Homélie, 7ème samedi du Temps Pascal

4 JUIN 2022

Toi, suis-moi !

Aujourd’hui, le frère Jean-Louis Larochelle, o.p., nous explique comment une réponse énigmatique de Jésus nous pousse à réfléchir à la diversité des chemins qui mène, un jour, à une affirmation de notre amour pour lui.

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Homélie

« M’aimes-tu? » Cette question, Jésus l’a posée à Pierre à trois reprises. C’était le cœur du récit évangélique d’hier. Aujourd’hui, nous venons d’entendre l’ordre que Jésus a ensuite donnée à Pierre : « Toi, suis-moi » (Jn 21,22). Mais Pierre était bien conscient de ne pas être le seul à être invité à suivre Jésus. En voyant le disciple Jean qui marchait à leur suite, il posa la question : « Et lui, Seigneur, que lui arrivera-t-il? »

De fait, cette question déborde la manifestation d’une curiosité passagère. Car Jean avait déjà un statut particulier au sein du cercle des apôtres : il était celui que Jésus aimait, il était celui qui avait précédé Pierre au tombeau, il était celui qui, du bateau de pêche, avait reconnu Jésus ressuscité sur le rivage. Dès lors, il n’y avait rien de surprenant à ce que Pierre ait été intéressé par le destin réservé à Jean.

La réponse énigmatique de Jésus – « Si je veux qu’il demeure jusqu’à ce que je vienne, que t’importe? Toi, suis-moi » (Jn21, 22) – laissait entendre que les deux connaîtraient des destins différents, que les deux emprunteraient des chemins différents pour annoncer l’Évangile. À la base, ce qui comptait, c’était l’attachement profond à Jésus lui-même. Grâce à cet attachement, les deux deviendraient capables de relever les défis liés à la mission qu’il leur avait confiée.

Aujourd’hui, nous ne pouvons pas, en tant que disciples de Jésus, entendre ce récit sans nous rappeler que nous avons eu, nous aussi, à répondre à l’invitation pressante adressée à Pierre : « Toi, suis-moi! » Nous l’avons fait parce que nous nous sommes sentis capables de dire : « oui, je t’aime, Seigneur ». Bien sûr, nos réponses, selon les moments de nos vies et les lieux de nos engagements, ont sans doute changé de ton et d’intensité. Nous n’avons pas nécessairement toujours été des héros, des témoins à imiter. Tout comme les apôtres, nous sommes passés par de grands élans de générosité pour ensuite faire l’expérience de leurs faiblesses et de leurs incohérences. Pourtant, nous sommes toujours là, habités par la volonté de manifester l’œuvre de Dieu dans l’histoire. Signe évident que l’Esprit du Seigneur nous a accompagnés et soutenus.

Par ailleurs, il faut bien reconnaître que nous avons suivi le Christ Jésus en empruntant des chemins différents. Tout comme l’ont fait Pierre, Jean, Paul et les autres apôtres. Malgré cette diversité, nos chemins devaient tous conduire à un engagement au service du Royaume de Dieu. Cette diversité de vocations, pourrait-on dire, est très bien illustrée par la liste des collaborateurs et collaboratrices sur lesquels l’apôtre Paul s’est appuyé pour répandre la Bonne Nouvelle. Du côté des femmes, pensons à Lydia, Damaris, Persis, Priscille, Phébée, Évodia, Nymphée (et j’en passe). Du côté des hommes, tout un réseau là aussi : Timothée, Marc, Silas, Barnabé, Tite, Luc, Apollos, Sylvain, Philémon… Toutes ces personnes ont répondu au Christ Jésus : « oui, je t’aime » pour ensuite accueillir sa parole : « Toi, suis-moi. » Tous ces croyants et croyantes ont cherché à servir l’Évangile dans différentes communautés chrétiennes dispersées autour de la Méditerranée. Ils ont offert leurs charismes, leurs réseaux de relations, leurs compétences diversifiées pour assurer la continuité de l’œuvre de Jésus, dans l’espace et dans le temps.

Il me revient en mémoire le souvenir de l’ordination presbytérale, en mai 1970, de quatre frères dominicains : Michel Gourgues, Denis Dion, Jure Kristo et moi-même. Nous nous engagions alors à servir l’Évangile et l’Église. Mais nous ne savions pas encore avec précision sur quelles routes notre réponse positive au « Toi, suis-moi » allait nous conduire. À la lumière des dernières décennies, nous devons bien reconnaître que les chemins empruntés par chacun ont été assez différents. Il y a eu des chemins de traverse. Malgré cette diversité, je crois que le Seigneur a fait de nous des collaborateurs qui ont progressivement appris à se mettre au service de l’Évangile. Il nous a rendus capables d’une certaine fécondité évangélique. Parce qu’un jour, nous avons répondu oui à son invitation : « Toi, suis-moi! »

Fr. Jean-Louis Larochelle, O.P.

 

PRIÈRE

Au terme de ces fêtes pascales,
accorde-nous, Dieu tout-puissant,
de garder la Pâque de ton Fils présente dans toute notre vie.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.