Homélie, 28ème lundi du Temps Ordinaire

10 OCTOBRE 2022

Offrir ce que nous avons reçu

En cette fête de l’Action de Grâce, le frère Jean-Louis Larochelle, O.P., nous rappelle que la gratitude envers Dieu le Père doit être au centre de nos vies, mais aussi que, de cette gratitude et de cette joie, nous espérons éveiller notre désir de redonner ce que nous avons reçu.

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Homélie

Il arrive souvent qu’on réduise la fête de l’Action de grâce à une célébration liée à la récolte des produits de la terre. Pourtant, même à l’époque du prophète Isaïe au VIIIe siècle avant Jésus Christ, on rendait grâce à Dieu non seulement pour les moissons mais pour la paix sociale et politique. Car le petit peuple d’Israël avait la conviction d’être accompagné et protégé par le Dieu de l’Alliance. Il était conscient de sa faiblesse parce qu’il faisait régulièrement l’expérience de la domination de l’un ou l’autre des deux grands empires qui l’entouraient, celui de l’Assyrie au nord et celui de l’Égypte au sud. Conscient de cette réalité politique, le prophète Isaïe rappelle donc au peuple élu qu’il doit exprimer au Seigneur sa reconnaissance, car il l’a sauvé, dans le passé, de situations de détresse. Si le peuple peut jouir de la paix au moment où le prophète écrit son message, c’est parce que le Seigneur l’a libéré à quelques reprises.

Dans la tradition chrétienne, la fête de l’Action de grâce est une célébration pour souligner l’action de Dieu en faveur de la vie humaine prise au sens large. C’est une célébration pour reconnaître tous les dons que Dieu ne cesse de faire à notre humanité. Malgré les expériences du mal et de la malice que nous rencontrons dans notre monde, nous affirmons, dans la foi, que Dieu ne cesse jamais de manifester sa compassion et son amour, et ce, même si c’est de façon discrète. Il le fait en soutenant des millions d’hommes et de femmes qui interviennent en faveur des populations qui souffrent de famine ou de répression politique ou de marginalisation sociale.

Mais notre action de grâce ne doit pas viser uniquement les dons reçus à la fois du Seigneur et des croyants et croyantes qui collaborent avec lui. Comme vient nous le rappeler l’évangile du jour, il ne suffit pas de se réjouir des dons reçus, qu’ils soient d’ordre matériel, social ou spirituel. Il faut en plus apprendre à donner en retour. Dans le récit évangélique du jour, on observe que le démoniaque guéri par Jésus semblait tellement heureux d’avoir été libéré de ses chaînes maléfiques qu’il voulait immédiatement se joindre aux apôtres et partager leur œuvre d’évangélisation. Il voulait exprimer sa reconnaissance en offrant en retour sa disponibilité et son énergie. Il souhaitait donc servir à la manière des apôtres. Jésus le lui a permis, mais pas dans la forme qu’il avait souhaitée. Il lui a plutôt demandé de rester dans son milieu social. Là, il aurait à proclamer ce que le Seigneur avait fait pour lui. À la manière des apôtres en quelque sorte, il exprimerait sa reconnaissance en annonçant aux païens de la Décapole que le Seigneur pouvait les délivrer, eux aussi, des esprits mauvais, qu’eux aussi pourraient faire l’expérience d’une vie libérée menant à la vie éternelle.

Ce matin, nous sommes donc invités à rendre grâce pour tout ce qui sert la vie, tant dans nos milieux immédiats que dans les diverses sociétés actuelles. Car Dieu continue aujourd’hui, à travers tout ce qu’il y a d’expressions de justice, de partage et de témoignage de foi, de manifester sa présence libératrice. À la manière du démoniaque, nous sommes invités à offrir au Seigneur ce que nous avons reçu de lui.

Fr. Jean-Louis Larochelle, O.P.

 

PRIÈRE

Nous reconnaissons que tout vient de toi, Seigneur,
ce que nous avons et ce que nous sommes ;
fais-nous comprendre à quel point tu nous aimes,
fais-nous t’aimer de toutes nos forces.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.