12 novembre 2023
L'huile... c'est l'Esprit

LIVRE DE LA SAGESSE (6, 12-16)
La Sagesse est resplendissante, elle ne se flétrit pas. Elle se laisse aisément contempler par ceux qui l’aiment, elle se laisse trouver par ceux qui la cherchent. Elle devance leurs désirs en se faisant connaître la première. Celui qui la cherche dès l’aurore ne se fatiguera pas : il la trouvera assise à sa porte. Penser à elle est la perfection du discernement, et celui qui veille à cause d’elle sera bientôt délivré du souci. Elle va et vient à la recherche de ceux qui sont dignes d’elle ; au détour des sentiers, elle leur apparaît avec un visage souriant ; dans chacune de leurs pensées, elle vient à leur rencontre.
PREMIÈRE LETTRE DE SAINT PAUL APÔTRE AUX THESSALONICIENS (4, 13-18)
Nous ne voulons pas vous laisser dans l’ignorance au sujet de ceux qui se sont endormis dans la mort ; il ne faut pas que vous soyez abattus comme les autres, qui n’ont pas d’espérance. Jésus, nous le croyons, est mort et ressuscité; de même, nous le croyons aussi, ceux qui se sont endormis, Dieu, par Jésus, les emmènera avec lui.
Car, sur la parole du Seigneur, nous vous déclarons ceci : nous les vivants, nous qui sommes encore là pour la venue du Seigneur, nous ne devancerons pas ceux qui se sont endormis. Au signal donné par la voix de l’archange, et par la trompette divine, le Seigneur lui-même descendra du ciel, et ceux qui sont morts dans le Christ ressusciteront d’abord. Ensuite, nous les vivants, nous qui sommes encore là, nous serons emportés sur les nuées du ciel, en même temps qu’eux, à la rencontre du Seigneur. Ainsi, nous serons pour toujours avec le Seigneur.
Réconfortez-vous donc les uns les autres avec ce que je viens de dire.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT MATTHIEU (25, 1-13)
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples cette parabole : « Le royaume des Cieux sera comparable à dix jeunes filles invitées à des noces, qui prirent leur lampe pour sortir à la rencontre de l’époux. Cinq d’entre elles étaient insouciantes, et cinq étaient prévoyantes : les insouciantes avaient pris leur lampe sans emporter d’huile, tandis que les prévoyantes avaient pris, avec leurs lampes, des flacons d’huile. Comme l’époux tardait, elles s’assoupirent toutes et s’endormirent.
« Au milieu de la nuit, il y eut un cri : ‘Voici l’époux ! Sortez à sa rencontre.’ Alors toutes ces jeunes filles se réveillèrent et se mirent à préparer leur lampe. Les insouciantes demandèrent aux prévoyantes : ‘Donnez-nous de votre huile, car nos lampes s’éteignent.’ Les prévoyantes leur répondirent : ‘Jamais cela ne suffira pour nous et pour vous, allez plutôt chez les marchands vous en acheter.’ Pendant qu’elles allaient en acheter, l’époux arriva. Celles qui étaient prêtes entrèrent avec lui dans la salle des noces, et la porte fut fermée.
« Plus tard, les autres jeunes filles arrivèrent à leur tour et dirent : ‘Seigneur, Seigneur, ouvre-nous !’ Il leur répondit : ‘Amen, je vous le dis : je ne vous connais pas.’
« Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l’heure. »
Homélie
Nous avons aujourd’hui une parabole surprenante, comme bien d’autres. Elle nous parle du Royaume des cieux et de la venue du Seigneur Jésus à la fin des temps, comme les autres paraboles des dimanches de ce temps de l’année. Pour cette venue, il faut nous préparer. Dans d’autres paraboles, l’insistance porte sur Veillez, dans l’attente du retour du Seigneur : il s’agit de ne pas s’endormir car nous ne savons pas ni le jour ni l’heure. Tout cela se retrouve aussi dans notre parabole d’aujourd’hui; mais son insistance porte sur d’autres aspects de la préparation.
Nous avons ici une noce qui se prépare et dix jeunes filles, qui sont les filles d’honneur accompagnant l’épouse. Celle-ci n’est pas mentionnée dans notre récit mais les dix sont là pour lui faire un cortège. Avec dix filles d’honneur, il s’agit d’une grande noce! Cela se passe de nuit. L’époux vient chercher sa fiancée pour l’amener à la salle de noce. Les dix dans cette procession sont des éclaireuses, avec leurs lampes qui ne sont pas des petites bougies mais plus comme des torches pour bien éclairer.
