26 mai 2026
À cause de moi
Aujourd’hui, le frère André Descôteaux, O.P., nous explique, entre autre à travers des écrits du père Benoît de Sinety, ce qui fait la réelle radicalité d’une vie qui se dit tangiblement chrétienne.
PREMIÈRE LETTRE DE SAINT PIERRE APÔTRE (1, 10-16)
Bien-aimés, sur le salut, les prophètes ont fait porter leurs interrogations et leurs recherches, eux qui ont prophétisé pour annoncer la grâce qui vous est destinée. Ils cherchaient quel temps et quelles circonstances voulait indiquer l’Esprit du Christ, présent en eux, quand il attestait par avance les souffrances du Christ et la gloire qui s’ensuivrait. Il leur fut révélé que ce n’était pas pour eux-mêmes, mais pour vous, qu’ils étaient au service de ce message, annoncé maintenant par ceux qui vous ont évangélisés dans l’Esprit Saint envoyé du ciel ; même des anges désirent se pencher pour scruter ce message.
C’est pourquoi, après avoir disposé votre intelligence pour le service, restez sobres, mettez toute votre espérance dans la grâce que vous apporte la révélation de Jésus Christ. Comme des enfants qui obéissent, cessez de vous conformer aux convoitises d’autrefois, quand vous étiez dans l’ignorance, mais, à l’exemple du Dieu saint qui vous a appelés, devenez saints, vous aussi, dans toute votre conduite, puisqu’il est écrit : Vous serez saints, car moi, je suis saint.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT MARC (10, 28-31)
En ce temps-là, Pierre se mit à dire à Jésus : « Voici que nous avons tout quitté pour te suivre. » Jésus déclara : « Amen, je vous le dis : nul n’aura quitté, à cause de moi et de l’Évangile, une maison, des frères, des sœurs, une mère, un père, des enfants ou une terre sans qu’il reçoive, en ce temps déjà, le centuple : maisons, frères, sœurs, mères, enfants et terres, avec des persécutions, et, dans le monde à venir, la vie éternelle.
« Beaucoup de premiers seront derniers, et les derniers seront les premiers. »
Prédication
Cet extrait de l’évangile suit la rencontre de Jésus avec le jeune homme qui lui demande ce qu’il doit faire pour obtenir la vie éternelle. Jésus, nous dit le texte, ayant posé son regard sur lui l’aima et lui dit : ‘une seule chose te manque : va, vends ce que tu as et donne-le aux pauvres ; puis, viens, suis-moi. (Mc 10, 21)’. Nous savons tous sa réaction. Tout triste, il s’en alla, car il avait de grands biens. S’ensuit une remarque de Jésus sur le danger des richesses.
Et voilà que Pierre, qui n’est jamais en reste, fait remarquer au Seigneur que lui et ses compagnons ont tout quitté pour le suivre. Jésus réagit en l’assurant que ceux qui auront quitté père, mère, frères, sœurs, enfants, champs seront récompensés en obtenant la vie éternelle et en attendant des persécutions.
Ce qui me frappe dans cette scène c’est la raison qui pousse à cette radicalité dans le détachement : à cause de moi, à cause de l’Évangile ou pour reprendre les mots de Pierre pour suivre Jésus.
Nous sommes là au cœur de l’Évangile, au cœur de toute vie chrétienne : Jésus. Jésus au cœur de nos vies. Jésus au centre de nos existences. Tout à cause de lui. Tout pour lui, y compris les persécutions. Si tous les disciples n’ont pas à se départir de leurs biens ou à quitter leur famille pour suivre Jésus, Jésus demeure le pivot de toute vie chrétienne. Pour tous et pour toutes, l’essentiel est la place de Jésus au cœur de la vie du disciple.
Récemment, j’écoutais une conférence du père Benoît de Sinety, prêtre du diocèse de Lille en France, sur le thème de l’identité chrétienne et de la radicalité évangélique. Il affirmait que, vêtu de noir, en portant un col romain, non seulement il s’affichait comme prêtre, mais qu’il était identifié au christianisme. Mais, pour autant, vivait-il la radicalité de l’Évangile ?
Selon le Père de Sinety, le centre de la radicalité de l’Évangile, c’est la recherche du Christ. L’Évangile nous invite à une radicalité de vie. Il est le lieu de la radicalité. Dieu se donne totalement. Comment ne pas être bouleversé quand on réfléchit à la manière dont Dieu se révèle dans le Christ ? Le christianisme se doit d’être radical, car il est la réponse à l’appel radical de Dieu à travers le Christ. C’est lui qu’il faut chercher, trouver, découvrir, rencontrer et suivre. Accueil radical à un don radical !
Si le Christ est au centre, l’Évangile est au centre. Toutes les paroles de l’Évangile invitant à donner aux pauvres, à partager nos biens, à accueillir les étrangers, à visiter les malades et plus profondément à nous aimer les uns les autres sont au cœur de la radicalité chrétienne.
Dans le livre que le père Sinety vient de publier, on peut lire que la radicalité ne consiste pas à imposer un cadre légal qui correspondrait à nos croyances, mais « à être, dans le monde tel qu’il est, un signe de contradiction non pas bruyant, mais réel. On peut crier ‘non à l’euthanasie’ dans la rue, et quelques années plus tard, demander pour soi ou pour un proche ce que l’on a combattu. On peut poster des indignations sur l’écologie et prendre l’avion six fois par an. On peut défiler pour la famille et détruire la sienne dans l’indifférence quotidienne. On peut exiger des lois chrétiennes et vives comme si le Christ n’avait jamais existé. La vraie radicalité chrétienne se situe ailleurs. Dans la manière de vivre sa sexualité, son couple, son désir d’enfant. Dans la façon d’affronter la maladie, la souffrance, la mort. En respectant la vie des plus fragiles, des plus pauvres, des étrangers – ces étrangers que l’on accueille si facilement dans les discours et si difficilement dans les faits. C’est beaucoup moins spectaculaire que de crier des slogans, mais c’est infiniment plus évangélique ». Et il poursuit : « une seule chose à faire. Elle est simple et très exigeante : mettre sa vie à l’épreuve du Christ ». (Benoît de Sinety, La cause du Christ)
La radicalité toujours à cause de lui !
Fr. André Descôteaux, O.P.
PRIÈRE
Seigneur Dieu,
tu ne cesses d’élever à la gloire de la sainteté
ceux qui te servent fidèlement ;
accorde-nous d’être embrasés du feu de l’Esprit Saint
qui habitait admirablement le cœur de saint Philippe Néri.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.
