29 mai 2026
Le prophète qui regarde et agit
Aujourd’hui, le frère Daniel Cadrin, O.P., nous explique l’action de Jésus au temple dans la perspective prophétique des Écritures pour mieux nous aider, en tant que croyants, à traduire cet enseignement en actions de foi.
PREMIÈRE LETTRE DE SAINT PIERRE APÔTRE (4, 7-13)
Bien-aimés, la fin de toutes choses est proche. Soyez donc raisonnables et sobres en vue de la prière. Avant tout, ayez entre vous une charité intense, car la charité couvre une multitude de péchés. Pratiquez l’hospitalité les uns envers les autres sans récriminer.
Ce que chacun de vous a reçu comme don de la grâce, mettez-le au service des autres, en bons gérants de la grâce de Dieu qui est si diverse : si quelqu’un parle, qu’il le fasse comme pour des paroles de Dieu ; celui qui assure le service, qu’il s’en acquitte comme avec la force procurée par Dieu. Ainsi, en tout, Dieu sera glorifié par Jésus Christ, à qui appartiennent la gloire et la souveraineté pour les siècles des siècles. Amen.
Bien-aimés, ne trouvez pas étrange le brasier allumé parmi vous pour vous mettre à l’épreuve ; ce qui vous arrive n’a rien d’étrange. Dans la mesure où vous communiez aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin d’être dans la joie et l’allégresse quand sa gloire se révélera.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT MARC (11, 11-25)
Après son arrivée au milieu des acclamations de la foule, Jésus entra à Jérusalem, dans le Temple. Il parcourut du regard toutes choses et, comme c’était déjà le soir, il sortit pour aller à Béthanie avec les Douze.
Le lendemain, quand ils quittèrent Béthanie, il eut faim. Voyant de loin un figuier qui avait des feuilles, il alla voir s’il y trouverait quelque chose ; mais, en s’approchant, il ne trouva que des feuilles, car ce n’était pas la saison des figues. Alors il dit au figuier : « Que jamais plus personne ne mange de tes fruits ! » Et ses disciples avaient bien entendu.
Ils arrivèrent à Jérusalem. Entré dans le Temple, Jésus se mit à expulser ceux qui vendaient et ceux qui achetaient dans le Temple. Il renversa les comptoirs des changeurs et les sièges des marchands de colombes, et il ne laissait personne transporter quoi que ce soit à travers le Temple. Il enseignait, et il déclarait aux gens : « L’Écriture ne dit-elle pas : Ma maison sera appelée maison de prière pour toutes les nations ? Or vous, vous en avez fait une caverne de bandits. » Apprenant cela, les grands prêtres et les scribes cherchaient comment le faire périr. En effet, ils avaient peur de lui, car toute la foule était frappée par son enseignement. Et quand le soir tomba, Jésus et ses disciples s’en allèrent hors de la ville.
Le lendemain matin, en passant, ils virent le figuier qui était desséché jusqu’aux racines. Pierre, se rappelant ce qui s’était passé, dit à Jésus : « Rabbi, regarde : le figuier que tu as maudit est desséché. » Alors Jésus, prenant la parole, leur dit : « Ayez foi en Dieu. Amen, je vous le dis : quiconque dira à cette montagne : “Enlève-toi de là, et va te jeter dans la mer”, s’il ne doute pas dans son cœur, mais s’il croit que ce qu’il dit arrivera, cela lui sera accordé ! C’est pourquoi, je vous le dis : tout ce que vous demandez dans la prière, croyez que vous l’avez obtenu, et cela vous sera accordé. Et quand vous vous tenez en prière, si vous avez quelque chose contre quelqu’un, pardonnez, afin que votre Père qui est aux cieux vous pardonne aussi vos fautes. »
Prédication
Cet évangile nous présente Jésus en mouvement. Deux fois, il se rend au temple à Jérusalem puis il quitte la ville. À la première visite, il prend le temps de bien regarder; à la deuxième, il passe à l’action. Cela advient après son entrée triomphale à Jérusalem. Durant ces visites, deux fois il voit un figuier.
L’action de Jésus au temple est celle d’un prophète. Il fait le ménage mais aussi il vient restaurer le sens et le rôle de la maison de Dieu, et ainsi de l’Alliance avec le Dieu vivant. Il cite Isaïe (56,7) qui souligne l’universalité de ce lieu saint, maison de prière pour tous les peuples, et non un lieu d’exclusion. Il se réfère aussi à Jérémie (7,11), à propos de la caverne de bandits. Cela ne vise pas le commerce comme tel mais plutôt l’hypocrisie du culte. On commet des méfaits, on ne respecte pas la veuve, l’orphelin et l’étranger, on ne s’occupe pas de la Loi. Puis on se réfugie au temple, en toute sécurité, comme si Dieu était indifférent, comme s’il ne voyait pas la misère de son peuple et les cœurs mensongers.
Comme les prophètes, Jésus critique une religion qui ne porte pas des fruits de justice et de miséricorde. Son geste de purification du temple va jouer plus tard dans sa condamnation. Déjà les grands-prêtres et les scribes s’activent (v.18). Quant au figuier, il joue un rôle symbolique car il n’est pas fécond; il évoque le temple.
Cet appel de Jésus nous invite à unifier nos vies, à vivre une expérience religieuse qui marque nos quotidiens, nos choix, nos rapports aux autres. La finale, adressée aux disciples, porte sur la foi et la force de la prière. Et elle intègre des éléments du Notre Père, qui n’est pas en Marc : la prière, la demande, le pardon, et l’expression même, votre Père qui est aux cieux.
La première lecture invite à l’essentiel dans notre vie fraternelle : une charité intense et une hospitalité souriante. Et aussi, il s’agit de reconnaître nos dons et ceux des autres, qui sont divers, et de les mettre au service de la communauté. Cela est présenté ici avec l’image de la gérance : un bon administrateur prend soin du bien qui lui est confié et qui ne lui appartient pas. Il s’agit du don de la grâce de Dieu, à faire fructifier. La finale invite à ne pas nous laisser dérouter par les difficultés actuelles sur nos chemins. Ces épreuves ne disent pas le dernier mot, qui revient à la joie.
Fr. Daniel Cadrin, O.P.
PRIÈRE
Sois favorable à tes fidèles, Seigneur,
et, dans ta bonté,
multiplie pour eux les dons de ta grâce,
afin que, brûlant de charité, de foi et d’espérance,
ils soient toujours vigilants pour garder tes commandements.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.
