Prédication, lundi de la 28ème semaine du temps ordinaire

12 octobre 2026

Merci... en toute liberté!

En cette fête de l’Action de grâces, le frère Raymond Latour, O.P., nous invite à prendre conscience que notre reconnaissance doit être en toute liberté et pour la liberté que nous recevons comme fils et filles de Dieu.

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Prédication

En cette fête d’Action de grâces, nous pouvons réfléchir à nos motifs d’action de grâces. La liberté figure-t-elle parmi ces bienfaits que nous apprécions ? Paul, dans sa lettre aux Galates, nous invite à avoir bien présente à l’esprit cette vérité : « C’est pour que nous soyons libres que le Christ nous a libérés ». Par sa mort et sa résurrection, le Christ nous a ouvert un nouvel espace où la vie peut se déployer pleinement. Le mal n’est plus une puissance paralysante, l’Esprit nous donne force et courage dans l’adversité, nous assurant de notre participation à la victoire du Christ. L’action de grâce nous garde de tout retour à l’esclavage sous toutes ses formes. En goûtant cette liberté qui nous a été acquise, nous pourrons reconnaître la sagesse véritable manifestée dans le Christ.

L’Évangile nous aide à bien apprécier les dons qui nous ont été faits. La reine de Saba a parcouru de grandes distances pour recueillir la sagesse de Solomon : qu’en est-il de nous qui disposons de la plénitude de la Révélation ? La fête d’aujourd’hui nous permet de faire un arrêt pour mieux saisir ces bienfaits que nous aurions tendance à négliger. Nous bénéficions de la liberté véritable, nous avons accès à la sagesse incarnée, nous avons part à l’héritage des enfants de Dieu, autant de réalités que la parole de Dieu nous rappelle avec à-propos. 

En cette fête de l’Action de grâce, en Église, nous donnons à ce congé laïc une nette tonalité religieuse, puisque l’action de grâce, c’est ce qui est à la base de notre rassemblement eucharistique. Toute notre vie de foi s’y unifie. La société prend un temps d’arrêt pour dire merci. Nous faisons de même, en précisant bien qui dit merci, à qui, et pourquoi.

Appelés à la liberté, Dieu nous a établis comme partenaires de son œuvre. Cela crée des liens. C’est un choix libre de sa part. Nous sommes ainsi élevés à une dignité qui nous situe dans une relation toute particulière. Impossible d’accomplir cette tâche si nous ne sommes pas en communion avec Dieu, avec son intention créatrice, avec son projet pour l’humanité. Nous usons de notre liberté pour l’œuvre de Dieu. Pas de partenariat sans communion ! Pas de partenariat sans investissement de confiance de la part de Dieu. De cela aussi, nous voulons rendre grâce.

L’Évangile nous amène à bien considérer ces biens que Dieu met à notre disposition, d’en apprécier la valeur. Profitons de ce congé aujourd’hui pour y prêter davantage attention. Notre regard n’est-il pas plutôt rivé sur nos besoins et les nécessités de la vie? Plusieurs soucis nous accablent au quotidien. Difficile d’échapper à ces préoccupations, pour peu que l’on ait un minimum de sens des responsabilités. Tout cela, ce souci du lendemain, nous le partageons avec le commun des mortels. L’Évangile nous invite à discerner les signes de la présence de Dieu dans nos vies et à déployer autant de sagesse pour l’avènement de son règne que nous n’en mettons pour nous maintenir dans l’existence.

Pour Jésus, ce pourrait être un lieu d’affirmation de notre foi, un signe de notre conversion véritable, de notre capacité de vivre en enfants de Dieu, conscients de sa bienveillance envers tous les êtres humains.

L’Évangile aujourd’hui nous convie tous à un grand geste de liberté intérieure : prendre un temps d’arrêt pour s’élever au-dessus de ces considérations qui nous accaparent et accéder à cette sagesse des créatures de Dieu. L’action de grâces comme puissance d’accueil de tout ce que la vie peut nous offrir. L’action de grâce comme expression de disponibilité, offre de partenariat avec Dieu. Dans la mesure où nous nous soucions de tout, nous perdons de vue que Dieu se soucie de tous. C’est pour que nous soyons libres que le Christ nous a libérés. Délivrés de notre souci pour le quotidien, nous pourrons poser notre regard sur les bienfaits dont nous sommes comblés chaque jour. Un moment nous est offert aujourd’hui pour ouvrir nos yeux à cette lumière.

L’inquiétude s’impose à nous. Vous excuserez le jeu de mots : elle nous tient à sa merci. Elle obstrue notre regard. Elle s’empare de nous, elle est tyrannique. Au contraire, la reconnaissance, l’action de grâce est un acte de liberté. Elle élève notre regard. Elle nous rend à nous-mêmes et nous éveille à la bonté, bonté des gens qui nous entourent, bonté du monde, bonté de Dieu. Par elle, l’action de grâce, nous avons aussi part à cette bonté, en la reconnaissant, en l’appuyant, en la célébrant. L’inquiétude nous incite à nous débrouiller, à compter sur nos propres forces. Elle flatte notre individualisme. L’action de grâce nous rassemble, nous redit que nous formons un seul corps, tous responsables les uns des autres. Pas de véritable action de grâce sans compassion, sans solidarité avec les plus démunis.

Accueillir la vie comme un don, c’est l’invitation que Dieu nous fait en cette fête d’Action de grâces où nous tenterons de l’imiter dans sa gratuité, sa générosité, sa prodigalité, son immense bonté. Il faut bien une journée dans l’année pour s’y arrêter : dans la liberté du cœur, une attention à Dieu, une attention à la bonté du monde. Cela illumine, cela fait exister, cela nous ouvre à la largesse du monde de la grâce. On y pénètre par un merci ! « Merci! », c’est le mot que s’échangent les êtres vraiment libres. 

Fr. Raymond Latour, O.P.

 

PRIÈRE

Dieu de puissance et de miséricorde,
éloigne de nous, dans ta bonté, tout ce qui nous arrête,
afin que sans aucune entrave, ni d’esprit ni de corps,
nous accomplissions d’un cœur libre ce qui vient de toi.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
lui qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.

∞ Amen.