Homélie, lundi, 4ème Semaine du Temps Ordinaire

30 JANVIER 2023

Témoigner auprès des siens

Aujourd’hui, le frère Jean-Louis Larochelle, O.P., nous montre que la mission de guérison de Jésus ne se laisse limiter par les intérêts économiques de la majorité et nous invite à nous-même prêter attention à la présence souvent oubliée du mal infiltré dans nos sociétés

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Homélie

Mon commentaire du récit du jour va s’arrêter sur deux points : d’abord sur la réaction des habitants de la localité de Gérasa à la suite de la guérison de l’homme possédé d’un esprit impur et ensuite sur l’engagement de ce possédé guéri à accepter la mission que Jésus lui confie.

À première vue, il peut paraître surprenant de constater que les gens de la place, à la suite de la guérison du possédé, soient venus implorer Jésus de ne pas rester chez eux. Leur réaction laissait peut-être entendre qu’il n’y avait pas, à leurs yeux, d’autres malades dans leur milieu qui avaient besoin de guérison physique ou spirituelle. Mais surtout, pensons aux propriétaires de l’énorme troupeau de porcs. Ils venaient de perdre une petite fortune à cause de ce galiléen nommé Jésus. Deux milles porcs d’un coup, c’était énorme comme perte dans ce milieu rural de l’époque. Bien sûr, Jésus avait guéri un homme possédé d’un esprit malin. Sauf que le coût de l’entretien de ce possédé devait être vraiment inférieur, financièrement parlant, à celui que représentait la perte du troupeau de porcs. Aux yeux des propriétaires et de leurs familles, il ne fallait donc pas prendre le risque d’accueillir chez eux quelqu’un qui pourrait menacer à nouveau leurs intérêts économiques. La valeur d’un troupeau dépassait de beaucoup, à leur point de vue, une libération spirituelle. Mieux valait alors que Jésus s’éloigne.

Notons immédiatement que Jésus n’a pas abandonné la population de ce village à ses mœurs et coutumes. Au possédé guéri, il demande de demeurer sur place, dans son milieu païen, pour y témoigner de la lutte de Dieu contre le mal. Il sait qu’ils ont besoin d’une libération. Pour cette raison, il dit à son nouveau disciple : « Rentre chez toi, auprès des tiens, annonce-leur tout ce que le Seigneur a fait pour toi ». En assumant sa mission, ce nouveau disciple devenait un porteur de la Bonne Nouvelle. Il constituait une semence de salut pour la population du village.

Ce récit nous invite à reconnaître que, dans notre monde, des groupes importants de citoyens et citoyennes sont spirituellement paralysées par des chaînes de différentes natures. Nous pouvons penser aux chaînes que constituent la violence et le goût de la vengeance. Cette situation est très bien illustrée présentement par ce qui se passe en Ukraine. Il y a aussi l’appétit incontrôlé d’un enrichissement qui se veut sans limite. Les écarts de plus en plus prononcés entre les milliardaires de nos sociétés et les gens ordinaires font réaliser à quel point la voix de l’Évangile est étouffée.

Face à une telle réalité, les chrétiens et chrétiennes ont une mission. D’abord celle de reconnaître lucidement que les forces du mal sont toujours présentes dans les diverses sociétés contemporaines. Ensuite, ils ont pour mission de ne pas demeurer passifs face à ce qu’ils observent. Comme le possédé guéri de l’Évangile, ils doivent se sentir envoyés pour promouvoir, dans leurs milieux immédiats, la lutte contre les forces du mal.

Que le Christ Jésus soutienne ses disciples d’aujourd’hui dans leurs engagements à faire éclore sur leurs routes plus de partage, plus de justice, plus d’ouverture au monde nouveau tel que voulu par Dieu!

Fr. Jean-Louis Larochelle, O.P.

PRIÈRE

Fais-nous vivre à tout moment, Seigneur,
dans l’amour et le respect de ton saint nom,
toi qui ne cesses jamais de guider ceux
que tu enracines solidement dans ta charité.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi, dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.

∞ Amen.