Homélie, mercredi, 6ème Semaine du Temps Ordinaire

15 FÉVRIER 2023

L'aveugle de Bethsaïde dans l'Évangile de Marc

Aujourd’hui, le frère Yvon Pomerleau, O.P., regarde de plus près les éléments de l’évangile du jour (de Marc) qui le distinguent d’une autre version de la guérison rapportée, celle dans l’évangile de Jean.

homelie

Homélie

Ceux qui me connaissent savent que j’aime bien prévoir, planifier mes activités. Cela m’amène à jeter un coup d’œil un peu à l’avance sur les textes évangéliques pour mes prédications à venir. Il y a quelques jours, en préparant la présente homélie sur la guérison de l’aveugle de Bethsaïde, je découvre que sous peu j’aurai de nouveau à prêcher sur le même thème. Mais en y regardant de plus près, je m’aperçois que ce sont deux récits différents qui émanent de deux évangélistes, Marc, aujourd’hui et Jean, dans quelques semaines. Pour éviter le risque de la répétition, je serai attentif aujourd’hui à trois détails que l’on trouve chez Marc et qui sont absents de Jean.

  1. Dans notre évangile, ce n’est pas Jésus qui aperçoit l’homme aveugle ni même ce dernier qui cherche à voir Jésus. Ce sont « des gens » qui amènent à Jésus un aveugle et qui le supplient de le toucher. Ce rôle d’intermédiaire, d’intercesseur est très important dans la vie. Au Rwanda, on comptait sur un « piston » pour avoir accès à un personnage important ou pour lui transmettre un message. Dans l’évangile, on retrouve ces hommes qui mènent à Jésus. Ainsi, c’est l’apôtre André qui introduit Pierre et Jean auprès de Jésus. Est-ce que notre propre vocation missionnaire n’est pas celle d’un témoin, d’un intermédiaire qui dit simplement « venez et voyez »?
  2. Pour la guérison de l’aveugle, Jésus répète deux fois le geste de l’imposition des mains. Après la première intervention, l’aveugle dit : « J’aperçois les gens : ils ressemblent à des arbres que je vois marcher ». C’est après que Jésus ait de nouveau imposé les mains sur les yeux de l’homme que « celui-ci se mit à voir normalement, il se trouva guéri, et il distinguait tout avec netteté ». Pourquoi cette répétition du geste de guérison? N’y a-t-il pas là une leçon sur le processus de guérison? La guérison tout comme la conversion s’inscrit dans le temps, dans un cheminement. Le pécheur repenti demeure toujours engagé dans un processus de sanctification.

Il y a enfin une dimension de discrétion pour ne pas dire de secret dans cette guérison. Lorsque Jésus répond à la demande des gens en faveur de l’aveugle, l’évangéliste Marc nous dit que « Jésus prit l’aveugle par la main et le conduisit hors du village ». Une fois que le malade se trouve guéri, « Jésus le renvoya dans sa maison en disant : Ne rentre même pas dans le village ». N’avons-nous pas là une autre façon d’imposer le secret messianique? Jésus ne veut pas qu’à partir d’un miracle trop impressionnant on se trompe sur sa vocation de messie. C’est sa propre résurrection après sa mort sur la croix qui manifestera vraiment qui il est.

Le verset de l’Alléluia nous aide à comprendre le sens de la guérison de l’aveugle en formulant une prière : « Que le Père de notre Seigneur Jésus Christ ouvre à sa lumière les yeux de notre cœur, pour que nous percevions l’espérance que donne son appel ».

Fr. Yvon Pomerleau, O.P.

 

PRIÈRE

Seigneur Dieu,
toi qui unis les cœurs des fidèles dans une seule volonté :
donne à ton peuple d’aimer ce que tu commandes
et de désirer ce que tu promets,
pour qu’au milieu des changements de ce monde,
nos cœurs s’établissent fermement là où se trouvent les vraies joies.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi, dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.

∞ Amen.