23 JANVIER 2023
Le mystère du Christ Jésus
Aujourd’hui, le frère Jean-Louis Larochelle, O.P., nous montre à quel point l’identité de Jésus confondait tout autant ses contemporains que les théologiens des siècles suivant.

LETTRE AUX HÉBREUX (9, 15.24-28)
Frères,
le Christ est le médiateur d’une alliance nouvelle,
d’un testament nouveau :
puisque sa mort a permis le rachat
des transgressions commises sous le premier Testament,
ceux qui sont appelés
peuvent recevoir l’héritage éternel jadis promis.
Car le Christ n’est pas entré
dans un sanctuaire fait de main d’homme,
figure du sanctuaire véritable ;
il est entré dans le ciel même,
afin de se tenir maintenant pour nous
devant la face de Dieu.
Il n’a pas à s’offrir lui-même plusieurs fois,
comme le grand prêtre qui, tous les ans,
entrait dans le sanctuaire
en offrant un sang qui n’était pas le sien ;
car alors, le Christ aurait dû plusieurs fois souffrir la Passion
depuis la fondation du monde.
Mais en fait, c’est une fois pour toutes,
à la fin des temps,
qu’il s’est manifesté
pour détruire le péché par son sacrifice.
Et, comme le sort des hommes est de mourir une seule fois
et puis d’être jugés,
ainsi le Christ s’est- il offert une seule fois
pour enlever les péchés de la multitude ;
il apparaîtra une seconde fois,
non plus à cause du péché,
mais pour le salut de ceux qui l’attendent.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT MARC (3, 22-30)
En ce temps-là,
les scribes, qui étaient descendus de Jérusalem, disaient :
« Ce Jésus est possédé par Béelzéboul ;
c’est par le chef des démons
qu’il expulse les démons. »
Les appelant près de lui,
Jésus leur dit en parabole :
« Comment Satan peut-il expulser Satan ?
Si un royaume est divisé contre lui-même,
ce royaume ne peut pas tenir.
Si les gens d’une même maison se divisent entre eux,
ces gens ne pourront pas tenir.
Si Satan s’est dressé contre lui-même, s’il est divisé,
il ne peut pas tenir ;
c’en est fini de lui.
Mais personne ne peut entrer dans la maison d’un homme fort
et piller ses biens,
s’il ne l’a d’abord ligoté.
Alors seulement il pillera sa maison.
Amen, je vous le dis :
Tout sera pardonné aux enfants des hommes :
leurs péchés et les blasphèmes qu’ils auront proférés.
Mais si quelqu’un blasphème contre l’Esprit Saint,
il n’aura jamais de pardon.
Il est coupable d’un péché pour toujours. »
Jésus parla ainsi parce qu’ils avaient dit :
« Il est possédé par un esprit impur. »
Homélie
Dès le début de son ministère public, Jésus a perturbé non seulement ses proches mais les autorités religieuses de Jérusalem. Qui était-il donc cet homme qui guérissait les malades et qui, en même temps, avait la prétention de pardonner les péchés? (cf. Lc 5,15-26) Qui était-il donc cet homme qui revendiquait une autorité qui devait appartenir à Dieu seul? La plupart des observateurs se sentaient incapables de répondre à cette question. Même les scribes, pourtant bons connaisseurs de l’univers religieux juif, se sentaient dépassés. Ils proposaient une explication qui ne tenait pas la route. Comment, en effet, pouvaient-ils affirmer que Jésus, lui qui luttait pour la libération des forces du mal, œuvrait sous la gouverne de Béelzéboul, le chef des démons? Pour lever le voile sur l’identité de Jésus, il fallait dépasser l’approche purement terre à terre et éviter de se limiter aux apparences. Pour accéder à la lumière, il fallait vraiment s’en remettre à ce qu’il disait de lui-même, lui faire confiance. Et c’était là entrer dans l’univers de la foi. Ce que les scribes et les pharisiens étaient incapables de faire, bien enracinés qu’ils étaient dans leur fidélité à la tradition religieuse ancienne. Jésus demeurait donc, à leurs yeux, un mystère, un personnage incompréhensible. Seule une poignée de disciples, au départ, reconnurent, dans la foi, que Jésus entretenait une véritable intimité avec Dieu, qu’il avait le pouvoir de faire entrer dans le Royaume de Dieu. Et cela se manifestait par le biais de sa capacité de guérir ainsi que par celle de pardonner les péchés.
Or, cette question de l’identité de Jésus n’a pas cessé, au long des siècles, d’être posée même par les croyants et croyantes. Depuis les origines du christianisme, des théologiens et théologiennes se sont déchirés en débattant de cette question. De grands conciles, aux IVe et Ve siècles en particulier, ont cherché à fixer le contenu de la foi chrétienne, à préciser la nature humaine et divine de Jésus. Le plus souvent, ces conciles intervenaient à cause d’interprétations dangereuses que véhiculaient certains mouvements hérétiques. Autrement dit, l’identité de Jésus a régulièrement été un lieu de débat, parfois un champ de bataille. Avec humilité, il nous faut bien reconnaître que nous ne sommes pas parvenus à pleinement rendre compte de tout le mystère du Christ Jésus, et ce, même si, dans l’enseignement officiel de l’Église catholique, on affirme que Jésus est à la fois homme et Dieu, qu’il est le véritable révélateur du Père et qu’il est à la source de notre salut éternel.
Dans notre monde contemporain, la figure historique de Jésus est très souvent réduite à celle d’un sage. Comme les scribes du 1er siècle, on en reste à une lecture sommaire, superficielle de ce qu’il a été. D’autant plus qu’on refuse qu’il soit ressuscité. D’autant plus aussi qu’on refuse souvent la possibilité d’une vie au-delà de la vie présente. Que de gens disent que ce qu’on attribue à Jésus n’est pas croyable. Ils ne se risquent donc pas à plonger dans la foi.
Étant donné la résistance qu’engendre le mystère de Jésus, nous devons reconnaître que la foi dans le Christ est une grâce de Dieu et pas le simple résultat d’une démarche rationnelle à partir des données qui nous sont accessibles. Sachons donc rendre grâce à Dieu pour ce don de la foi. Et prions pour que des hommes et des femmes de nos milieux s’ouvrent généreusement à cette grâce qui rend capable de reconnaître en Jésus le Christ sauveur qui mène à la vie en plénitude.
Fr. Jean-Louis Larochelle, O.P.
PRIÈRE
∞ Amen.