1ER JANVIER 2023
Dieu qui sauve
En ce premier jour l’an, nous célébrons la maternité de Marie, comme Mère de Dieu, et c’est le frère André Descôteaux, O.P. qui nous invite à vivre, dans la foi, comme enfants de Dieu et reconnaître Dieu comme notre Père.

LIVRE DES NOMBRES (6, 22-27)
Le Seigneur parla à Moïse. Il dit :
« Parle à Aaron et à ses fils. Tu leur diras :
Voici en quels termes vous bénirez les fils d’Israël :
“Que le Seigneur te bénisse et te garde !
Que le Seigneur fasse briller sur toi son visage,
qu’il te prenne en grâce !
Que le Seigneur tourne vers toi son visage,
qu’il t’apporte la paix !”
Ils invoqueront ainsi mon nom sur les fils d’Israël,
et moi, je les bénirai. »
LETTRE DE SAINT PAUL APÔTRE AUX GALATES (4, 4-7)
Frères,
lorsqu’est venue la plénitude des temps,
Dieu a envoyé son Fils,
né d’une femme
et soumis à la loi de Moïse,
afin de racheter ceux qui étaient soumis à la Loi
et pour que nous soyons adoptés comme fils.
Et voici la preuve que vous êtes des fils :
Dieu a envoyé l’Esprit de son Fils dans nos cœurs,
et cet Esprit crie
« Abba ! », c’est-à-dire : Père !
Ainsi tu n’es plus esclave, mais fils,
et puisque tu es fils, tu es aussi héritier :
c’est l’œuvre de Dieu.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT LUC (2, 16-21)
En ce temps-là,
les bergers se hâtèrent d’aller à Bethléem,
et ils découvrirent Marie et Joseph,
avec le nouveau-né
couché dans la mangeoire.
Après avoir vu,
ils racontèrent ce qui leur avait été annoncé
au sujet de cet enfant.
Et tous ceux qui entendirent s’étonnaient
de ce que leur racontaient les bergers.
Marie, cependant, retenait tous ces événements
et les méditait dans son cœur.
Les bergers repartirent ;
ils glorifiaient et louaient Dieu
pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu,
selon ce qui leur avait été annoncé.
Quand fut arrivé le huitième jour,
celui de la circoncision,
l’enfant reçut le nom de Jésus,
le nom que l’ange lui avait donné avant sa conception.
Homélie
Donner un nom à un nouveau-né n’est pas toujours facile. Mes parents m’ont raconté que, dans mon cas, ils hésitaient entre André et Louis. Après de longues discussions, ma mère a tranché: « André sera son nom ». Et voilà, je m’appelle André. La mode joue un rôle important dans le choix d’un prénom. J’ai consulté le répertoire des prénoms choisis par les parents québécois. Les prénoms les plus populaires en 2021 ont été pour les petites filles : Emma, Olivia, Alice, Florence et Charlie. Pour les petits garçons, Noah, William, Thomas, Léo et Liam. Quant au beau prénom d’André, depuis 2005, aucun nouveau-né garçon ne s’appelle André! Quelle tristesse!
Dans le cas de l’enfant de Marie et de Joseph, le choix a été beaucoup plus facile puisque tout avait été décidé d’avance. Déjà au moment de sa conception, l’ange Gabriel avait annoncé à Marie : « tu lui donneras le nom de Jésus ». Pour éviter la discorde, Joseph, dans son fameux songe, se fait ordonner par l’ange : « tu lui donneras le nom de Jésus ». C’était donc très clair.
Dieu avait établi que l’enfant se nommerait Jésus. Pourquoi? Parce que souvent dans la Bible le nom renvoie à qui est ou à qui sera l’enfant. Ainsi, comme vous le savez, le nom de Jésus signifie ‘Dieu sauve’. De fait, Jésus sera le Dieu qui sauvera. Si d’autres avant lui ont porté ce nom, c’est lui qui réellement sauvera l’humanité.
Comme je le disais, ce phénomène n’est pas rare dans l’Écriture. Pensons à Jean. Son père Zacharie tenait malgré la coutume à ce que son fils s’appelle Jean, nom qui signifiait Dieu fait grâce. Au tout début de la Bible, Ève, mère des vivants. Quelques fois, le prénom change. Ainsi, pour l’apôtre Pierre. De Simon, il deviendra Pierre quand le Seigneur lui dit : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ». On voit tout de suite le sens de ce changement de nom. Pierre sera désormais cette pierre solide, celui qui confirmera les autres dans la foi! Et il y en a d’autres. Abram, par exemple, qui devient Abraham.
Un seul cas est problématique. Dieu! Comment l’appeler? Si le nom renvoie au mystère ou à la vocation du ‘nommé’ comment l’être humain peut-il donner un nom à Dieu? N’est-il pas celui qui est à l’origine de tout? Celui qui contient tout mais que rien ne peut contenir? Celui dont les pensées sont aussi éloignées de nous que le ciel de la terre? Ainsi à la question de Moïse qui lui demande son nom, il répond énigmatiquement : « Je suis ce que je serai ». D’ailleurs, aucune traduction n’est certaine de ce que nous appelons le tétragramme, les quatre consonnes du mot Yahvé que le peuple d’Israël se refuse à prononcer. Le peuple développera, dans son histoire, bien des manières d’appeler son Dieu. Parmi les plus populaires, retenons Adonaï que nous traduisons par le Seigneur.
Comment nommer Dieu, car Dieu demeure toujours l’Au-delà de tout? L’Islam qui appelle Dieu du nom d’Allah a développé une liste de 99 noms.
Pourtant ce Dieu dont le mystère nous dépasse au point qu’il nous est impossible de le nommer adéquatement, l’apôtre Paul affirme dans sa lettre aux Galates qu’il a un nom. « Lorsqu’est venue la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils pour que nous soyons adoptés comme fils. Dieu a même envoyé l’Esprit de son Fils en nos cœurs pour que nous criions ‘Abba! ‘ Père ».
Ce Dieu porte maintenant un nom : Père! Évidemment, il est père d’une manière qui dépasse toute imagination, mais il est, pour nous, fondamentalement père au point que nous pouvons nous approcher de lui, en toute confiance, lui, notre papa!
Alors que le livre des Nombres nous présente un Dieu qui bénit, qui dit du bien de nous, et à qui il est demandé de nous garder, de faire briller sur nous son visage et qu’il nous apporte la paix, avec la naissance de Jésus, fils de la femme, une étape inouïe est franchie. Jésus, le Dieu qui sauve, nous révèle que Dieu est notre Père. Non seulement il nous délivrera de tout ce qui nous empêche d’être véritablement heureux, mais il nous comblera de sa vie au point de devenir ses enfants. Il nous adopte.
Ainsi, quel que soit notre nom, celui-ci est gravé sur les paumes de ses mains, comme le dit le prophète Isaïe. Il nous faut donc apprendre, comme des petits enfants, à marcher, à nous laisser guider par celui qui est notre Père. Il nous donne un aîné, notre frère Jésus le Christ, pour nous entraîner à sa suite.
Que cette nouvelle année en soit une où nous nous laissons pénétrer toujours davantage par l’Esprit du Christ pour non seulement crier vers Dieu en l’appelant ‘papa’, mais pour vivre toujours davantage en enfants, cohéritiers du Christ pour la joie de notre Père des cieux et pour notre plus grand bonheur.
Bonne, heureuse et sainte année!
Fr. André Descôteaux, O.P.
PRIÈRE
∞ Amen.