2 novembre 2026
Ça commence aujourd’hui
En cette journée de Commémoration des fidèles défunts, le frère Raymond Latour, O.P., se questionne avec nous sur la nature de la vie après la mort et nous rappelle que celle-ci est d’abord et avant tout un mystère de vie et d’amour.
LIVRE DE LA SAGESSE (4, 7-15)
Même s’il meurt avant l’âge, le juste trouvera le repos. La dignité du vieillard ne tient pas au grand âge, elle ne se mesure pas au nombre des années. Pour l’homme, la sagesse tient lieu de cheveux blancs, une vie sans tache vaut une longue vieillesse. Il a su plaire à Dieu, et Dieu l’a aimé ; il vivait au milieu des pécheurs : il en fut retiré.
Il a été enlevé, de peur que le mal ne corrompe sa conscience, pour que le mensonge n’égare pas son âme. Car la fascination du mal fait perdre de vue le bien, le tourbillon de la convoitise trouble un esprit sans malice. Arrivé au but en peu de temps, il a parcouru tous les âges de la vie. Parce qu’il plaisait au Seigneur, celui-ci, sans attendre, l’a retiré d’un monde mauvais.
Les gens voient cela sans comprendre ; il ne leur vient pas à l’esprit que Dieu accorde à ses élus grâce et miséricorde, et qu’il intervient pour ceux qui lui sont fidèles.
LETTRE DE SAINT PAUL APÔTRE AUX ROMAINS (14, 7-9.10c-12)
Aucun d’entre nous ne vit pour soi-même, et aucun ne meurt pour soi-même : si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur ; si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Ainsi, dans notre vie comme dans notre mort, nous appartenons au Seigneur. Car, si le Christ a connu la mort, puis la vie, c’est pour devenir le Seigneur et des morts et des vivants.
Tous, en effet, nous comparaîtrons devant le tribunal de Dieu. Car il est écrit : Aussi vrai que je suis vivant, dit le Seigneur, tout genou fléchira devant moi, et toute langue proclamera la louange de Dieu. Ainsi chacun de nous rendra compte à Dieu pour soi-même.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT JEAN (6, 37-40)
En ce temps-là, Jésus disait aux foules : « Tous ceux que me donne le Père viendront jusqu’à moi ; et celui qui vient à moi, je ne vais pas le jeter dehors. Car je suis descendu du ciel pour faire non pas ma volonté, mais la volonté de Celui qui m’a envoyé.
« Or, telle est la volonté de Celui qui m’a envoyé : que je ne perde aucun de ceux qu’il m’a donnés, mais que je les ressuscite au dernier jour. Telle est la volonté de mon Père : que celui qui voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle ; et moi, je le ressusciterai au dernier jour. »
Prédication
J’ai un souvenir très précis d’une célébration dans mon enfance. C’était sans doute un dimanche de novembre et le prêtre faisait l’énumération de tous les paroissiens et paroissiennes décédés au cours de la dernière année. Avant la mention de chaque nom, il disait « feu » : « feu Edgar Demers, feu Ludger Desloges, feu Antoinette Boissonneau » etc. Avez-vous déjà entendu cette expression ? De retour à la maison, j’ai demandé ce que cela signifiait de désigner les morts par « feu ». Les morts subsistaient-ils comme une sorte de feu ?
À vrai dire, je n’ai pas obtenu une réponse satisfaisante. Pour vous, j’ai effectué une petite recherche. En voici le résultat : « l’adjectif « feu » vient du latin vulgaire fatatus qui, jusqu’au début du 11e siècle, avait le sens de « malheureux », « qui a une mauvaise destinée ». Puis, il a pris le sens de « mort », « qui a accompli sa destinée ». De nos jours, l’adjectif « feu » signifie « décédé depuis peu de temps ». Pour les personnes décédées depuis plus longtemps, on parlera des « défunts ».
Vous avez noté qu’à l’origine, le mot « feu » avait un sens très négatif, le sens de « malheureux ». Encore aujourd’hui, nous voyons la mort comme un malheur. Mais jusqu’à nouvel ordre, les êtres humains sont mortels. La commémoration des fidèles défunts nous invite à poser un regard de foi sur cette réalité. Nos défunts participent à un mystère de vie et d’amour. Le symbole du feu est utilisé dans l’Église pour désigner la vie de l’Esprit, pour parler aussi de l’amour de Dieu. Jésus a dit qu’il était venu « allumer un feu ». Cela s’est réalisé par l’envoi de l’Esprit Saint.
