9 octobre 2026
Plusieurs pistes de réflexion
Aujourd’hui, le frère Daniel Cadrin, O.P., repasse avec nous à travers l’argumentaire de Jésus pour déjouer les accusations de ses ennemis et tenter de les mener à la conversion.
LETTRE DE SAINT PAUL APÔTRE AUX GALATES (3, 6-14)
Abraham eut foi en Dieu, et il lui fut accordé d’être juste. Comprenez-le donc : ceux qui se réclament de la foi, ce sont eux, les fils d’Abraham. D’ailleurs, l’Écriture avait prévu, au sujet des nations, que Dieu les rendrait justes par la foi, et elle avait annoncé d’avance à Abraham cette bonne nouvelle : En toi seront bénies toutes les nations. Ainsi, ceux qui se réclament de la foi sont bénis avec Abraham, le croyant.
Quant à ceux qui se réclament de la pratique de la Loi, ils sont tous sous la menace d’une malédiction, car il est écrit : Maudit soit celui qui ne s’attache pas à mettre en pratique tout ce qui est écrit dans le livre de la Loi. Il est d’ailleurs clair que par la Loi personne ne devient juste devant Dieu, car, comme le dit l’Écriture, celui qui est juste par la foi, vivra, et la Loi ne procède pas de la foi, mais elle dit : Celui qui met en pratique les commandements vivra à cause d’eux.
Quant à cette malédiction de la Loi, le Christ nous en a rachetés en devenant, pour nous, objet de malédiction, car il est écrit : Il est maudit, celui qui est pendu au bois du supplice. Tout cela pour que la bénédiction d’Abraham s’étende aux nations païennes dans le Christ Jésus, et que nous recevions, par la foi, l’Esprit qui a été promis.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT LUC (11, 15-26)
En ce temps-là, comme Jésus avait expulsé un démon, certains dirent : « C’est par Béelzéboul, le chef des démons, qu’il expulse les démons. » D’autres, pour le mettre à l’épreuve, cherchaient à obtenir de lui un signe venant du ciel.
Jésus, connaissant leurs pensées, leur dit : « Tout royaume divisé contre lui-même devient désert, ses maisons s’écroulent les unes sur les autres. Si Satan, lui aussi, est divisé contre lui-même, comment son royaume tiendra-t-il ? Vous dites en effet que c’est par Béelzéboul que j’expulse les démons. Mais si c’est par Béelzéboul que moi, je les expulse, vos disciples, par qui les expulsent-ils ? Dès lors, ils seront eux-mêmes vos juges. En revanche, si c’est par le doigt de Dieu que j’expulse les démons, c’est donc que le règne de Dieu est venu jusqu’à vous.
« Quand l’homme fort, et bien armé, garde son palais, tout ce qui lui appartient est en sécurité. Mais si un plus fort survient et triomphe de lui, il lui enlève son armement auquel il se fiait, et il distribue tout ce dont il l’a dépouillé.
« Celui qui n’est pas avec moi est contre moi ; celui qui ne rassemble pas avec moi disperse.
« Quand l’esprit impur est sorti de l’homme, il parcourt des lieux arides en cherchant où se reposer. Et il ne trouve pas. Alors il se dit : “Je vais retourner dans ma maison, d’où je suis sorti.” En arrivant, il la trouve balayée et bien rangée. Alors il s’en va, et il prend d’autres esprits encore plus mauvais que lui, au nombre de sept ; ils entrent et s’y installent. Ainsi, l’état de cet homme-là est pire à la fin qu’au début. »
Prédication
Ce récit de Luc met ensemble plusieurs éléments : action, réactions, réflexions. Jésus a chassé un démon muet. L’homme libéré s’est mis à parler et les foules s’émerveillent (11,14). Mais certains réagissent autrement : ils accusent Jésus d’agir au nom du chef des démons ou ils le mettent au défi de faire un signe clair, démontrant qu’il agit au nom de Dieu ; cette demande de signe reviendra juste après (11, 29-32). Puis, Jésus répond à ces réactions de façon élaborée, avec plusieurs pistes de réflexion.
D’abord (v.17-20), il utilise l’argument de la division, en lien avec le Royaume. Un royaume divisé court à sa perte, dit-il au début ; il termine en évoquant le Règne de Dieu qui advient parmi eux. Si Jésus agit par le doigt de Dieu, il est alors le nouveau Moïse, car cette expression est associée à l’action de Moïse (Ex 8,15). De plus, Jésus répond à ses adversaires en les confrontant à leurs propres actions : leurs disciples chassent aussi les démons, alors en quel nom le font-ils ? C’est ici un argument ad hominem.
Une autre réflexion suit (v.21-22), portant sur l’homme fort. On change d’image. Il s’agit d’un gardien bien armé protégeant son palais. Mais un plus fort arrive et il perd tout ! Ce plus-fort qui le dépouille, c’est le Christ lui-même, combattant les forces maléfiques, qui aliènent l’être humain.
Puis un propos différent et bref (v.23) s’immisce dans le débat. Il met en contraste ceux qui suivent Jésus et ceux qui s’y opposent, le rassemblement et la dispersion. Ce propos peut étonner, car ailleurs (Mc 9, 40 ; Lc 9, 50) Jésus a dit plutôt le contraire : qui n’est pas contre nous est pour nous. Ici, cette position de Jésus, dans un contexte plus polémique, invite à faire un choix. On ne peut rester neutre face à l’action de Jésus.
En finale (v.24-26), on revient sur l’expulsion du démon. Celui-ci, une fois chassé, peut revenir, et même avec sept autres ! Après une errance au désert (lieux arides), qui est, avec la mer, l’habitat naturel des esprits impurs dans la Bible, il retourne en ce logis propre mais vide. Cela dit la fragilité de nos transformations. Rien n’est acquis et il serait risqué de nous vanter de nos victoires. Pour que cette victoire dure, la maison a besoin d’être habitée par l’Esprit. Il ne suffit pas de faire le ménage.
Ces réflexions diverses de Jésus offrent plusieurs portes pour entrer en conversion : bien comprendre les actions de Jésus qui inaugurent le Règne de Dieu, apprendre à les lire ; faire des choix, ne pas demeurer indifférent ; ne pas s’imaginer que tout est vite réglé ; faire confiance en la puissance libératrice de Jésus, plus forte que les forces de mort et de division. Et simplement, oser nous émerveiller devant des gestes de bonté qui s’accomplissent dans nos milieux.
Fr. Daniel Cadrin, O.P.
PRIÈRE
Dieu éternel et tout-puissant,
dans ta tendresse inépuisable,
tu combles ceux qui t’implorent,
bien au-delà de leurs mérites et de leurs désirs ;
répands sur nous ta miséricorde
en délivrant notre conscience de ce qui l’inquiète
et en donnant plus que nous n’osons demander.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
lui qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.
