31 JANVIER 2023
La foi dans la foi !
Aujourd’hui, le frère André Descôteaux, O.P. nous explique la force de la foi et cette invitation en tout le temps de Jésus à croire seulement sans aucune crainte.

LETTRE AUX HÉBREUX (12, 1-4)
Frères, nous aussi, entourés de cette immense nuée de témoins, et débarrassés de tout ce qui nous alourdit – en particulier du péché qui nous entrave si bien –, courons avec endurance l’épreuve qui nous est proposée, les yeux fixés sur Jésus, qui est à l’origine et au terme de la foi. Renonçant à la joie qui lui était proposée, il a enduré la croix en méprisant la honte de ce supplice, et il siège à la droite du trône de Dieu.
Méditez l’exemple de celui qui a enduré de la part des pécheurs une telle hostilité, et vous ne serez pas accablés par le découragement. Vous n’avez pas encore résisté jusqu’au sang dans votre lutte contre le péché.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT MARC (5, 21-43)
En ce temps-là, Jésus regagna en barque l’autre rive, et une grande foule s’assembla autour de lui. Il était au bord de la mer. Arrive un des chefs de synagogue, nommé Jaïre. Voyant Jésus, il tombe à ses pieds et le supplie instamment : « Ma fille, encore si jeune, est à la dernière extrémité. Viens lui imposer les mains pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive. » Jésus partit avec lui, et la foule qui le suivait était si nombreuse qu’elle l’écrasait.
Or, une femme, qui avait des pertes de sang depuis douze ans… – elle avait beaucoup souffert du traitement de nombreux médecins, et elle avait dépensé tous ses biens sans avoir la moindre amélioration ; au contraire, son état avait plutôt empiré – … cette femme donc, ayant appris ce qu’on disait de Jésus, vint par-derrière dans la foule et toucha son vêtement. Elle se disait en effet : « Si je parviens à toucher seulement son vêtement, je serai sauvée. » À l’instant, l’hémorragie s’arrêta, et elle ressentit dans son corps qu’elle était guérie de son mal.
Aussitôt Jésus se rendit compte qu’une force était sortie de lui. Il se retourna dans la foule, et il demandait : « Qui a touché mes vêtements ? » Ses disciples lui répondirent : « Tu vois bien la foule qui t’écrase, et tu demandes : “Qui m’a touché ?” » Mais lui regardait tout autour pour voir celle qui avait fait cela. Alors la femme, saisie de crainte et toute tremblante, sachant ce qui lui était arrivé, vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité. Jésus lui dit alors : « Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal. »
Comme il parlait encore, des gens arrivent de la maison de Jaïre, le chef de synagogue, pour dire à celui- ci : « Ta fille vient de mourir. À quoi bon déranger encore le Maître ? » Jésus, surprenant ces mots, dit au chef de synagogue : « Ne crains pas, crois seulement. » Il ne laissa personne l’accompagner, sauf Pierre, Jacques, et Jean, le frère de Jacques. Ils arrivent à la maison du chef de synagogue. Jésus voit l’agitation, et des gens qui pleurent et poussent de grands cris. Il entre et leur dit : « Pourquoi cette agitation et ces pleurs ? L’enfant n’est pas morte : elle dort. » Mais on se moquait de lui.
Alors il met tout le monde dehors, prend avec lui le père et la mère de l’enfant, et ceux qui étaient avec lui ; puis il pénètre là où reposait l’enfant. Il saisit la main de l’enfant, et lui dit : « Talitha koum », ce qui signifie : « Jeune fille, je te le dis, lève-toi ! » Aussitôt la jeune fille se leva et se mit à marcher – elle avait en effet douze ans. Ils furent frappés d’une grande stupeur.
Et Jésus leur ordonna fermement de ne le faire savoir à personne ; puis il leur dit de la faire manger.
Homélie
Crois! S’il y a un mot qui résume les deux lectures de ce matin, c’est bien celui-là : CROIS!
Tout d’abord dans l’Évangile, Marc nous présente deux femmes à la limite. En premier lieu, cette femme qui, depuis 12 ans déjà, a des pertes de sang. Une vie qui n’est allée nulle part. À cause de sa maladie, elle n’a pu être mère. Pire encore, elle est impure et exclue de son peuple. Son argent coule d’elle vers la bourse des médecins en pure perte. Ils n’ont pu rien faire si ce n’est la faire souffrir davantage. Elle est à bout.
L’autre femme est une jeune fille en devenir de femme. Elle est maintenant en âge de se marier, mais elle vit quasiment comme une morte. C’est la vie qui s’écoule d’elle.
Deux vies gâchées. Mais, pour les deux, une rencontre décisive. Il a fallu de l’audace pour la femme d’oser toucher le vêtement de Jésus, le rendant impur, mais, pour elle, c’était sa chance, sans doute la dernière.
Ce toucher, Jésus appelle çà de la foi. La foi qui n’a rien à voir avec nos catéchismes ou avec les grandes formules dogmatiques, mais qui est la dernière ressource de la vie quand on est au bout du bout, au fond du fond. C’est cette foi que Jésus révèle à cette femme et qu’il révèle à Jaïre en lui disant : « Ne crains pas, crois seulement ». Crois seulement, même quand ses gens lui disent qu’il n’y a plus rien à faire et qu’il est inutile de déranger le Maître. Crois seulement!
C’est à cette foi que nous invite la lettre aux Hébreux. « Courons avec endurance l’épreuve qui nous est proposée, les yeux fixés sur Jésus, qui est à l’origine et au terme de la foi ». Croire en Jésus pour toujours courir malgré toutes les épreuves, les yeux rivés sur Jésus. Il ne s’agit plus seulement de toucher son vêtement, mais de fixer son regard sur lui pour lui être irrévocablement lié.
Pourquoi? Parce que lui a d’abord fixé son regard sur nous personnellement. Même s’il était entouré par une grande foule, il a senti la main de cette femme toucher son vêtement. « Il a enduré le supplice de la croix, renonçant à la joie » pour que chacun et chacune d’entre nous puisse partager sa joie. Rappelez-vous cette pensée de Pascal : « Je pensais à toi dans mon agonie, j’ai versé telles gouttes de sang pour toi ». Quant à Saint Paul, il écrira « Ce que je vis aujourd’hui dans la chair, je le vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré lui-même pour moi » (Ga 2, 20). Saint Paul n’écrit pas « je vis dans la foi au Fils de Dieu qui a aimé le monde et s’est livré pour l’humanité » mais pour moi de sorte que je vis ma vie dans la foi en lui seul!
Nous qui n’avons pas résisté jusqu’au sang, en livrant notre vie comme le Seigneur Jésus, ne lâchons pas la foi. Une foi dans la foi, ai-je envie de dire! Quand nous nous sentons épuisés par la maladie ou l’épreuve; quand nous vivons un échec professionnel, pastorale, conjugal, amoureux, amical; quand nous avons épuisé même toute raison de vivre : reste la foi! Reste la puissance de la foi! « Ne crains pas, crois seulement »!
Fr. André Descôteaux, O.P.
PRIÈRE
∞ Amen.