Homélie, dimanche, 3ème semaine de Pâques

23 avril 2023

Emmaüs : vers la reconnaissance du Ressuscité

En ce dimanche soir, le frère Daniel Cadrin, O.P., nous présente le texte des témoins d’Emmaüs comme une catéchèse sur le cheminement vers la foi et une synthèse des éléments de la vie chrétienne.
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Homélie

Ce récit de Luc est très populaire et central dans la vie chrétienne. C’est une sorte de synthèse de tout le Nouveau Testament. Il nous présente les étapes du cheminement de foi de deux disciples et comment Jésus accompagne ce cheminement. Il nous fait entrer dans des symboliques de base dans la Bible : la route, la maison, le repas. Il nous rend attentifs aux modalités de la révélation de Jésus le Christ : l’inconnu qui nous accompagne, la Parole qui éclaire et réchauffe, le partage du repas, la communauté fraternelle.

On se promène : d’abord entre Jérusalem et Emmaüs, de la route à la maison; puis entre Emmaüs et Jérusalem, à nouveau nous allons de la route à la maison.

Sur la route, entre Jérusalem et Emmaüs, les disciples sont confus et découragés, dans leur foi et leur espérance. Jésus les rejoint et fait route avec eux. Ils racontent leur expérience, leurs espoirs et déceptions, à cet inconnu. Ils lui parlent aussi d’une rumeur venant de femmes qui sont allées au tombeau. Jésus les questionne et les écoute.

Puis, Jésus met au défi leur esprit et leur cœur: esprits sans intelligence, comment votre cœur est lent à croire. Il les fait passer à une autre étape. Il leur ouvre les Écritures, il explique. La lumière de la Parole vient éclairer les événements et leur donner un sens nouveau. Les Écritures ouvertes ouvrent l’horizon. Leur esprit s’allume et leur cœur devient brûlant.

Alors, ils invitent l’inconnu à rester avec eux. Il prend du temps avec eux. Il se met à table et il célèbre avec eux. Dans la maison, autour de la table, ils partagent le repas, qui évoque l’eucharistie. Et ils relisent ce qui est arrivé sur le chemin et se mettent à faire des liens entre les événements de Jérusalem, leur expérience, les Écritures, et cette rencontre sur la route et dans la maison. C’est le temps de la reconnaissance, le point tournant. Alors, Jésus leur devient invisible. Les disciples peuvent maintenant poursuivre par eux-mêmes leur aventure croyante.

Ils ne restent pas dans la maison. Ils reprennent la route en changeant de direction, d’Emmaüs à Jérusalem. Et là, leur expérience du Christ vivant est confirmée par la communauté de Jérusalem. À nouveau, ils racontent ce qui est arrivé mais leur regard a changé et leur parole. Leur récit du début racontait leur confusion et leur déception. Maintenant, ils racontent à nouveau, mais leur récit est celui de croyants. Ils deviennent des témoins : lent passage qui est l’enjeu de ce long évangile.

Dans cette synthèse remarquable, dans cette catéchèse, nous retrouvons les éléments clés de la vie chrétienne: la recherche et l’incertitude, l’éclairage des Écritures, l’expérience communautaire et sacramentelle, la conversion, le lien à la première communauté, l’annonce du Christ ressuscité. Tout est là.

En quoi je reconnais mon propre itinéraire dans l’une ou l’autre de ces étapes? De quelle manière, par quels visages, l’accompagnement et la présence du Christ et de la communauté se sont-ils manifestés? Sur quelles routes et en quelles maisons?

Comme ces disciples d’Emmaüs nous ressemblent, si proches de nous dans leurs réactions, et nous indiquant, dans les étapes mêmes de leur marche, le chemin de la foi. Ce n’est pas immédiatement que l’Inconnu est reconnu. II a fallu le chemin parcouru ensemble, la parole éclairante et la table commune pour que leurs yeux s’ouvrent. C’est sur ce chemin d’Emmaüs que nous marchons encore, vers la reconnaissance du Ressuscité. Et du moment que nous l’avons reconnu, il n’est plus visible. Car telle est sa présence de Ressuscité, non pas immédiate, mais celle de son Esprit avec nous sur la route, dans la Parole et le pain partagé, dans la communauté.

Nos yeux une fois ouverts, la marche en est transformée. Nous pouvons repartir sur la route car nous nous savons accompagnés. Et après la reconnaissance, au bout de ce chemin de tâtonnement et de lumière, il n’y a pas l’installation à l’auberge mais la route à nouveau pour annoncer la nouvelle : l’espérance est possible. Un Inconnu est avec nous. Mais il se reconnaît, car sa parole, sa présence et son pain sont uniques. Il reste parmi nous, il n’est pas disparu. Il est sur nos routes, il n’est pas ailleurs. Sa gloire l’a rapproché de nous. La rumeur était vraie. Nous en sommes témoins.

Rendons grâce pour ces récits révélateurs et pour toutes ces routes et ces maisons où la Parole et le pain sont partagés, où la présence du Christ vivant est reconnue, lui qui se fait proche en notre communauté fraternelle. Amen.

Fr. Daniel Cadrin, O.P.

 

PRIÈRE

Seigneur, garde à ton peuple sa joie,
toi qui, dans ces fêtes pascales,
refais ses forces et sa jeunesse;
Par la plongée dans la mort et la résurrection du Christ,
tu nous as rendu la dignité de fils de Dieu:
accorde-nous de vivre dans la vérité
en gardant tes commandements,
affermis-nous dans l’espérance de la résurrection.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui règne avec toi et le Saint Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.

∞ Amen.