Évidemment, pour qu’il y ait lumière, il faut de l’huile dans les lampes. C’est vraiment de base! Car s’il n’y a pas éclairage, c’est la confusion, et toute la fête est compromise. Et c’est ce qui risque d’arriver ici. Cinq des dix n’ont pas apporté d’huile pour leur lampe. Ce n’est pas fort (une lampe sans huile) ! Cinq en ont apporté. Mais si celles-ci la partagent avec les autres, qui le demandent, il n’y en aura pas assez; et la lumière ne tiendra pas la route. Celles sans huile semblent se ficher de la noce et de la fête, le bien commun à tous qui est menacé.
Ces deux groupes de cinq jeunes filles, présentées en contraste, reçoivent des qualificatifs variés selon les traductions : les insouciantes et les prévoyantes, les insensées et les avisées, les imprévoyantes et les prudentes, les sottes et les sensées, les folles et les sages, … Mais les dix ont en commun d’avoir dormi; elles n’ont pas veillé; ce n’est pas ce qui compte ici. Pas de problème pour dormir un peu! L’époux est en retard, oui, mais soudain on annonce son arrivée; tout le monde se réveille. Et alors, l’enjeu se manifeste : c’est celui d’être prêtes, ce qui signifie ici d’avoir de l’huile.
Quelle est cette huile si essentielle, qui fait toute la différence entre participer ou non à la noce? Au cours de l’histoire et dans les commentaires et prédications, les réponses ont été nombreuses. Et cela est juste car la vigilance, la préparation, peut prendre plusieurs modalités selon les personnes, les groupes, les contextes.
L’huile, c’est la charité; c’est le plus important dans la vie chrétienne : l’amour de Dieu et l’amour du prochain. L’huile, cela peut être aussi l’espérance, qui nous garde vigilants et fervents, dans l’attente. L’huile, ce peut être aussi la prière, qui garde vifs notre soif du Dieu vivant et notre désir de le rencontrer. Elle peut être le sens de l’hospitalité, l’ouverture du cœur à ceux et celles qui ne sont pas de mon clan, de ma fratrie. Ou bien encore, l’huile, c’est la miséricorde, c’est l’Esprit-Saint, …
En pensant à vous-mêmes, à votre parcours de vie et à votre contexte, ou à un groupe dans lequel vous êtes engagé-e, vous pouvez vous-mêmes répondre, pour vous-mêmes, à la question : quelle est cette huile qu’il importe que j’apporte, pour que ma lampe soit allumée, qu’il importe que nous apportions, pour que nos lampes éclairent? Cette huile peut évoquer une initiative à prendre, une activité à poursuivre ou à reprendre.
Dans la première lecture, il est question de la Sagesse, qui se laisse trouver par ceux et celles qui la cherchent, qui est proche, à notre porte. Et elle a un visage souriant! C’est cette sagesse qui a manqué aux cinq insensées et dont nous avons besoin : pour voir plus loin que l’immédiat, pour prévoir ce qui est à venir, pour penser aux autres et non seulement à soi, pour ne pas manquer le rendez-vous de la noce, pour préparer joyeusement la fête.
Dans la seconde lecture, la 1ère lettre de Paul aux Thessaloniciens (le plus ancien écrit du Nouveau Testament, le premier témoignage écrit sur Jésus), Paul parle de son espérance, de la rencontre du Seigneur, pour ceux qui sont déjà morts et pour les vivants. À cette époque, au début des années 50, les premiers chrétiens l’attendaient pour bientôt; par la suite, Paul lui-même va évoluer sur la question du moment de cette venue. Mais l’important, par-delà les scénarios de fin des temps avec nuées et trompettes, c’est en quoi va consister cette vie nouvelle : nous serons pour toujours avec le Seigneur. Au bout du compte, c’est ce qui compte : il s’agit d’un être-avec, d’une communion avec le Seigneur Jésus le Christ et les uns avec les autres.
C’est cette communion que nous anticipons dans l’eucharistie, où nous formons et recevons le Corps du Christ, unis avec le Seigneur et les uns aux autres. Amen.
Fr. Daniel Cadrin, O.P.
PRIÈRE
Dieu d’amour et de sainteté,
si proche et si grand,
tu ne cesses de nous surprendre
par les initiatives de ta fidélité.
Que ton Esprit Saint veille en nous,
pour que nous soyons prêts à t’accueillir
et à reconnaître ton visage
en Jésus, ton Fils, notre Seigneur,
qui règne avec toi,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.