4 octobre 2026
Ne lâchons pas !
Aujourd’hui, le frère André Descôteaux, O.P., nous invite à persévérer dans le projet de notre Dieu pour l’humanité, Lui le vigneron qui habite et guide sa vigne, afin que nous portions du fruit, à l’image de notre frère Saint François d’Assise.
LIVRE DU PRPOHÈTE ISAÏE (5, 1-7)
Je veux chanter pour mon ami le chant du bien-aimé à sa vigne. Mon ami avait une vigne sur un coteau fertile. Il en retourna la terre, en retira les pierres, pour y mettre un plant de qualité. Au milieu, il bâtit une tour de garde et creusa aussi un pressoir. Il en attendait de beaux raisins, mais elle en donna de mauvais.
Et maintenant, habitants de Jérusalem, hommes de Juda, soyez donc juges entre moi et ma vigne ! Pouvais-je faire pour ma vigne plus que je n’ai fait ? J’attendais de beaux raisins, pourquoi en a-t-elle donné de mauvais ? Eh bien, je vais vous apprendre ce que je ferai de ma vigne : enlever sa clôture pour qu’elle soit dévorée par les animaux, ouvrir une brèche dans son mur pour qu’elle soit piétinée. J’en ferai une pente désolée ; elle ne sera ni taillée ni sarclée, il y poussera des épines et des ronces ; j’interdirai aux nuages d’y faire tomber la pluie.
La vigne du Seigneur de l’univers, c’est la maison d’Israël. Le plant qu’il chérissait, ce sont les hommes de Juda. Il en attendait le droit, et voici le crime ; il en attendait la justice, et voici les cris.
LETTRE DE SAINT PAUL APÔTRE AUX PHILIPPIENS (4, 6-9)
Ne soyez inquiets de rien, mais, en toute circonstance, priez et suppliez, tout en rendant grâce, pour faire connaître à Dieu vos demandes. Et la paix de Dieu, qui dépasse tout ce qu’on peut concevoir, gardera vos cœurs et vos pensées dans le Christ Jésus.
Enfin, mes frères, tout ce qui est vrai et noble, tout ce qui est juste et pur, tout ce qui est digne d’être aimé et honoré, tout ce qui s’appelle vertu et qui mérite des éloges, tout cela, prenez-le en compte. Ce que vous avez appris et reçu, ce que vous avez vu et entendu de moi, mettez-le en pratique. Et le Dieu de la paix sera avec vous.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT MATTHIEU (21, 33-43)
En ce temps-là, Jésus disait aux grands prêtres et aux anciens du peuple : « Écoutez cette parabole : Un homme était propriétaire d’un domaine ; il planta une vigne, l’entoura d’une clôture, y creusa un pressoir et bâtit une tour de garde. Puis il loua cette vigne à des vignerons, et partit en voyage. Quand arriva le temps des fruits, il envoya ses serviteurs auprès des vignerons pour se faire remettre le produit de sa vigne. Mais les vignerons se saisirent des serviteurs, frappèrent l’un, tuèrent l’autre, lapidèrent le troisième. De nouveau, le propriétaire envoya d’autres serviteurs plus nombreux que les premiers ; mais on les traita de la même façon.
Finalement, il leur envoya son fils, en se disant : ‘Ils respecteront mon fils.’ Mais, voyant le fils, les vignerons se dirent entre eux : ‘Voici l’héritier : venez ! tuons-le, nous aurons son héritage !’ Ils se saisirent de lui, le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent. Eh bien ! quand le maître de la vigne viendra, que fera-t-il à ces vignerons ? »
On lui répond : « Ces misérables, il les fera périr misérablement. Il louera la vigne à d’autres vignerons, qui lui en remettront le produit en temps voulu. »
Jésus leur dit : « N’avez-vous jamais lu dans les Écritures : La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle : c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux ! Aussi, je vous le dis : Le royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à une nation qui lui fera produire ses fruits. »
Prédication
Que d’images violentes, dures et désespérantes dans ces deux histoires de la vigne que ce soit dans la première lecture ou dans l’Évangile !
Quelle déception du bien-aimé chez Isaïe ! Que n’a-t-il pas fait pour que sa vigne soit belle et bonne ! Pourtant le beau rêve devient cauchemar : la vigne porte des fruits sauvages, de mauvais fruits. On le comprend de demander s’il aurait pu faire quelque chose de plus. Déçu, il décide qu’elle retournera en friche. Cette histoire est une allégorie. La vigne ingrate c’est le peuple d’Israël comblé par Dieu qui rêvait qu’elle devînt un espace où la justice fleurirait. Malheureusement, c’est l’inverse qui s’est produit. Ce n’est pas la justice qui domine, mais le cri des malheureux dans la détresse. Ces fautes ne peuvent qu’engendrer malheur, aliénation, destruction, ténèbres et mort.
