Homélie, Lundi Saint

3 avril 2023

Guérir les déchirures

Aujourd’hui, le frère Jean-Louis Larochelle, O.P., voit le texte du jour comme démontrant une grande opposition et nous invite à imiter Marie de Béthanie qui choisit son camp et rend visible son profond attachement à Jésus, source de Vie et de Salut.
homelie

Homélie

L’évangile du jour nous fait entrer dans un événement à la fois solennel et dramatique de la vie de Jésus. La scène se déroule à Béthanie, tout près de Jérusalem. Jésus, avec ses disciples, est invité à un grand repas par Marthe, Marie et Lazare. Ces derniers veulent lui exprimer leur reconnaissance. Retenons que Jésus avait réveillé Lazare d’entre les morts quelque temps auparavant. Quant à Marie, elle tenait à manifester de façon ostensible l’intensité de son attachement à Jésus. Pourtant, à l’arrière-plan de cette rencontre, on sent la déchirure de la mort. D’une part, on devine bien le pouvoir d’attraction de Jésus. Cela se voit clairement chez les membres de la famille qui l’accueillent. Même attraction observable manifestée par une portion importante de la foule qui s’est déplacée pour venir voir à la fois Jésus et Lazare. D’autre part, on observe une opposition féroce de la part des grands prêtres parce que bien des juifs commençaient à faire davantage confiance à Jésus qu’aux autorités religieuses officielles. Ces dernières ont trouvé là une raison tout à fait suffisante pour se débarrasser non seulement de Jésus mais aussi de Lazare, un témoin fort embarrassant dans la circonstance. Ce récit est donc le théâtre d’un profond conflit entre des forces contraires : d’un côté le souffle de l’amour et de la vie à la suite de Jésus, de l’autre le souffle de la répression sociale et de la mort.

Pour nous qui lisons aujourd’hui ce récit, une figure ressort particulièrement: celle de Marie. Les gestes qu’elle pose nous interpellent dans notre propre démarche de croyant et croyante. En versant un parfum très précieux sur les pieds de Jésus et en les essuyant avec ses cheveux, elle exprime avec une extravagance certaine son amour pour Jésus. Elle vient en même temps reconnaître la dignité de son corps et pose à son endroit un véritable geste de vénération. En ce faisant, elle anticipe en quelque sorte la mort de Jésus ainsi que les gestes que des femmes proches de Jésus devaient accomplir au tombeau, le premier jour de la semaine, en apportant les huiles parfumées qu’elles avaient préparées (cf. Lc 24, 1).

Aujourd’hui, nous sommes invités à lire ce récit en le transposant dans notre monde actuel. Comme à l’époque de Jésus, les forces du bien sont régulièrement entravées par les forces du mal. Le monde continue d’être déchiré. Ces déchirures, on les rencontre dans les relations familiales, dans les milieux de travail, dans les ravages engendrés par la consommation de drogues. Pour le dire autrement, nous vivons dans un monde qui a besoin de guérison, dans un monde qui a besoin d’amour et de générosité.

Et là, la figure de Marie de Béthanie nous rejoint directement. L’intensité de son attachement à Jésus manifestait clairement qu’elle vivait d’un amour capable de guérir certaines plaies propres à son entourage et à son milieu. En ce sens, elle peut être pour nous un modèle à imiter. Comme elle, nous sommes invités à nous attacher avec passion au Christ Jésus. Cet attachement va nous rendre capables de combattre les forces qui mènent à la mort, capables en même temps de collaborer activement à l’émergence du Règne de Dieu. Nous nous sentirons ainsi chargés de prolonger la présence de Jésus, et ce, grâce au soutien de son Esprit. Même si des drames et des déchirures continueront d’affecter les sociétés et les milieux familiaux et communautaires, retenons que les croyants et croyantes attachés au Christ Jésus y seront des sources de guérison et d’espérance.

Fr. Jean-Louis Larochelle, O.P.

 

PRIÈRE

Dieu tout-puissant, nous t’en supplions ;
dans notre faiblesse, nous ne pouvons tenir ;
donne-nous de reprendre souffle,
grâce à la passion de ton Fils unique.
Lui qui vit et règne avec toi, dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.