Homélie, jeudi, 29ème semaine du Temps Ordinaire

26 octobre 2023

Le feu de la paix véritable !

Aujourd’hui, le frère Raymond Latour, O.P., déplore l’état de division du monde et en appelle à l’Église pour nourrir le feu de l’Esprit saint, de la paix et de l’unité, en son sein comme autour d’elle.
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Homélie

« Seigneur, rassemble-nous dans la paix de ton amour! ».

C’est notre prière intense ces jours-ci alors que le monde est à nouveau confronté à un conflit qui pourrait dégénérer et qui a déjà fait des milliers de victimes. Les guerres sont toujours des divisions mal soignées. Les partis opposés s’enferment dans leur justification. Ils prennent tour à tour la posture de l’agressé pour justifier un nouveau cycle de violence, laissant entendre que le conflit n’aura de cesse que lorsque l’ennemi sera exterminé.

Nous nous affligeons aussi de ces divisions qui nous atteignent dans nos relations sociales et même familiales. Dans l’évangile que nous venons d’entendre, Jésus parle de ces divisions au futur, ce qui suggère un autre temps, celui de l’Église où l’appartenance au Christ divisera les gens d’une même famille. Mais les divisions sont au présent continu: Jésus pouvait déjà les observer dans la seule réception de son message. Il finira sur la croix dans sa tentative de rassembler les enfants de Dieu. Il soupire pour ce jour où le feu qu’il est venu apporter, celui de l’Esprit, purifiera le cœur humain de tout ce qui atteint à la paix véritable. « Quelle angoisse est la mienne jusqu’à ce qu’il soit accompli », confie Jésus à ses disciples. Son temps présent est celui de l’angoisse.

Le Messie annoncé ne devait-t-il pas apporter la paix ? C’est sans doute une critique à laquelle le peuple croyant, surtout aux débuts de l’Église a été confronté. Les Messies populistes de ce monde sont en effet autrement plus efficaces pour imposer l’unité. Leur autoritarisme ne tolère pas la division. Ils ne s’adressent ni au cœur ni à la liberté. Ils rallient les appuis en nourrissant les peurs ou en menaçant. Ils créent une société où le juste milieu est intenable et où engager un dialogue est vu comme un début de reddition. Ils ne le diront pas, mais pour eux, Jésus est un faible, un « loser ».

Dans ces situations de conflit, une pression s’exerce, il faut choisir son camp. L’Église peut bien prétendre qu’elle a choisi le camp de la paix, sa voix prophétique doit s’élever pour surmonter les impasses des divisions et dénoncer tous les débordements, toutes les atteintes aux droits humains. Tout en priant pour une solution pacifique, elle pourra rappeler combien justice et paix sont liées. L’Église tout entière œuvre à guérir les divisions, y compris celles qui affectent son témoignage. Elle ne sera au service d’aucune idéologie, si la compassion la mène à parler avec le cœur de Dieu qui est amour qui nous appelle à faire un dans le Christ.

Tant de divisions continuent à sévir, avec des indices de violence plus ou moins élevés. Le monde de l’enseignement, des arts et des communications en général en est affecté. Une menace plane contre certains discours. Le ton monte pour faire prévaloir son idéologie. C’est dans un tel climat où les clivages atteignent aussi l’Église, que s’ouvrait la première session plénière du synode. Dans sa première méditation de la retraite pré-synodale, le dominicain Timothy Radcliffe reconnaissait d’emblée les divisions:

« Nous sommes ici ensemble parce que nous ne sommes pas unis de cœur et d’esprit. La grande majorité de ceux qui ont participé au processus synodal ont été surpris par la joie. Pour beaucoup, c’est la première fois que l’Église les invite à parler de leur foi et de leur espérance. Mais certains d’entre nous ont peur de ce chemin et de ce qui nous attend. Certains espèrent que l’Église se transforme drastiquement, que nous prenions des décisions radicales, par exemple sur le rôle des femmes dans l’Église. D’autres ont précisément peur de ces changements et craignent qu’ils ne mènent qu’à la division, voire au schisme. »

C’est un choix qui se pose à nous, personnellement, humainement, en société comme en Église: avoir raison à tout prix ou marcher ensemble, en vérité, dans l’écoute et le dialogue, vers un horizon de réconciliation et de justice. Une recherche du royaume de Dieu. Ou bien nous continuerons à afficher le spectacle affligeant d’une famille humaine divisée contre elle-même: fils contre père, mère contre fille, belle-mère contre belle-fille et réciproquement! Partout colère et violence. Un enfer! Divisée en elle-même, notre humanité parviendra-t-elle un jour à la maturité, à la pleine stature du Christ?

Entendre l’autre, reconnaître sa contribution et la richesse du vivre-ensemble malgré nos différences comme nos différends, dépasser les petites rivalités et les gros ressentiments, voilà le chemin que l’Esprit, le feu apporté par Jésus, semble indiquer à l’Église. Avec nos espérances contradictoires, nous sommes unis dans un grand exercice d’obéissance!

Ô oui, Seigneur, rassemble-nous dans la paix de ton amour !

Fr. Raymond Latour, O.P.

 

PRIÈRE

Dieu éternel et tout-puissant,
fais-nous agir pour toi d’une volonté ardente,
et servir ta gloire d’un cœur sans partage.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.

∞ Amen.