Homélie, lundi, 34ème semaine du Temps Ordinaire

27 novembre 2023

Haute confiance

Aujourd’hui, le frère Jean-Louis Larochelle, O.P., nous explique ce que Jésus désire vraiment enseigner à ses disciples lorsqu’il leur donne en exemple une veuve qui prend le risque de donner au Temple tout ce qu’elle possède.
haute-confiance

Homélie

Dans le récit évangélique du jour, nous voyons Jésus attirer l’attention de ses disciples sur les attitudes des personnes qui faisaient des dons pour maintenir les services du Temple de Jérusalem. D’une part, il y avait l’attitude de juifs fortunés, gens qui venaient sans doute de Galilée et de Judée ainsi que de régions étrangères. D’autre part, il y avait le comportement d’une pauvre veuve. Les gens fortunés donnaient généreusement. D’ailleurs Jésus n’a exprimé aucun reproche à leur endroit. Mais c’est la veuve qui a retenu son attention. Avec raison, car elle a manifesté une générosité étonnante. Elle a pris des risques, trop de risques en un sens. Jésus n’observe-t-il pas que « cette pauvre veuve a mis plus que tous les autres », proportionnellement parlant ? Rappelons que les veuves en Israël – si elles ne réussissaient pas à se remarier – ne pouvaient pas compter sur une protection sociale. Elles étaient souvent condamnées à la misère si elle n’appartenait pas à des familles capables de les protéger. Pour vivre au jour le jour, elles étaient le plus souvent forcées de mendier publiquement. C’était sans doute là le sort de cette pauvre veuve.

Or, malgré l’attitude peu rationnelle de cette dernière, Jésus s’est permis de la présenter à ses disciples comme un modèle. Il était pourtant bien conscient du geste excessif qu’elle venait de poser, elle, une mendiante. Ne dit-il pas : « Elle a mis tout ce qu’elle avait pour vivre » ? Quel message voulait-il donc faire passer?

Il est tout à fait légitime de penser que Jésus voulait faire comprendre aux siens le haut niveau de confiance en Dieu que cette veuve manifestait. Tout indique que cette veuve ne s’est pas demandé, en agissant comme elle l’a fait : que vais-je manger demain ? Dans sa confiance en Dieu, elle a plutôt pensé : « Dieu pourvoira à mes besoins de base, car il m’aime. »

Mais se dépouiller à l’excès pour maintenir des services religieux ou des œuvres spirituelles, est-ce toujours vertueux? Nous aurions une réponse plus précise si Jésus avait observé, par exemple, le comportement de deux parents, accompagnés de leurs quatre enfants, venir faire leur don au Temple. Il ne les aurait sans doute pas présentés à ses disciples comme des modèles à imiter s’ils avaient pris le risque de tout donner ce qu’ils avaient. Jésus aurait jugé comme irresponsable un tel geste de leur part, et ce, du fait qu’ils avaient le devoir de veiller aux besoins de leurs enfants, à court terme et à moyen terme. Autrement dit, la générosité à l’endroit des institutions et œuvres religieuses doit s’ajuster non seulement aux besoins exprimés mais aussi aux ressources disponibles. À retenir que la confiance en Dieu peut se manifester dans une générosité prudente et rationnelle.

Dans ce récit de la pauvre veuve, il n’y a pas que l’invitation à la générosité qui est présente. C’est celle aussi de se protéger d’une inquiétude trop prononcée face aux besoins d’ordre matériel. Jésus ne dit-il pas : « Ne vous inquiétez donc pas en disant : ‘ Que mangerons-nous ? ‘ ou bien ‘ Que boirons-nous ?’ (…). Tout cela, les païens le recherchent sans cesse. Votre Père céleste sait que vous avez besoin de tout cela. Cherchez d’abord le Royaume et la justice de Dieu; tout cela vous sera donné par surcroît » (Mt 6, 31-32).

Apprendre à mettre sa confiance en Dieu, c’est là le défi de toute personne qui veut marcher à la suite du Christ Jésus. Comptons, pour ce faire, sur le souffle de l’Esprit présent dans chacune de nos vies.

Fr. Jean-Louis Larochelle, O.P.

 

PRIÈRE

Dieu de l’univers,
de qui vient tout don parfait,
enracine en nos cœurs l’amour de ton nom ;
augmente notre foi pour développer
ce qui est bon en nous ;
veille sur nous avec sollicitude pour protéger
ce que tu as fait grandir.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.

∞ Amen.