30 JANVIER 2023
Témoigner auprès des siens
Aujourd’hui, le frère Jean-Louis Larochelle, O.P., nous montre que la mission de guérison de Jésus ne se laisse limiter par les intérêts économiques de la majorité et nous invite à nous-même prêter attention à la présence souvent oubliée du mal infiltré dans nos sociétés

LETTRE AUX HÉBREUX (11, 32-40)
Frères,
sur la puissance de la foi,
que dire encore ?
Le temps me manquerait pour rappeler l’histoire
de Gédéon, Baraq, Samson, Jephté,
David, Samuel et les prophètes.
Par leur foi,
ils ont conquis des royaumes,
pratiqué la justice,
obtenu la réalisation de certaines promesses.
Ils ont fermé la gueule des lions,
éteint la flamme des brasiers,
échappé au tranchant de l’épée,
retrouvé leurs forces après la maladie,
montré du courage à la guerre,
mis en fuite des armées étrangères.
Des femmes dont les enfants étaient morts
les ont retrouvés ressuscités.
Mais certains autres ont été torturés
et n’ont pas accepté la libération qui leur était proposée,
car ils voulaient obtenir une meilleure résurrection.
D’autres ont subi l’épreuve des moqueries et des coups de fouet,
des chaînes et de la prison.
Ils furent lapidés, sciés en deux,
massacrés à coups d’épée.
Ils allèrent çà et là,
vêtus de peaux de moutons ou de toisons de chèvres,
manquant de tout, harcelés et maltraités
– mais en fait, c’est le monde qui n’était pas digne d’eux !
Ils menaient une vie errante dans les déserts et les montagnes,
dans les grottes et les cavernes de la terre.
Et, bien que, par leur foi,
ils aient tous reçu le témoignage de Dieu,
ils n’ont pas obtenu la réalisation de la promesse.
En effet, pour nous Dieu avait prévu mieux encore,
et il ne voulait pas les mener sans nous à la perfection.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT MARC (5, 1-20)
En ce temps-là,
Jésus et ses disciples
arrivèrent sur l’autre rive,
de l’autre côté de la mer de Galilée,
dans le pays des Géraséniens.
Comme Jésus sortait de la barque,
aussitôt un homme possédé d’un esprit impur
s’avança depuis les tombes à sa rencontre ;
il habitait dans les tombeaux
et personne ne pouvait plus l’attacher,
même avec une chaîne ;
en effet on l’avait souvent attaché
avec des fers aux pieds et des chaînes,
mais il avait rompu les chaînes, brisé les fers,
et personne ne pouvait le maîtriser.
Sans arrêt, nuit et jour,
il était parmi les tombeaux et sur les collines,
à crier, et à se blesser avec des pierres.
Voyant Jésus de loin,
il accourut, se prosterna devant lui
et cria d’une voix forte :
« Que me veux-tu, Jésus, Fils du Dieu Très-Haut ?
Je t’adjure par Dieu,
ne me tourmente pas ! »
Jésus lui disait en effet :
« Esprit impur, sors de cet homme ! »
Et il lui demandait :
« Quel est ton nom ? »
L’homme lui dit :
« Mon nom est Légion,
car nous sommes beaucoup. »
Et ils suppliaient Jésus avec insistance
de ne pas les chasser en dehors du pays.
Or, il y avait là, du côté de la colline, un grand troupeau de porcs
qui cherchait sa nourriture.
Alors, les esprits impurs supplièrent Jésus :
« Envoie-nous vers ces porcs,
et nous entrerons en eux. »
Il le leur permit.
Ils sortirent alors de l’homme et entrèrent dans les porcs.
Du haut de la falaise, le troupeau se précipita dans la mer :
il y avait environ deux mille porcs,
et ils se noyaient dans la mer.
Ceux qui les gardaient prirent la fuite,
ils annoncèrent la nouvelle dans la ville et dans la campagne,
et les gens vinrent voir ce qui s’était passé.
Ils arrivent auprès de Jésus, ils voient le possédé
assis, habillé, et revenu à la raison,
lui qui avait eu la légion de démons,
et ils furent saisis de crainte.
