Homélie, vendredi du temps de Noël avant l’Épiphanie

5 janvier 2024

Du scepticisme à la foi

Aujourd’hui, le frère Jean-Louis Larochelle, O.P., nous invite à aller à la rencontre des Nathanaëls de ce monde, ceux qui cherchent un sens et ce qui est bon, mais qui n’ont pas encore trouvé.
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Homélie

Avec la figure de Nathanaël, nous assistons au passage du scepticisme à la foi. Nathanaël, tout comme Philippe et Pierre, fréquentaient déjà Jean le Baptiste. Il était, lui aussi, selon toute probabilité, l’un des disciples de ce dernier. Chose certaine, il était un homme en recherche spirituelle, un homme qui attendait explicitement le Messie promis. C’est d’ailleurs en fonction de cette attente que Philippe s’est permis de l’interpeller. Il l’a fait en lui annonçant que celui qui pourrait répondre à ses attentes fondamentales était déjà là, au milieu d’eux : « Celui dont parlent la loi de Moïse et les prophètes, nous l’avons trouvé, c’est Jésus, fils de Joseph, de Nazareth ». Une telle nouvelle aurait normalement dû enthousiasmer Nathanaël. Mais ce ne fut pas le cas. Ce dernier s’est immédiatement montré sceptique, incrédule. Son objection: le Messie d’Israël ne pouvait pas, selon les représentations messianiques populaires, provenir d’un petit village sans prestige comme celui de Nazareth. Le Messie, à ses yeux, devait provenir de l’élite sociale du pays.

Or, face à l’incrédulité de Nathanaël, Philippe n’a pas argumenté. Il n’a pas cherché à le convaincre. Il lui a simplement dit : « Viens, et vois ». Et c’est là, dans le face à face avec Jésus, que le retournement intérieur s’est opéré. Il est vrai que Jésus l’a bouleversé en lui disant qu’il l’avait vu sous le figuier. Nathanaël a dès lors mis sa confiance en Jésus : « Rabbi, c’est toi le Fils de Dieu ! ».

La démarche de recherche spirituelle à la manière de Nathanaël, elle est encore observable aujourd’hui. Il y a, dans nos milieux, des hommes et des femmes qui se disent insatisfaits de ce que notre société et notre culture offrent pour donner sens à leur vie. Ce sont les Nathanaël d’aujourd’hui. Ils tâtonnent, ils vont voir du côté des sagesses orientales, ils fréquentent la pensée de philosophes contemporains, comme celle de Frédéric Lenoir par exemple. Et puis, un jour, l’une ou l’autre de ces personnes en recherche est invitée par un membre d’une communauté chrétienne à « venir voir » du côté de l’Église catholique.

Or, dans cette décision d’inviter à « venir voir », des chrétiens engagés savent qu’ils prennent des risques. En effet, que pourront-ils présenter de notre Église actuelle qui peut laisser entrevoir le visage mystérieux du Christ Jésus ? Devront-ils se limiter à uniquement « faire voir » les communautés dynamiques et chercher à cacher, du même coup, les communautés vacillantes, sans élan ? Tentation réelle que cette dernière option. Pourtant, ce qui est à montrer, ce sont des groupes et des communautés qui, malgré leurs faiblesses, sont des lieux où la charité est palpable, des lieux où la fraternité et la solidarité sont observables, des lieux où les membres sont fiers de se dire chrétiens. Car ce sont là des lieux où les nouveaux Nathanaël pourront cheminer humblement dans la foi et accueillir le Christ.

Aujourd’hui, à la manière de Philippe, nous sommes invités à dire aux Nathanaël que nous rencontrons : « Viens, et vois ». Et retenons que notre confiance, dans ce geste missionnaire, doit d’abord reposer sur le Seigneur et non pas sur notre désir d’impressionner grâce aux belles réalisations de communautés et groupes chrétiens particuliers. L’essentiel, c’est de proposer la route qui mène au Sauveur. Comptons, dans cette mission, sur la grâce de l’Esprit Saint qui sait atteindre les cœurs !

Fr. Jean-Louis Larochelle, O.P.

 

PRIÈRE

Dans ta bonté, Seigneur,
sois la lumière de tes fidèles;
éclaire tous leurs cœurs par la splendeur de ta gloire,
pour qu’ils ne cessent de reconnaître leur Sauveur
et s’attachent à lui en toute vérité.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
lui qui vit et règne avec toi
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.

∞ Amen.