, en retour, naître en Dieu?
Je cherche la lumière, je cherche une étoile,
Je cherche Dieu pour poursuivre mon errance,
Je cherche un enfant pour trouver mes frères et sœurs,
Je cherche la foi pour ne jamais cesser de chercher.

Fr. André Descôteaux, O.P.

 

PRIÈRE

Seigneur notre Dieu,
une étoile a conduit les mages jusqu’à ton Fils.
Que l’éclat de ta Parole faite chair
et la lumière de ton Esprit nous mènent jusqu’à toi,
Dieu, pour les siècles des siècles.

∞ Amen.