Homélie, samedi, 4ème Semaine de l’Avent

24 DÉCEMBRE 2022

Vivre en fête à l'intérieur

Aujourd’hui, le frère Mateus Domingues da Silva, O.P. nous invite à fêter et nous émerveiller de l’intérieur comme Zacharie devant son fils nouveau-né, nous aussi devant le petit Jésus, Dieu-avec-nous!

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Homélie

Noël représente une festivité importante dans l’hiver; pour beaucoup de gens, chrétiens et même non-chrétiens, il s’agit de la fête de l’année par excellence.

Et pourtant, je me pose une question : qu’est-ce que ça veut dire « faire la fête »? Qu’est-ce qui différencie une fête d’une journée ordinaire? À la lumière du livre du Cohélet (l’Ecclésiaste), je pourrais me demander pourquoi certains jours sont plus longs que d’autres si la lumière nous vient du même soleil toute l’année.

Beaucoup de gens pensent que l’être humain d’aujourd’hui a perdu la capacité de célébrer. Certains critiques culturels parlent même d’une civilisation sans fête.

Quand le travail et l’efficacité marquent le système d’une société et de toute une vie, la fête reste vide de son contenu le plus profond.

La fête devient alors un jour non-ouvrable, un jour de vacances. Un moment où, paradoxalement, on doit travailler et efforcer frénétiquement d’atteindre une joie qui n’existe pas d’ordinaire dans le quotidien.

La fête cède la place au spectacle, au tourisme, à la fuite des voyages ou à l’ivresse des salles. À cause de la pandémie, le Noël 2020 sera différent d’autres Noëls; cependant, la question demeure la même : qu’est-ce fêter?

La fête est beaucoup plus qu’une suspension de travail ou une détente. L’être humain est beaucoup plus qu’un animal qui travaille, beaucoup plus qu’une machine à récupérer.

On a besoin de plus que de simples vacances qui distraient et font oublier les soucis que, habituellement, les journées de travail ont. Quelque chose que l’industrie des loisirs ne peut pas réaliser à cause de nombreuses formules qu’elle invente pour remplir ou pour faire passer ou même tuer le temps.

L’essentiel, c’est de vivre en fête à l’intérieur. Savoir célébrer la vie. Savoir s’ouvrir au don du Créateur, Celui qui, à chaque instant, nous fait visiter « l’astre d’en haut, pour illuminer ceux qui habitent les ténèbres ». Réveiller le meilleur qui est en nous et qui est obscurci par l’oubli, la superficialité, l’activité et le rythme effréné de chaque jour, tout ce qui, inévitablement, nous conduit à « l’ombre de la mort ».

Vivre avec un cœur ouvert au Seigneur qui nous libère de « la main de tous nos oppresseurs » et qui donne un sens et une valeur définitive à notre vie quotidienne, en conduisant « nos pas au chemin de la paix ». Sentir à nous-mêmes comme des frères et sœurs de toute l’humanité dans cette recherche pour le « chemin de la paix ». De même, sentir à nous-mêmes comme des amis de toute la création, car, dans toute créature, on peut trouver Son créateur et être avec Lui « dans la justice et la sainteté, en Sa présence, tout au long de nos jours ». Savoir fêter que notre Dieu parle et savoure Sa présence aimante dans notre existence, Celui qui, en nous-mêmes, « a fait surgir la force qui nous sauve ».

La fête est donc chargée d’un sens authentique, teintée d’une joie qui n’a rien à voir avec la jouissance d’un travail efficace et bien fait, elle nous régénère et nous rachète de la fatigue et la lassitude quotidiennes.

Ceux qui ne l’ont pas découvert continueront malheureusement à confondre vacances et fête, simplement parce qu’ils sont incapables de vivre la fête. Je serais ravi si, comme le Zacharie de l’évangéliste Luc devant son fils nouveau-né, ils puissent commencer à découvrir en toute chose et dans chaque circonstance un chemin intérieur de paix, un chemin à une joie qui demeure avec eux tout au long de leurs jours.

Fr. Mateus Domingues da Silva, O.P.

 

PRIÈRE

Seigneur Jésus, hâte-toi, ne tarde plus :
que ta venue réconforte et relève
ceux qui ont foi dans ton amour.
Toi qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.

∞ Amen.