11 FÉVRIER 2023
Prendre soin des autres
En cette Journée mondiale des malades et de Notre-Dame de Lourdes, le frère Henri de Longchamp, O.P., nous explique comment l’apparition de la Vierge à la petite Bernadette, comme les noces de Cana, est un signe qui nous ramène à Jésus et à un Dieu qui se veut relation et guérison pour nous.

LIVRE DE LA GENÈSE (3, 9-24)
Quand l’homme eut désobéi à Dieu,
le Seigneur Dieu l’appela et lui dit :
« Où es-tu donc ? »
Il répondit :
« J’ai entendu ta voix dans le jardin,
j’ai pris peur parce que je suis nu,
et je me suis caché. »
Le Seigneur reprit :
« Qui donc t’a dit que tu étais nu ?
Aurais-tu mangé de l’arbre
dont je t’avais interdit de manger ? »
L’homme répondit :
« La femme que tu m’as donnée,
c’est elle qui m’a donné du fruit de l’arbre,
et j’en ai mangé. »
Le Seigneur Dieu dit à la femme :
« Qu’as-tu fait là ? »
La femme répondit :
« Le serpent m’a trompée,
et j’ai mangé. »
Alors le Seigneur Dieu dit au serpent :
« Parce que tu as fait cela,
tu seras maudit parmi tous les animaux
et toutes les bêtes des champs.
Tu ramperas sur le ventre et tu mangeras de la poussière
tous les jours de ta vie.
Je mettrai une hostilité entre toi et la femme,
entre ta descendance et sa descendance :
celle-ci te meurtrira la tête,
et toi, tu lui meurtriras le talon. »
Le Seigneur Dieu dit ensuite à la femme :
« Je multiplierai la peine de tes grossesses ;
c’est dans la peine que tu enfanteras des fils.
Ton désir te portera vers ton mari,
et celui-ci dominera sur toi. »
Il dit enfin à l’homme :
« Parce que tu as écouté la voix de ta femme,
et que tu as mangé le fruit de l’arbre
que je t’avais interdit de manger :
maudit soit le sol à cause de toi !
C’est dans la peine que tu en tireras ta nourriture,
tous les jours de ta vie.
De lui-même, il te donnera épines et chardons,
mais tu auras ta nourriture en cultivant les champs.
C’est à la sueur de ton visage que tu gagneras ton pain,
jusqu’à ce que tu retournes à la terre dont tu proviens ;
car tu es poussière,
et à la poussière tu retourneras. »
L’homme appela sa femme Ève (c’est-à-dire : la vivante),
parce qu’elle fut la mère de tous les vivants.
Le Seigneur Dieu fit à l’homme et à sa femme des tuniques de peau
et les en revêtit.
Puis le Seigneur Dieu déclara :
« Voilà que l’homme est devenu comme l’un de nous
par la connaissance du bien et du mal !
Maintenant, ne permettons pas qu’il avance la main,
qu’il cueille aussi le fruit de l’arbre de vie,
qu’il en mange et vive éternellement ! »
Alors le Seigneur Dieu le renvoya du jardin d’Éden,
pour qu’il travaille la terre d’où il avait été tiré.
Il expulsa l’homme,
et il posta, à l’orient du jardin d’Éden,
les Kéroubim, armés d’un glaive fulgurant,
pour garder l’accès de l’arbre de vie.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT JEAN (2, 1-11)
En ce temps- là, il y eut un mariage à Cana de Galilée. La mère de Jésus était là. Jésus aussi avait été invité au mariage avec ses disciples.
Or, on manqua de vin. La mère de Jésus lui dit : « Ils n’ont pas de vin. » Jésus lui répond : « Femme, que me veux-tu ? Mon heure n’est pas encore venue. » Sa mère dit à ceux qui servaient : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le. »
Or, il y avait là six jarres de pierre pour les purifications rituelles des Juifs ; chacune contenait deux à trois mesures, (c’est-à-dire environ cent litres). Jésus dit à ceux qui servaient : « Remplissez d’eau les jarres. » Et ils les remplirent jusqu’au bord. Il leur dit : « Maintenant, puisez, et portez-en au maître du repas. » Ils lui en portèrent. Et celui-ci goûta l’eau changée en vin. Il ne savait pas d’où venait ce vin, mais ceux qui servaient le savaient bien, eux qui avaient puisé l’eau.
Alors le maître du repas appelle le marié et lui dit : « Tout le monde sert le bon vin en premier et, lorsque les gens ont bien bu, on apporte le moins bon. Mais toi, tu as gardé le bon vin jusqu’à maintenant. »
Tel fut le commencement des signes que Jésus accomplit. C’était à Cana de Galilée. Il manifesta sa gloire, et ses disciples crurent en lui.
Homélie
Aujourd’hui, c’est le 65è anniversaire de la première apparition de Notre-Dame de Lourdes. C’est aussi le 31è anniversaire de la Journée mondiale du malade, que le pape François inclus dans la préparation du Synode. Enfin, c’est la Journée mondiale du mariage, qui est aussi soulignée dans notre diocèse. Et si, ce matin, nous prêchions Jésus Christ !
