2 SEPTEMBRE 2022
La Bonne Nouvelle toujours nouvelle
Aujourd’hui, le frère André Descôteaux, O.P., nous met en garde de ne pas nous enfermer dans nos habitudes religieuses, car comme Jésus le démontrent aux autorités religieuses de leur temps, la joie et la transformation occasionnées par la conversion à la Bonne Nouvelle ne se manifestent pas toujours comme prévu.

PREMIÈRE LETTRE DE SAINT PAUL APÔTRE AUX CORINTHIENS (4, 1-5)
Frères, que l’on nous regarde donc comme des auxiliaires du Christ et des intendants des mystères de Dieu. Or, tout ce que l’on demande aux intendants, c’est d’être trouvés dignes de confiance.
Pour ma part, je me soucie fort peu d’être soumis à votre jugement, ou à celui d’une autorité humaine ; d’ailleurs, je ne me juge même pas moi-même. Ma conscience ne me reproche rien, mais ce n’est pas pour cela que je suis juste : celui qui me soumet au jugement, c’est le Seigneur.
Ainsi, ne portez pas de jugement prématuré, mais attendez la venue du Seigneur, car il mettra en lumière ce qui est caché dans les ténèbres, et il rendra manifestes les intentions des cœurs. Alors, la louange qui revient à chacun lui sera donnée par Dieu.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT LUC (5, 33-39)
En ce temps-là, les pharisiens et les scribes dirent à Jésus : « Les disciples de Jean le Baptiste jeûnent souvent et font des prières ; de même ceux des pharisiens. Au contraire, les tiens mangent et boivent! » Jésus leur dit : « Pouvez-vous faire jeûner les invités de la noce, pendant que l’Époux est avec eux ? Mais des jours viendront où l’Époux leur sera enlevé ; alors, en ces jours-là, ils jeûneront. »
Il leur dit aussi en parabole : « Personne ne déchire un morceau à un vêtement neuf pour le coudre sur un vieux vêtement. Autrement, on aura déchiré le neuf, et le morceau qui vient du neuf ne s’accordera pas avec le vieux. Et personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres ; autrement, le vin nouveau fera éclater les outres, il se répandra et les outres seront perdues. Mais on doit mettre le vin nouveau dans des outres neuves. Jamais celui qui a bu du vin vieux ne désire du nouveau. Car il dit : “C’est le vieux qui est bon.” »
Homélie
Pour mieux saisir le sens de cet extrait évangélique sur le jeûne qui me semble plutôt alambiqué, il serait bon, me semble-t-il, de le replacer dans son contexte. Cette question sur le jeûne que posent les scribes et les pharisiens à Jésus suit l’appel par Jésus de Lévi, ce collecteur d’impôt qui, dans sa joie, organise un grand festin où sont présents d’autres collecteurs d’impôt. D’où la première question des scribes et des pharisiens : pourquoi manger avec ces pécheurs? Nous connaissons la réponse de Jésus : « Ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs en vue de leur conversion ».
On aurait très bien pu penser qu’un signe de conversion aurait été le jeûne et la prière. Lévi et ses confrères, dans une véritable démarche de conversion, n’auraient-ils pas dû commencer par prendre conscience de leurs péchés au lieu de faire la fête? N’auraient-ils pas dû en reconnaissant leur tort implorer par la pénitence le pardon de Dieu? N’a-t-on pas vu le saint roi David répandre sur sa tête de la cendre, en signe de repentance? Quant à Jésus, n’aurait-il pas dû les admonester comme Jean le baptiste faisait pour ceux qui voulaient recevoir son baptême de conversion?
Eh bien non! Car ils sont déjà pardonnés. Le Christ, le bon pasteur, est allé vers ces brebis perdues, et les a ramenées à la bergerie. C’est la fête! C’est la noce! L’Époux est là! C’est le début d’un temps nouveau! Une nouvelle vie est possible pour Lévi et tous ceux qui ont entendu l’appel du Christ.
Il ne s’agit donc pas d’une pièce rapportée sur un vieux tissu. C’est du nouveau. Certes, la mission du Christ s’inscrit dans une longue histoire, mais il y a un saut, un hiatus. C’est le Royaume qui advient. Pas question, donc, de mettre du vin nouveau dans de vieilles outres, elles éclateraient. S’il est vrai que certains ayant goûté au vin vieilli dont les arômes se sont développés avec le temps, attention de négliger le vin nouveau qui peut être lui aussi très bon, voire meilleur, surtout s’il s’agit du vin de la nouvelle alliance.
Si l’échange entre Jésus et les scribes et les pharisiens a permis à Jésus de leur présenter et la nouveauté de sa mission et la nouveauté de qui il est, s’ensuivront de sérieuses controverses dès le chapitre suivant sur la question toute particulière du respect du sabbat.
Aujourd’hui, les frères de ce couvent se retrouveront en chapitre pour inaugurer cette nouvelle année pastorale. Nous n’en sommes pas à notre première rentrée. Mais attention au ronron. Le Christ nous invite, encore aujourd’hui, à prendre conscience encore une fois de la nouveauté de l’Évangile nous que Paul appelle les intendants de Dieu. Si notre ronron risque d’être brisé par tous ces bruits insolites de construction qui, quelques fois, marquent nos eucharisties, c’est l’accueil du Christ toujours nouveau qui doit rompre notre ronron spirituel ou communautaire. Il ne cesse de nous inviter à accueillir les situations qui se présentent à la lumière de la nouveauté de l’Évangile, de la mission toujours nouvelle qui se déploie, de siècle en siècle, mais de manières différentes : aller vers les malades, aller vers les pécheurs afin qu’encore aujourd’hui ils se convertissent et trouvent la joie. N’est-ce pas ce que le pape François ne cesse rappeler depuis le début de son ministère?
Même si nos outres ne sont plus très jeunes, n’ayons donc pas peur de goûter au vin nouveau de la Bonne nouvelle que le Seigneur ne cesse de nous proposer. Il est toujours là, à nos côtés, comme un fidèle époux. Amen.
Fr. André Descôteaux, O.P.
PRIÈRE
tu montres aux égarés la lumière de ta vérité
pour qu’ils puissent reprendre le bon chemin ;
donne à tous ceux qui se déclarent chrétiens de rejeter
ce qui est contraire à ce nom
et de rechercher ce qui lui fait honneur.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur et notre Dieu,
qui vit et règne avec toi
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.