Ceux qui avaient vu tout cela leur racontèrent l’histoire du possédé
et ce qui était arrivé aux porcs.
Alors ils se mirent à supplier Jésus
de quitter leur territoire.
Comme Jésus remontait dans la barque,
le possédé le suppliait de pouvoir être avec lui.
Il n’y consentit pas,
mais il lui dit :
« Rentre à la maison, auprès des tiens,
annonce-leur tout ce que le Seigneur
a fait pour toi dans sa miséricorde. »
Alors l’homme s’en alla,
il se mit à proclamer dans la région de la Décapole
ce que Jésus avait fait pour lui,
et tout le monde était dans l’admiration.
Homélie
Mon commentaire du récit du jour va s’arrêter sur deux points : d’abord sur la réaction des habitants de la localité de Gérasa à la suite de la guérison de l’homme possédé d’un esprit impur et ensuite sur l’engagement de ce possédé guéri à accepter la mission que Jésus lui confie.
À première vue, il peut paraître surprenant de constater que les gens de la place, à la suite de la guérison du possédé, soient venus implorer Jésus de ne pas rester chez eux. Leur réaction laissait peut-être entendre qu’il n’y avait pas, à leurs yeux, d’autres malades dans leur milieu qui avaient besoin de guérison physique ou spirituelle. Mais surtout, pensons aux propriétaires de l’énorme troupeau de porcs. Ils venaient de perdre une petite fortune à cause de ce galiléen nommé Jésus. Deux milles porcs d’un coup, c’était énorme comme perte dans ce milieu rural de l’époque. Bien sûr, Jésus avait guéri un homme possédé d’un esprit malin. Sauf que le coût de l’entretien de ce possédé devait être vraiment inférieur, financièrement parlant, à celui que représentait la perte du troupeau de porcs. Aux yeux des propriétaires et de leurs familles, il ne fallait donc pas prendre le risque d’accueillir chez eux quelqu’un qui pourrait menacer à nouveau leurs intérêts économiques. La valeur d’un troupeau dépassait de beaucoup, à leur point de vue, une libération spirituelle. Mieux valait alors que Jésus s’éloigne.
Notons immédiatement que Jésus n’a pas abandonné la population de ce village à ses mœurs et coutumes. Au possédé guéri, il demande de demeurer sur place, dans son milieu païen, pour y témoigner de la lutte de Dieu contre le mal. Il sait qu’ils ont besoin d’une libération. Pour cette raison, il dit à son nouveau disciple : « Rentre chez toi, auprès des tiens, annonce-leur tout ce que le Seigneur a fait pour toi ». En assumant sa mission, ce nouveau disciple devenait un porteur de la Bonne Nouvelle. Il constituait une semence de salut pour la population du village.
Ce récit nous invite à reconnaître que, dans notre monde, des groupes importants de citoyens et citoyennes sont spirituellement paralysées par des chaînes de différentes natures. Nous pouvons penser aux chaînes que constituent la violence et le goût de la vengeance. Cette situation est très bien illustrée présentement par ce qui se passe en Ukraine. Il y a aussi l’appétit incontrôlé d’un enrichissement qui se veut sans limite. Les écarts de plus en plus prononcés entre les milliardaires de nos sociétés et les gens ordinaires font réaliser à quel point la voix de l’Évangile est étouffée.
Face à une telle réalité, les chrétiens et chrétiennes ont une mission. D’abord celle de reconnaître lucidement que les forces du mal sont toujours présentes dans les diverses sociétés contemporaines. Ensuite, ils ont pour mission de ne pas demeurer passifs face à ce qu’ils observent. Comme le possédé guéri de l’Évangile, ils doivent se sentir envoyés pour promouvoir, dans leurs milieux immédiats, la lutte contre les forces du mal.
Que le Christ Jésus soutienne ses disciples d’aujourd’hui dans leurs engagements à faire éclore sur leurs routes plus de partage, plus de justice, plus d’ouverture au monde nouveau tel que voulu par Dieu!
Fr. Jean-Louis Larochelle, O.P.
PRIÈRE
∞ Amen.