La parabole de Jésus, reposant elle aussi sur l’image de la vigne, est encore plus violente. Le maître n’accuse pas les vignerons de ne pas produire de bons fruits, mais de vouloir les accaparer au point de se saisir des serviteurs qu’il leur envoie pour réclamer son dû. Certains sont frappés, d’autres tués ou lapidés. Alors que le maître pensait que son fils serait respecté et obéi, les vignerons se saisirent de lui, le jetèrent hors de la ville et le tuèrent, comme Jésus crucifié en dehors de la ville.
Est-ce que la vigne sera détruite comme chez le prophète Isaïe ? Non. Si les vignerons coupables sont châtiés, le Fils, lui, sera rétabli dans sa dignité de fils. C’est le sens de la citation par Jésus du psaume 117 que nous chantons à Pâques : la pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle ; c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux !
Plus de destruction, comme chez Isaïe ! Plus de déluge devant la méchanceté de l’humanité, mais un nouveau début, une reprise, une recréation. Le maître ne se laisse pas arrêter. Il tient encore à son rêve d’une vigne produisant de bons fruits qu’il pourra partager avec tous les vignerons.
Une nouvelle nation lui fera produire ses fruits, car la pierre d’angle, le Ressuscité, sera là, au cœur de la vigne. Sur elle s’appuieront tous ceux et toutes celles qui travailleront à la vigne. Cette parabole malgré la violence, la haine constitue la réaffirmation par Dieu de la persistance de son projet sur l’humanité et de sa volonté qu’il réussisse.
Il me semble que cette parabole est d’une brûlante actualité. Nous vivons dans un monde de violence où des pays sont injustement agressés par d’autres, où des peuples sont opprimés par leurs voisins, où ne règne plus que la loi du plus fort. Nous vivons dans une planète de moins en moins une maison commune où l’environnement se dégrade à une vitesse fulgurante. Changements climatiques avec ses hausses de températures et ses tempêtes dévastatrices. Destruction des habitacles naturels entraînant la disparition d’une multitude d’animaux et d’insectes. Où allons-nous ? Depuis quelque temps, nous nous inquiétons du développement de l’intelligence artificielle. L’être humain deviendra-t-il l’esclave de machines ?
Ces craintes sont réelles et justifiées. Pourtant, ces forces de mort que nous craignons et peuvent même nous paralyser n’auront pas le dernier mot. Dieu veut la réussite de son projet. La pierre d’angle est là sur laquelle nous pouvons tous nous appuyer pour travailler à ce que le projet de Dieu se réalise.
N’est-ce pas l’appel que le pape Léon XIV lance dans son encyclique Magnifique humanité sur l’intelligence artificielle ? Je me permets de vous citer le tout début de cette lettre du pape. « La magnifique humanité créée par Dieu se trouve aujourd’hui face à un choix décisif : ériger une nouvelle tour de Babel ou bâtir la cité où Dieu et l’humanité habitent ensemble. Chaque génération reçoit en héritage la tâche de façonner son époque : faire mûrir l’histoire comme un lieu où la dignité de toute personne est préservée, la justice promue et la fraternité rendue possible. Mais sur chaque époque, pèse le risque de construire un monde inhumain et plus injuste » (no 1). Je me permets de signaler que la Jérusalem évoquée par le pape est celle que les exilés de retour dans la Ville-Sainte retrouvent et doivent reconstruire ! Tout un travail ! Tout un défi ! Tout un projet !
Je terminerai en évoquant la figure extraordinaire d’un saint dont nous célébrons aujourd’hui le huitième anniversaire de la naissance au ciel, saint François d’Assise. N’est-il pas celui qui, dans la plus grande pauvreté, n’a cessé d’œuvrer pour la paix et la fraternité dans l’accueil joyeux de la création ? Son appui, sa raison d’être : le Christ Jésus auquel il s’est identifié au point d’en porter les stigmates. Jeune, il avait entendu son Seigneur lui demander de reconstruire son église. Il s’est mis à l’œuvre en rebâtissant l’église Saint-Damien pensant que telle était la volonté du Christ. En fait, c’est toute l’Église, la vigne du Seigneur, qu’il a renouvelée. Saint François a produit et produit encore les fruits du Royaume.
Oui, mes chers amis, ne nous laissons pas décourager ! Ayons de l’idéal ! Laissons-nous porter par le projet de Dieu, par son rêve sur l’humanité et produisons les fruits de justice, de paix et de communion qu’il espère de nous. Le Ressuscité ne laisse pas la vigne à elle-même. Il en est au cœur, lui, la pierre d’angle.
Approchons-nous donc de la table où, le Christ, la pierre d’angle, nous livre son corps et son sang pour nous insuffler son esprit et nous communiquer sa force. Amen.
Fr. André Descôteaux, O.P.
PRIÈRE
Dieu éternel et tout-puissant,
dans ta tendresse inépuisable,
tu combles ceux qui t’implorent,
bien au-delà de leurs mérites et de leurs désirs ;
répands sur nous ta miséricorde
en délivrant notre conscience de ce qui l’inquiète
et en donnant plus que nous osons demander.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
lui qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.