L’évangéliste et apôtre Jean est confronté à des groupes de Juifs qui rejetaient Jésus et ne l’acceptaient pas comme Messie. À la fin de son évangile il écrit : « Ces signes ont été consignés pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu » (Jn 20,31). Et le premier signe de Jésus, selon Jean, est la transformation de 600 litres d’eau pour les ablutions en très bon vin. Ses disciples crurent en lui. C’est à la suite des instructions de Marie aux serviteurs : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le ».
Selon la croyance juive, lorsque le Messie viendrait Dieu fêterait l’évènement comme une immense fête nuptiale où l’époux serait Dieu lui-même et la mariée le peuple d’Israël. Ce jour-là, Dieu s’unira à son peuple et dès lors, il prendra soin de lui dans un amour éternel et ne l’abandonnera plus jamais. Selon la tradition, cette fête nuptiale se caractérise par l’abondance du vin servi. En montrant Jésus participant à une noce, l’apôtre Jean enseigne que le temps des noces que Dieu a préparées pour la fin des temps est arrivé avec Jésus.
Le miracle des noces de Cana, comme tous les miracles de Jésus chez saint Jean, ne prétend pas démontrer un pouvoir « extérieur » de Jésus, mais de faire voir sa personne « intérieure ». Il ne veut pas révéler ce que Jésus « peut » faire, mais « qui Il est ». C’est la raison pour laquelle Jean ne parle pas de « miracle », mais de « signe ». En effet, un signe renvoie à autre chose, qui ne se voit pas.
Chez Jean, le signe de Cana nous enseigne que Jésus est véritablement le Messie, l’envoyé de Dieu, et que nous ne devons pas attendre un autre sauveur. Dans le monde d’aujourd’hui, dans lequel les gens sont accablés par ce qui les oppresse, tant les ségrégations sociales que les immigrants du Sud qui veulent vivre au Nord, tant les avortements que les arrêts de vie, tant les victimes du tremblement de terre en Syrie et en Turquie que les victimes de la garderie de Sainte-Rose, ne devons-nous pas, en tant que chrétiens, montrer que la puissance du Messie vit en nous et de nous impliquer dans la cité.
Le 10 janvier 2023, le pape François a rendu public son message pour la XXXIe Journée mondiale du malade qui est célébrée le 11 février, fête de Notre-Dame de Lourdes. Un message intitulé « Prends soin de lui, la compassion comme exercice synodal de guérison », dans lequel il invite à faire l’expérience de la fragilité dans une démarche d’Église. « La maladie fait partie de notre expérience humaine », écrit le pape François, cependant « elle peut devenir inhumaine si elle est vécue dans l’isolement et dans l’abandon… » Ainsi, explique-t-il, lorsque l’on marche ensemble, « il arrive que quelqu’un se sente mal, qu’il doive s’arrêter en raison de la fatigue ou d’un incident de parcours ». « C’est dans ces moments-là, que l’on se rend compte de la façon dont nous cheminons : si réellement nous cheminons ensemble ou bien si l’on est sur la même route, mais chacun pour son compte », relève-t-il. C’est pourquoi, poursuit le pape, « en cette XXXIè Journée mondiale du malade, au beau milieu d’un parcours synodal, je vous invite à réfléchir sur le fait que c’est précisément à travers l’expérience de la fragilité et de la maladie que nous pouvons apprendre à marcher ensemble selon le style de Dieu ». Style qui en est un de « proximité, compassion et tendresse ».
Lorsque, le 25 mars 1858, Marie se présente comme l’Immaculée Conception, elle nous rappelle que la miséricorde de Dieu, qui l’a préservée du péché, cette même miséricorde nous est promise, à nous aussi, lorsque nous demandons le pardon de Dieu. Ce dialogue et cette rencontre entre Marie et Bernadette, nous renvoie au Christ. Nous pouvons dire que Marie ne cesse de nous indiquer son Fils afin que nous puissions marcher à sa suite. Lourdes devient un lieu d’espérance et de conversion pour tous les hommes et toutes les femmes atteints par la souffrance physique et morale. Progressivement les conversions se multiplient et les premières guérisons apparaissent.
Il y a quelques années, après les séances du sacrement du pardon lors du Pèlerinage du Rosaire organisé en octobre par les Dominicains de France depuis 1908, j’ai découvert dans les jardins du sanctuaire de Lourdes tant de signes d’amour et de fraternité chrétiennes qui touchent au cœur.
Aujourd’hui, fête de Notre-Dame de Lourdes, Marie nous indique sans cesse notre frère le Christ Sauveur qui est amour et miséricorde dans le sacrement du pardon.
Prions pour nos frères et sœurs malades. Prions aussi que pour tous ceux et celles pour qui ils sont importantes, leurs parents et amis ainsi que les bénévoles lors d’un pèlerinage. En 2022, 13 000 lycéens français ont été volontaires dans l’un ou l’autre pèlerinage avec les malades à Lourdes ; ils ont rencontré, espérons-le, que le Christ est présent dans la personne de leurs frères et sœurs malades. Quant à eux, ils peuvent être bonne nouvelle de Dieu dans leur accompagnement de malades qui sont souvent des priants.
Aujourd’hui, prions avec amour pour les malades de nos familles, de nos communautés religieuses, de nos communautés paroissiales, sans oublier les victimes de catastrophes locales ou internationales. La meilleure façon de prier pour elles et eux, n’est-ce pas d’offrir l’Eucharistie et de communier à leurs intentions ?
Fr. Henri de Longchamp, O.P.
PRIÈRE
∞ Amen.