Homélie, dimanche, 21ème semaine du Temps Ordinaire

27 août 2023

Croire au Christ? Peut-être ! Croire à l'Église...?

Aujourd’hui, le frère André Descôteaux, O.P. souligne l’importance de croire au Christ de nos jours, mais aussi de croire à l’Église. Les deux questions ne sont pas si éloignées l’une de l’autre, car ce qu’il y a de beau dans l’Église c’est le Christ lui-même qui l’édifie!
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Homélie

Napoléon disait : « En matière d’homme je m’y connais. Croyez-moi : ce Jésus est bien plus qu’un homme. » Dans notre société, Jésus, pour ceux qui le connaissent, est généralement bien perçu. Un homme vrai, authentique, porteur d’un bel idéal de l’humanité. Certains voient en lui un homme spirituel, un homme de Dieu, voire un prophète. De là à croire en lui, comme l’apôtre Pierre ce matin, c’est autre chose. Quant à l’Église à laquelle Jésus s’associe, la perception est certainement beaucoup moins positive. Jésus, probablement oui, mais l’Église sûrement non!

Pourtant, comme je viens de le dire, Jésus associe la foi de Pierre à la mission qu’il lui confie : sur sa foi, le Seigneur Jésus édifiera son Église. Ce lien établi par Jésus ne réussit pas à convaincre un grand nombre de nos contemporains de la nécessité et de l’utilité de l’Église. Pas besoin de remonter au pape Borgia, à l’inquisition ou encore au procès de Galilée. Les journaux ne cessent d’étaler les scandales d’abus sexuels et psychologiques commis par des hommes d’Église. L’an dernier, lors du voyage du pape en notre pays, tous et toutes étaient aux aguets : va-t-il demander pardon? Est-il allé assez loin? Dans cette affaire, l’Église a malheureusement montré qu’elle était comme toutes les institutions humaines d’abord prête à sauver sa réputation, à protéger ses prêtres plutôt qu’à accueillir la souffrance des personnes abusées et qu’à prendre les mesures adéquates pour éradiquer ce mal terrible.

Le Christ oui, mais l’Église peut-être, si ce n’est tout simplement non! L’an dernier, j’avais vu une caricature dans la Presse + qui m’avait profondément blessé. Elle représentait un prêtre de profil utilisant son crucifix comme un pistolet placé sur la tempe d’un petit enfant. Face à ce scandale, l’Église a mis sur pieds des protocoles d’accueil des personnes abusées et pris des mesures pour éliminer ce type de comportement. Mais on ne refait pas le passé surtout quand il ne cesse de resurgir.

Pour redorer son image, on pourrait toujours essayer de mettre dans la balance tout ce que l’Église, malgré ses déficiences, a apporté à la société, mais cela n’aura pas un grand impact. Il n’en demeure pas moins que pour moi et, probablement, pour vous, c’est par l’Église que j’ai connu le Christ et son Évangile. C’est par elle que j’ai été nourri des Écritures, ces Écritures qui sont nées en elle et par elle. C’est par elle que j’ai été baptisé et que je reçois le pain de vie ainsi que le pardon de mes péchés. C’est en elle que j’ai rencontré des croyants et croyantes exceptionnels, des trésors d’humanité et de bonté. Je pourrais continuer longtemps à développer tout ce que je dois à l’Église.

Mais, pour moi, au-delà de toute cette énumération, il y a ce que Jésus dit aujourd’hui à Pierre et ce qu’il dira ailleurs à ses autres apôtres. Il leur donne le pouvoir des clés. Vous qui êtes parents savez ce que cela veut dire quand vous donnez les clés de la maison à vos enfants pour la première fois, même si elles sont autour de leur cou. Vous leurs faites confiance. Même si vous leur donnez des consignes et les mettez en garde, vous les jugez capables. De même qu’en vous partez en voyage et que vous confiez vos clés à des parents ou à des amis pour qu’ils viennent vérifier et arroser les plantes, vous leur faites confiance. On ne donne pas les clés à n’importe qui.

De même pour Jésus. Il fait confiance à ses apôtres. Si quelqu’un connaît le cœur de l’être humain, et, en particulier, celui de Pierre, c’est bien lui. Vous vous rappelez, à la dernière cène, il ne se laissera pas berner par son enthousiasme. Il lui annoncera brutalement que, dans les 24 heures, il le reniera. Ce qu’il fera. Il prophétise également que les autres l’abandonneront. Et c’est à eux qu’il confie les clés du Royaume.

Malgré ce qu’est l’être humain — là où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie — , il affirme que la puissance de la Mort ne l’emportera pas sur son Église. Puisqu’il est le vainqueur de la mort et du péché, son Église ne sera pas abattue par les forces du mal.

C’est ainsi que, tout au long de son histoire, l’Église a cherché à se réformer, en se ramenant à l’essentiel, en se mettant toujours davantage à l’écoute de l’Esprit. Et voilà que, cette année, à la demande du successeur de Pierre, l’Église est entrée dans un processus synodal. L’Église n’est pas qu’une pyramide où tout se décide d’en haut et où ses ministres sont sacralisés. Tous et toutes doivent, dans l’Esprit, cheminer ensemble. Il est quand-même surprenant que le pape, qui, selon la théologie la plus classique, est situé au plus haut de la pyramide, rappelle que l’Église est d’abord et avant tout le peuple de Dieu où chacun et chacune a son mot à dire pour découvrir la volonté de Dieu sur elle. À cet égard, je lisais récemment un article présentant comment ce chemin de consultation synodale avait été pour de nombreux chrétiens et de nombreuses chrétiennes un moment de grâces et de renouvellement de leur foi et de leur engagement en Église.

Croire au Christ et croire à l’Église ne sont pas deux questions si éloignées l’une de l’autre. Croyons-nous que le Christ est le Fils de Dieu vivant au point que son Église composée d’hommes et de femmes, comme nous, de pécheurs et de pécheresses comme vous et moi puisse être lumière? Croyons-nous que cette communauté que nous essayons de former est porteuse de l’Esprit de vie, parce que rassemblée par l’Esprit du ressuscité? Croyons-nous que le monde des ténèbres, malgré tout, ne l’emportera pas sur l’Église parce que le Christ a vaincu le monde et que c’est lui qui en est le chef? Croyons-nous que le Christ est devenu véritablement l’un des nôtres au point de vouloir s’associer des hommes, des femmes avec leurs fragilités pour poursuivre son œuvre tout au long des siècles? Croyons-nous que le Christ ne cesse d’édifier son Église par le partage de son Corps et de son Sang dans nos eucharisties comme nous le faisons ce matin? Si nous croyons, alors heureux, heureuses sommes-nous, car « ce ne sont ni la chair ni le sang qui nous ont révélé cela, mais le Père qui est aux cieux. » Amen.

Fr. André Descôteaux, O.P.

 

PRIÈRE

Seigneur Dieu,
toi qui unis les cœurs des fidèles dans une seule volonté :
donne à ton peuple d’aimer ce que tu commandes
et de désirer ce que tu promets,
pour qu’au milieu des changements de ce monde,
nos cœurs s’établissent fermement
là où se trouvent les vraies joies.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.

∞ Amen.