12 DÉCEMBRE 2022
Heureuse celle qui a cru
En cette fête de Notre-Dame de Guadaloupe (Patronne des Amériques), le frère Jean-Louis Larochelle, O.P. nous explique le passage de la visitation de Marie à sa cousine Élisabeth, et comme cette dernière a su accueillir la mère du Sauveur!

LIVRE DU PROPHÈTE ISAÏE (7, 10-14 ; 8, 10)
En ces jours-là,
le Seigneur parla ainsi au roi Acaz :
« Demande pour toi un signe de la part du Seigneur ton Dieu,
au fond du séjour des morts
ou sur les sommets, là-haut. »
Acaz répondit :
« Non, je n’en demanderai pas,
je ne mettrai pas le Seigneur à l’épreuve. »
Isaïe dit alors :
« Écoutez, maison de David !
Il ne vous suffit donc pas de fatiguer les hommes :
il faut encore que vous fatiguiez mon Dieu !
C’est pourquoi le Seigneur lui-même
vous donnera un signe :
Voici que la vierge est enceinte,
elle enfantera un fils,
qu’elle appellera Emmanuel,
car Dieu est avec nous. »
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT LUC (1, 39-48)
En ces jours-là,
Marie se mit en route et se rendit avec empressement
vers la région montagneuse, dans une ville de Judée.
Elle entra dans la maison de Zacharie
et salua Élisabeth.
Or, quand Élisabeth entendit la salutation de Marie,
l’enfant tressaillit en elle.
Alors, Élisabeth fut remplie d’Esprit Saint,
et s’écria d’une voix forte :
« Tu es bénie entre toutes les femmes,
et le fruit de tes entrailles est béni.
D’où m’est-il donné
que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi ?
Car, lorsque tes paroles de salutation sont parvenues à mes oreilles,
l’enfant a tressailli d’allégresse en moi.
Heureuse celle qui a cru à l’accomplissement des paroles
qui lui furent dites de la part du Seigneur. »
Marie dit alors :
« Mon âme exalte le Seigneur,
exulte mon esprit en Dieu, mon Sauveur !
Il s’est penché sur son humble servante ;
désormais tous les âges me diront bienheureuse. »
Homélie
Marie et Élisabeth, deux femmes qui ont fait l’expérience bouleversante de l’initiative de Dieu dans leur vie. Deux femmes qui ont été dépassées par l’ampleur de la mission que Dieu leur a confiée. Ces deux femmes de foi se sont rencontrées. Pour sa part, Marie a été confrontée à l’« impensable » : malgré sa petitesse, Dieu lui a confié de remplir un rôle central dans son plan de salut en lui demandant de porter le Sauveur. Comment ne pas en être bouleversée? En même temps, comment être assurée d’avoir reçu une telle mission? Face à elle, Élisabeth sa cousine, qui se trouve enceinte alors que son temps de fécondité était tout à fait révolu.
L’évangéliste nous présente un récit très condensé de cette rencontre. Trop condensé, car on peut avoir l’impression que tout s’est déroulé en quelques minutes. Pour corriger un peu cette impression, il est opportun de rappeler que le voyage que Marie a entrepris pour se rendre de Nazareth à la région de Jérusalem devait s’étaler sur au moins cinq jours de marche à pied ou à dos d’âne. Il y avait environ 140 kilomètres à parcourir. Ajoutons qu’une jeune femme n’entreprenait pas seule un tel voyage. Elle devait être accompagnée par des proches et faire partie d’une petite caravane. Question de sécurité. Et une fois rendue à destination, elle pouvait demeurer chez son hôte pendant des jours et même des semaines. Avec la jeune Marie, on peut imaginer qu’elle venait donner un coup de main à sa vieille cousine. Hypothèse qui invite à penser que son séjour a duré un certain temps.
En regard d’une telle représentation de la visite de Marie à Élisabeth, certains auteurs spirituels s’attardent sur le rôle singulier d’Élisabeth à l’endroit de Marie. Ils tablent sur le fait que la future mère de Jean Baptiste a su écouter Marie raconter l’expérience spirituelle bouleversante qu’elle avait vécue. Et c’est sans doute à la lumière des confidences de Marie qu’Élizabeth a pu saisir, avec l’aide de l’Esprit, ce que Dieu était en train de réaliser d’absolument renversant dans la vie de cette dernière. C’est ainsi qu’elle a probablement pu, en quelque sorte, confirmer Marie dans sa vocation: « Tu es bénie entre toutes les femmes. (…). D’où m’est-il donné que la mère de mon Seigneur vienne jusqu’à moi? » (Lc 1, 42-43) Quelle grâce en effet que celle d’avoir pu ainsi conforter Marie dans sa destinée!
En interprétant de la sorte le rôle d’Élisabeth dans sa relation à Marie, ces mêmes auteurs spirituels attirent l’attention sur un charisme particulier que l’on rencontre tout au long de l’histoire de l’Église. En effet, des chrétiens et chrétiennes ont eu cette grâce de pouvoir lire les appels singuliers de Dieu dans la vie d’autres croyants et croyantes. Au XVIe siècle, la grande Thérèse d’Avila n’a-t-elle pas discerné chez le jeune Jean de la Croix une si intense motivation spirituelle qu’elle le voyait capable d’engager la branche masculine des Carmes dans une réforme profonde? N’en a-t-il pas été de même chez nous, avec Mgr Ignace Bourget, évêque de Montréal, à partir de 1840? N’a-t-il pas eu ce charisme de discerner, chez de futures fondatrices de communautés religieuses, les signes d’un appel particulier de Dieu? Pensons à Émilie Gamelin, Eulalie Durocher, Marie-Anne Blondin, Rosalie Jetté. Il a partagé en quelque sorte le charisme d’Élisabeth à l’endroit de Marie.
La capacité d’aider un autre fidèle à reconnaître sa vocation permet de libérer des possibilités de vie à venir. Elle permet des réponses plus fermes aux appels de Dieu. Puissions-nous, avec la grâce de l’Esprit, apprendre à lire, à la manière d’Élizabeth, les appels que Dieu fait résonner dans la vie des personnes qui nous entourent! Puissions-nous favoriser ainsi la croissance du Royaume de Dieu dans nos milieux de vie!
Fr. Jean-Louis Larochelle, O.P.
PRIÈRE
∞ Amen.