Prédication, Messe du 40ème anniversaire du Centre étudiant

20 septembre 2026

Tous de la même famille !

En cet anniversaire des 40 ans de notre Centre étudiant, le frère Yves Bériault, O.P., nous dit que la parabole du jour est un message qui nous invite à entrer dans la joie de Dieu, à partager son amour pour les plus petits, les derniers d’entre nous, et à tous les voir comme des membres de notre propre famille. Nous sommes TOUS la famille de Dieu !

predication-tous-de-la-meme-famille

Prédication

Imaginez que vous habitez un pays où sévissent guerre et famine, comme c’est le cas dans bien des pays du monde. Chaque journée est une question de survie et c’est là le défi de bien des familles dans ces pays de mener au soir leurs enfants sans qu’ils ne meurent de faim.

Imaginez que vous êtes seul avec deux petits enfants dans un camp de réfugiés. Tous les jours, c’est une lutte pour survivre. Pensons à la Somalie, à Gaza… Il faut trouver du bois pour cuire les aliments, quand il y en a, aller chercher de l’eau. Vous êtes dans ce camp seul avec vos deux enfants âgés de quatre ans et sept ans. Un jour, en quête de nourriture et de travail, vous partez avec vos deux enfants, car vous ne pouvez pas les laisser seuls dans le camp. Vous marchez pendant plusieurs kilomètres pour enfin arriver à une ferme au loin où plusieurs ouvriers sont à l’œuvre dans les champs. Vous vous présentez au propriétaire, qui accepte de vous embaucher et vous envoie aux champs avec vos deux jeunes enfants. Ces derniers vous aident du mieux qu’ils peuvent à cueillir des petits fruits, en mangeant autant qu’ils en cueillent, et le tout sous le regard du propriétaire.

À la fin du quart de travail, vous remettez ce que vous avez cueilli et le propriétaire vous remet votre salaire. Au moment de partir, il vous appelle de nouveau et remet à chacun de vos deux enfants le même salaire. Quelle est votre réaction ? Est-ce que vous vous indignez comme les ouvriers de la première heure ? Bien sûr que non. Après tout, ce sont vos enfants, ils sont de la famille. Eh bien, c’est ce que Dieu nous dit dans la parabole de Jésus : ces ouvriers de la dernière heure, ce sont mes enfants, ce sont vos frères et vos sœurs. Vous êtes de la même famille.

La parabole des ouvriers de la dernière heure fait partie de mes préférées, ne serait-ce qu’à cause de la déconfiture des ouvriers de la première heure. L’attitude du maître de la vigne est tellement surprenante que cette parabole choque encore aujourd’hui.

Tout d’abord, il y a cette vigne. Une belle vigne qui semble nécessiter autant d’ouvriers que le Maître peut en trouver. Quelle que soit l’heure du jour, il embauche. Il faut aller à la vigne. C’est la vigne du Royaume, c’est le nouvel Israël, c’est l’Église du Christ où tous sont invités à être à pied d’œuvre.

Les premiers ouvriers de la vigne, les ouvriers de la première heure représentent ici Israël, cette descendance d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le peuple de la promesse à qui Dieu a confié sa vigne. Un petit peuple de rien du tout appelé à accueillir toutes les nations à l’ombre de son héritage extraordinaire, qui est sa foi au Dieu unique.

C’est là la destinée d’Israël et la venue de Jésus marque l’arrivée du Royaume promis. Dieu lui-même vient achever son œuvre en la personne de Jésus. Et ce qui devient évident dès le début de la mission de Jésus, c’est son option pour les plus faibles, pour les pauvres et même pour les pécheurs, surtout les pécheurs. Tous trouvent bon accueil auprès de lui, et quand il condamne, ce ne sont jamais les personnes, mais l’attitude de ceux et celles qui ne veulent pas voir, en ces plus petits dans le Royaume, un frère ou une sœur.