Ce feu de l’amour, ce feu de la vie de Dieu ne s’éteint pas à l’heure de notre mort. Que se passe-t-il après la mort ? Les Écritures sont très discrètes à ce sujet. La foi en la Résurrection est arrivée assez tardivement et à l’époque de Jésus, on s’en faisait différentes représentations, souvent basées sur l’image du festin sur la montagne que nous présente le prophète Isaïe. C’est pour nous une évocation du ciel : nous serons alors comblés de tous les biens, nous serons tous dans la joie, tous réunis avec Dieu.
Jésus est venu confirmer cette vision des choses, en tentant d’éviter que nous comprenions trop la vie éternelle sous le modèle de la vie ici-bas. Nous savons que grâce à la Résurrection de Jésus, nous sommes promis nous aussi à un bonheur éternel, que nous vivrons dans une parfaite communion avec Dieu notre Père et que nous ne serons délivrés de tout mal, de toute souffrance. Mais nulle part la Bible ne décrit la vie des défunts. Dans l’évangile, Jésus emploie la comparaison du grain tombé en terre, pour dire que notre mort n’est pas la fin de tout, que cette mort aura sa fécondité. Le poète québécois Félix Leclerc avait bien saisi le sens de cette parole en disant : « La mort, c’est plein de vie dedans ». Ailleurs, Jésus s’est contenté de nous dire que nous serons « comme des anges ». Personne n’ayant vraiment fréquenté les anges, nous ne sommes pas tellement plus avancés dans notre compréhension de la vie après la mort. Lui qui est le chemin, la vérité et la vie, nous a tout de même donné cette assurance : « Là où je suis vous serez vous aussi » (Jn 14,2-3). Mais aucune description de la vie après la mort.
Ce silence sur le sujet nous amène à nous en remettre à Dieu, avec confiance, lui qui est l’auteur de la vie, et qui nous a créés pour que nous ayons la vie en plénitude.
C’est justement à cette confiance que nous sommes appelés en ce jour où nous commémorons nos défunts. Comme des enfants, nous nous tournons vers Dieu notre Père, et nous l’appelons « Abba ! ». Puisque nous sommes les enfants de Dieu, notre vie lui est précieuse et il nous gardera en son amour. Jésus lui-même a manifesté cette confiance au moment de sa Passion. Comme nous, il aurait voulu éviter la souffrance, mais il s’en est remis à Dieu son Père.
Hier, l’Église célébrait la fête de tous les saints, la Toussaint. Aujourd’hui, nous nous réunissons pour faire mémoire de tous les fidèles défunts. C’est que nous avons conscience de tous participer dans un même mystère d’amour et de vie. Dans notre prière, nous obtenons la certitude intérieure que nos défunts sont vivants non seulement dans notre mémoire, mais qu’ils sont vivants auprès de Dieu. Que rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu, pas même la mort.
Nous sommes invités, dans les jours sombres de novembre, à tourner notre regard vers la Lumière, vers le feu de l’amour de Dieu qui nous réjouit et nous guide. Dieu a ressuscité son Fils. Il nous ressuscitera également. Déjà, nous avons part à sa vie dans l’accueil de sa Parole.
Les « défunts » selon l’origine du mot, ce sont ceux et celles qui ont accompli leur fonction, qui ont réalisé leur humanité. Dans la foi, nous disons qu’ils ont accompli leur mission qui nous était rappelé dimanche dernier : aimer Dieu et aimer son prochain comme soi-même. C’est le chemin de vie qui nous est proposé. Nos défunts sont exactement comme nous, sauf qu’ils se connaissent maintenant sous le regard de Dieu. Cela commence maintenant aussi pour nous !
Fr. Raymond Latour, O.P.
PRIÈRE
Écoute nos prières avec bonté, Seigneur,
nous t’en prions :
tandis que grandit notre foi en ton Fils ressuscité d’entre les morts,
affermis aussi notre espérance,
puisque nous attendons la résurrection
de ceux qui t’ont servi.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
lui qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.
