5 SEPTEMBRE 2022
Travailler aussi pour le Règne de Dieu
En cette fête du travail, le frère Jean-Louis Larochelle, O.P., nous expose l’enseignement du pape François sur le travail dans l’encyclique Laudato Sì, une vision du travail par tous et pour tous, dans un esprit chrétien et fraternel.

PREMIÈRE LETTRE DE SAINT PAUL APÔTRE AUX CORINTHIENS (5, 1-8)
Frères, apprenez d’Apollos et de moi-même à ne pas aller au-delà de ce qui est écrit, afin qu’aucun de vous n’aille se gonfler d’orgueil en prenant le parti de l’un contre l’autre. Qui donc t’a mis à part ? As-tu quelque chose sans l’avoir reçu ? Et si tu l’as reçu, pourquoi te vanter comme si tu ne l’avais pas reçu ? Vous voilà déjà comblés, vous voilà déjà riches, vous voilà devenus rois sans nous ! Ah ! si seulement vous étiez devenus rois, pour que nous aussi, nous le soyons avec vous ! Mais nous, les Apôtres, il me semble que Dieu nous a exposés en dernier comme en vue d’une mise à mort, car nous sommes donnés en spectacle au monde, aux anges et aux hommes. Nous, nous sommes fous à cause du Christ, et vous, vous êtes raisonnables dans le Christ ; nous sommes faibles, et vous êtes forts ; vous êtes à l’honneur, et nous, dans le mépris. Maintenant encore, nous avons faim, nous avons soif, nous sommes dans le dénuement, maltraités, nous n’avons pas de domicile, nous travaillons péniblement de nos mains. On nous insulte, nous bénissons. On nous persécute, nous le supportons. On nous calomnie, nous réconfortons. Jusqu’à présent, nous sommes pour ainsi dire l’ordure du monde, le rebut de l’humanité. Je ne vous écris pas cela pour vous faire honte, mais pour vous reprendre comme mes enfants bien-aimés. Car, dans le Christ, vous pourriez avoir dix mille guides, vous n’avez pas plusieurs pères : par l’annonce de l’Évangile, c’est moi qui vous ai donné la vie dans le Christ Jésus.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT MATTHIEU (6, 31-34)
En ce temps-là, Jésus disait à ses disciple : « Ne vous faites donc pas tant de souci ; ne dites pas : “Qu’allons-nous manger ?” ou bien : “Qu’allons-nous boire ?” ou encore : “Avec quoi nous habiller ?” Tout cela, les païens le recherchent. Mais votre Père céleste sait que vous en avez besoin.
Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout cela vous sera donné par surcroît. Ne vous faites pas de souci pour demain : demain aura souci de lui-même ; à chaque jour suffit sa peine.
Homélie
Depuis le Concile Vatican II, les autorités ecclésiales insistent beaucoup sur la dignité du travail humain. Elles font alors référence non seulement au travail lié aux industries des services, au monde de l’éducation et de la santé, mais aussi au travail lié aux industries manufacturières et agricoles. La vision du travail, en regard de ce que l’on percevait au XIXe siècle par exemple, s’est beaucoup embellie. À cause de l’intégration des technologies modernes, le travail a vraiment gagné en productivité et, le plus souvent, en diminution de l’abrutissement physique. En parallèle, on a noté une augmentation régulière de son impact social et économique. Nous savons maintenant que, par leur travail, la majorité des sociétés contemporaines peuvent sensiblement améliorer les conditions de vie de leurs citoyens et citoyennes.
C’est en regard de ce contexte actuel que le pape François, dans son Encyclique Laudato Si!, a affirmé : « L’amour de la société et l’engagement pour le bien commun sont une forme excellente de charité qui, non seulement concerne les relations entre les individus mais aussi les (…) rapports sociaux, économiques, politiques. » (no 231) La vision du pape repose sur une reconnaissance des interdépendances de plus en plus prononcées entre les travailleuses et travailleurs des diverses catégories sociales. Dans sa pensée, le travail ne peut plus se concevoir comme une responsabilité purement individuelle. Il est toujours à situer dans un réseau ou dans un ensemble de réseaux. C’est ainsi qu’une travailleuse ou un travailleur peut prendre conscience que sa production manuelle ou intellectuelle peut avoir des retombées positives à des milliers de kilomètres de son lieu d’engagement.
La Fête du travail, pour nous chrétiens, c’est une occasion de rappeler que nous avons à contribuer à l’édification d’un monde selon le cœur de Dieu, à la gestation d’un monde de plus en plus juste et habitable. C’est là « cherchez le royaume de Dieu et sa justice ». Cette façon de voir la responsabilité des chrétiens et chrétiennes a été reprise dernièrement par l’Assemblée des évêques catholiques du Québec dans son message du 1er mai 2022 : « Nous concevons le travail non pas comme une simple marchandise (…) de l’organisation productive, mais comme un droit et un devoir comportant une dimension sociale. Le travail humain a pour but la croissance de la personne humaine et il constitue une expression essentielle de toute personne créée à l’image et à la ressemblance de Dieu, auteur de l’univers créé. » (p. 2)
Rendons grâce pour tous ces chrétiennes et chrétiens qui travaillent dans le but de collaborer activement à l’émergence du « royaume de Dieu et de sa justice » !
Fr. Jean-Louis Larochelle, O.P.
PRIÈRE
tu as voulu associer l’être humain à ton ouvrage;
regarde le travail que nous avons à faire :
qu’il nous permette de gagner notre vie,
et serve, par ta grâce
à l’avènement du royaume du Christ.
Lui qui vit et règne avec toi
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.