Car, ces plus petits sont tout proche du cœur de Dieu à cause de leur faiblesse même. Non pas qu’il les aime davantage, mais Dieu s’émeut de leur détresse, il a souci d’eux, car leur vie est menacée, ce qui explique l’urgence de son action en leur faveur.

Entendu un jour à la radio de Radio-Canada, l’entrevue d’une journaliste avec un couple en Colombie-Britannique responsable d’un foyer d’accueil pendant plus de trente ans et qui avait accueilli au fil de ces années plus de 300 enfants, en adoptant même certains parmi eux. La journaliste leur demanda s’il y avait de ces enfants qu’ils avaient aimés plus que d’autres, et la maman de répondre spontanément, oui, ceux qui en avait le plus besoin.

Frères et sœurs, tel est l’amour de Dieu à l’endroit des tout-petits, de ceux et celles qui le découvrent tardivement dans leur vie. À eux donc la joie d’être retrouvés, le privilège des premières places, d’être payés les premiers, recevant le même salaire que tous les autres élus. Dieu veut les traiter avec autant d’attention que les ouvriers de la première heure, même si dans leur faiblesse et leur fragilité, même si, à cause de leur péché, ils n’ont pu donner autant, étant venu tardivement à Dieu.

Remarquez la fin de notre parabole : « Les derniers seront premiers et les premiers seront derniers ». Il est fascinant dans la Bible cet intérêt de Dieu pour les derniers, pour les cadets des familles, pour les femmes stériles. Car dans l’Ancien Testament le cadet est celui qui a le moins de droits parmi tous les enfants, puisqu’il est le dernier arrivé dans la famille. Pourtant, c’est le dernier-né d’une famille que Dieu choisit pour être roi d’Israël, celui de qui descendra le messie, le roi David. Chez les enfants d’Isaac, c’est l’aîné qui perd son droit d’aînesse au profit du cadet et ainsi, nous dit le récit, c’est « l’aîné qui servira le cadet » (Gen 25,23). C’est d’une femme stérile que naît le prophète Samuel ou le Juge Samson ou le prophète Jean-Baptiste.

Comme si Dieu voulait ainsi nous faire comprendre que ses voies ne sont pas les nôtres et qu’il y a urgence à convertir nos manières de voir où trop souvent le péché nous enferme dans la domination et l’exclusion de l’autre.

À la fin de la parabole, ce qu’il faut retenir, ce n’est pas que les premiers seront les derniers, mais que les derniers seront les premiers. Elle est là la bonne nouvelle. La fête sera avant tout pour ceux-ci au ciel, même si ce sera fête pour tout le monde. La fête des ouvriers de la première heure sera d’entrer dans la joie de leur maître et de se réjouir du bonheur des derniers arrivés, tout comme l’on se réjouit lorsque la brebis perdue est retrouvée.

Un proverbe arabe dit ceci : « Viens à moi avec ton cœur, et je te donnerai mes yeux. » Parce que Dieu est Lumière, il nous a donné les yeux de Jésus pour regarder notre monde comme personne avant lui n’avait pu le faire. En Jésus ressuscité, nous pouvons désormais voir le monde avec un autre regard, il nous donne ses yeux, qui sont le regard même du Père qui réalise en nous l’impossible, soit d’élargir notre souci pour le monde à la dimension de son cœur.

Frères et sœurs, c’est là notre foi, bonne nouvelle que nous célébrons ensemble en ce 40e anniversaire du centre étudiant.

Alors, prions pour tous ceux et celles qui nous ont précédés dans la foi auprès du Père au fil de ces quarante années, ainsi que pour tous ceux et celles que Dieu cherche dans son amour afin de les ramener à lui.

Fr. Yves Bériault, O.P.

 

PRIÈRE

Seigneur Dieu,
tu as voulu que toute la loi de sainteté
consiste à t’aimer et à aimer son prochain :
donne-nous de garder tes commandements,
et de parvenir ainsi à la vie éternelle.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
lui qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.

∞ Amen.