13 DÉCEMBRE 2022
Petit reste persévérant
Aujourd’hui, le frère André Descôteaux, O.P., identifie l’Église québécoise au petit reste d’Israël décrit par le prophète Sophonie, un petit reste persévérant et accompagné par son Dieu.

LIVRE DU PROPHÈTE SOPHONIE (3, 1-2.9-13)
Ainsi parle le Seigneur :
Malheur à la rebelle, l’impure,
Jérusalem, la ville tyrannique !
Elle n’a pas écouté l’appel,
elle n’a pas accepté la leçon,
elle n’a pas fait confiance au Seigneur,
de son Dieu elle ne s’est pas approchée.
Alors, je rendrai pures les lèvres des peuples
pour que tous invoquent le nom du Seigneur
et, d’un même geste, le servent.
D’au-delà des fleuves d’Ethiopie,
ceux qui m’adorent, mes enfants dispersés,
m’apporteront mon offrande.
Ce jour-là, tu n’auras plus à rougir
de tes méfaits, de tes crimes contre moi,
car alors j’extirperai de toi
ceux qui se vantent avec insolence,
tu cesseras de te pavaner
sur ma montagne sainte.
Je laisserai chez toi un peuple pauvre et petit ;
il prendra pour abri le nom du Seigneur.
Ce reste d’Israël ne commettra plus d’injustice ;
ils ne diront plus de mensonge ;
dans leur bouche, plus de langage trompeur.
Mais ils pourront paître et se reposer,
nul ne viendra les effrayer.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT MATTHIEU (21, 28-32)
En ce temps-là,
Jésus disait aux grands prêtres et aux anciens :
« Quel est votre avis ?
Un homme avait deux fils.
Il vint trouver le premier et lui dit :
“Mon enfant, va travailler aujourd’hui à la vigne.”
Celui-ci répondit : “Je ne veux pas.”
Mais ensuite, s’étant repenti, il y alla.
Puis le père alla trouver le second
et lui parla de la même manière.
Celui-ci répondit : “Oui, Seigneur !”
et il n’y alla pas.
Lequel des deux a fait la volonté du père ? »
Ils lui répondent :
« Le premier. »
Jésus leur dit :
« Amen, je vous le déclare :
les publicains et les prostituées
vous précèdent dans le royaume de Dieu.
Car Jean le Baptiste est venu à vous sur le chemin de la justice,
et vous n’avez pas cru à sa parole ;
mais les publicains et les prostituées y ont cru.
Tandis que vous, après avoir vu cela,
vous ne vous êtes même pas repentis plus tard
pour croire à sa parole. »
Homélie
Dans la première lecture, le prophète Sophonie développe le thème du petit reste d’Israël. Ce thème est très présent dans l’Écriture. Pensons au déluge. Devant la méchanceté et la perversité humaines, Dieu décide de détruire sa création mais, à cause de la justice de Noé, un petit reste survivra.
Plus fréquemment, le petit reste est associé aux survivants des conquêtes dont les royaumes d’Israël et de Juda sont les victimes. Alors que le prophète Amos avait annoncé qu’il ne resterait du royaume du Nord que « deux pattes ou un bout d’oreille », en somme presque rien, certains ont alors pensé que ceux qui étaient restés seraient en sécurité. Eh bien, non! Une deuxième déportation a suivi. Et finalement, il y eut une troisième déportation ne laissant qu’un reste d’un reste d’un reste! La situation est devenue tragique. Comment ne pas alors comprendre la douleur et les pleurs du peuple?
Même tout petit, subsiste toujours un reste. Et qui dit reste dit possibilité de recréation, de nouveau départ non vers l’exil, mais vers la réalisation de l’idéal voulu par Dieu. Comme pour Noé qui devient l’objet d’une nouvelle alliance où Dieu promet de ne plus détruire sa création, une nouvelle création est devenue possible.
Un jour, un petit reste des pays où le peuple a été exilé reviendra rejoindre le petit reste laissé sur place. Israël revivra! Mais tout ceci n’adviendra qu’à cause de la miséricorde de Dieu. Malgré les infidélités de son peuple, Dieu, lui, reste fidèle. Un nouveau peuple renaîtra par pure grâce de Dieu.
Sophonie décrit les effets de cette action de Dieu. En effet, « je laisserai chez toi un peuple pauvre et petit ; il prendra pour abri le nom du Seigneur. Ce reste d’Israël ne commettra plus d’injustice ; ils ne diront plus de mensonge ; dans leur bouche, plus de langage trompeur. » Non seulement le petit reste subsistera, mais il sera transformé de l’intérieur. Ceci n’est pas sans rappeler les prophéties de Jérémie et d’Ézéchiel. Dieu changera nos cœurs de pierre en cœurs de chair. Il purifiera son peuple d’une eau pure et enverra son Esprit.
Difficile pour nous de ne pas nous sentir concernés alors que nous voyons notre Église se vider. Nous formons un petit reste. Le reste deviendra-t-il encore plus petit? Peut-être. Hier, je voulais aller au Centre d’apostolat liturgique situé sur la rue Sherbrooke un peu à l’ouest de Saint-Denis. Je regarde sur le site pour chercher les heures d’ouverture. Je constate que le magasin est fermé. Les commandes peuvent être prises ou encore un rendez-vous fixé pour l’achat de vêtements ou de vases liturgiques!
Nous pouvons expliquer et peut-être nous consoler ainsi de cette rapide décroissance, mais nous sommes ce que nous sommes : un petit groupe très marginal, et, par surcroît encore aux prises avec des scandales. Difficile dans un tel contexte de prévoir une reprise! Elle n’est pas impossible et c’est justement ce que nous rappellent les petits restes de l’histoire. Mais il faudra probablement du temps et surtout de la foi et de la persévérance. Ne nous décourageons pas : l’espérance est possible. Comme disait Mgr Pelchat, évêque auxiliaire de Québec, au Maître de l’Ordre alors que ce dernier visitait le cardinal Lacroix : l’Église du Québec est en attente de résurrection.
En attendant, il nous est demandé de rester fidèle non pas en nous repliant sur nous-mêmes, mais en étant les signes de la présence d’un Dieu qui a envoyé son Fils dans le monde pour que ce dernier ait la vie en plénitude. Il faut oser en sachant que le dernier mot sera celui de Dieu. Dieu qui, dans sa miséricorde, nous purifie et nous garde de l’esprit du monde.
En cette eucharistie, rendons grâce à Dieu pour sa présence dans notre histoire qui s’est faite si discrète au point de se donner à nous lorsque nous rompons le pain et partageons la coupe. Amen.
Fr. André Descôteaux, O.P.
PRIÈRE
∞ Amen.