26 SEPTEMBRE 2022
Les fruits engéndrés

LIVRE DE LA SAGESSE (3, 1-9)
Les âmes des justes sont dans la main de Dieu ; aucun tourment n’a de prise sur eux. Aux yeux de l’insensé, ils ont paru mourir ; leur départ est compris comme un malheur, et leur éloignement, comme une fin : mais ils sont dans la paix. Au regard des hommes, ils ont subi un châtiment, mais l’espérance de l’immortalité les comblait. Après de faibles peines, de grands bienfaits les attendent, car Dieu les a mis à l’épreuve et trouvés dignes de lui. Comme l’or au creuset, il les a éprouvés ; comme une offrande parfaite, il les accueille. Au temps de sa visite, ils resplendiront : comme l’étincelle qui court sur la paille, ils avancent. Ils jugeront les nations, ils auront pouvoir sur les peuples, et le Seigneur régnera sur eux pour les siècles. Qui met en lui sa foi comprendra la vérité ; ceux qui sont fidèles resteront, dans l’amour, près de lui. Pour ses amis, grâce et miséricorde : il visitera ses élus.
LETTRE DE SAINT PAUL APÔTRE AUX ROMAIN (8, 31b-39)
Frères, si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Il n’a pas épargné son propre Fils, mais il l’a livré pour nous tous : comment pourrait-il, avec lui, ne pas nous donner tout ? Qui accusera ceux que Dieu a choisis ? Dieu est celui qui rend juste : alors, qui pourra condamner ? Le Christ Jésus est mort ; bien plus, il est ressuscité, il est à la droite de Dieu, il intercède pour nous : alors, qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? la détresse ? l’angoisse ? la persécution ? la faim ? le dénuement ? le danger ? le glaive ? En effet, il est écrit : C’est pour toi qu’on nous massacre sans arrêt, qu’on nous traite en brebis d’abattoir. Mais, en tout cela nous sommes les grands vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés. J’en ai la certitude : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les Principautés célestes, ni le présent ni l’avenir, ni les Puissances, ni les hauteurs, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT JEAN (12, 24-26)
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciples : « Amen, amen, je vous le dis : si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. Qui aime sa vie la perd ; qui s’en détache en ce monde la gardera pour la vie éternelle. Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive ; et là où moi je suis, là aussi sera mon serviteur. Si quelqu’un me sert, mon Père l’honorera. »
Homélie
Les saints Jean de Brébeuf et Isaac Jogues et leurs compagnons ont laissé, à la suite de leur martyre au Canada et dans le nord des États-Unis, le témoignage d’un attachement indéfectible au Seigneur, et ce, entre l’an 1642 et 1649.
Retenons ici quelques informations historiques. Le projet d’aller évangéliser les tribus amérindiennes dispersées autour des lacs Ontario et Huron s’est élaboré en 1633. Ce projet fut l’œuvre des pères Le Jeune et Brébeuf. Ils avaient retenu deux critères pour déterminer les lieux qui seraient les plus propices à l’évangélisation. Un premier : s’installer près des tribus sédentaires vivant surtout de l’agriculture et de la pêche. Car, grâce à la sédentarité des membres de ces tribus, les missionnaires pourraient avoir des contacts réguliers, quasi quotidiens, avec eux. Un deuxième critère : l’existence de réseaux de communication que le commerce des fourrures avait progressivement mis en place au cours des années précédentes, et ce, autour des lacs Ontario, Huron et même Supérieur. Aux yeux des jésuites, ces réseaux de relations commerciales pourraient largement favoriser l’expansion de la mission.
Or, l’entreprise missionnaire ne s’est pas déroulée comme prévu. Les missionnaires ont rencontré deux obstacles de taille : d’abord, celui des maladies que les blancs transmettaient aux amérindiens; ensuite, celui des conflits entre tribus amérindiennes pour contrôler le commerce des fourrures dans la région des Grands Lacs. En premier, il faut reconnaître que les maladies des blancs ont eu un effet dévastateur sur les populations autochtones. À Sainte-Marie-aux-Hurons, près de la Baie Géorgienne, premier poste français dans la région des Grands Lacs, il n’y avait pas que les missionnaires qui y étaient présents à partir de 1634. Des « coureurs des bois », des marchands de fourrure, des hommes de métier étaient arrivés avant eux . Ils constituaient une population française d’une cinquantaine d’hommes. Et ils transmettaient, sans le vouloir, leurs maladies. C’est ce qui explique que la population autochtone de la Huronie, est passée, entre 1634 (moment de l’arrivée des jésuites) et 1639, de 30 000 habitants à environ 12 000. La petite vérole et la grippe faisaient de terribles ravages. Rapidement, les Hurons prirent conscience que la présence stable de blancs était porteuse de mort. Les réactions furent vives. Des missionnaires furent battus. D’ailleurs ils furent obligés de s’éloigner de la région, pour un temps du moins.
Le deuxième obstacle rencontré, c’est l’engagement des Iroquois dans le commerce de la fourrure en faveur des Hollandais. La compétition commerciale les a amenés à envahir brutalement les territoires des Hurons et des Neutres. C’est à l’occasion d’un de leurs raids meurtriers, en 1649, que le Père Brébeuf fut martyrisé et que la population fut dispersée et la mission fut abandonnée.
Aux yeux des observateurs de l’époque, l’entreprise missionnaire des jésuites était un échec cuisant. Beaucoup de Hurons qui s’étaient fait baptiser dans les premières années de la présence des missionnaires avaient renié leur foi par la suite. Même les autorités des jésuites ont alors pensé abandonner toute mission dans les terres éloignées de la Nouvelle- France.
Pourtant, les missionnaires jésuites n’avaient-ils pas été inspirés par cette parole d’Évangile: « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruits »? Quels ont été les fruits engendrés par le sacrifice de ces martyrs? Dans l’immédiat, presque rien de visible. Mais, avec le passage des ans, bien des membres des tribus huronnes ont conservé le souvenir de la solidarité extraordinaire qu’avaient manifestée ces hommes qui étaient venus vivre avec eux, au milieu d’eux. Ils se sont rappelé aussi leur passion de témoigner du Christ Jésus. Les conversions au Christ se multiplièrent par la suite.
Ce matin, nous ne pouvons pas rappeler cette page de notre histoire religieuse sans rendre grâce pour ces témoins de la foi qu’ont été ces premiers martyrs en terre d’Amérique du Nord. Leur attitude nous invite, à distance, à demander au Seigneur de nous donner l’audace et le courage qu’exige toute entreprise d’évangélisation. Retenons qu’avec la grâce du Seigneur nous pourrons, nous aussi, apprendre à témoigner avec force de la lumière évangélique qui nous habite.
Fr. Jean-Louis Larochelle, O.P.
PRIÈRE
que la parole et le sang de tes saints martyres,
Jean de Brébeuf, Isaac Jogues et leurs compagnons,
sanctifient le débuts de l’Église en Amérique du Nord;
fais que se lève partout, à leur prière,
une moisson de chrétiens chaque jour plus abondante.
Par Jésus Christ, ton Fils,
notre Seigneur et notre Dieu,
qui vit et règne avec toi
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.