13 mars 2026
Une proximité surprenante
Aujourd’hui, le frère Daniel Cadrin, O.P., nous présente la révolution que Jésus apporte à la religion juive de son temps : un commandement trépied, en trois pieds fondamentaux.
LIVRE DU PROPHÈTE OSÉE (14, 2-10)
Ainsi parle le Seigneur : Reviens, Israël, au Seigneur ton Dieu ; car tu t’es effondré par suite de tes fautes. Revenez au Seigneur en lui présentant ces paroles : « Enlève toutes les fautes, et accepte ce qui est bon. Au lieu de taureaux, nous t’offrons en sacrifice les paroles de nos lèvres. Puisque les Assyriens ne peuvent pas nous sauver, nous ne monterons plus sur des chevaux, et nous ne dirons plus à l’ouvrage de nos mains : “Tu es notre Dieu”, car de toi seul l’orphelin reçoit de la tendresse. »
Voici la réponse du Seigneur : Je les guérirai de leur infidélité, je les aimerai d’un amour gratuit, car ma colère s’est détournée d’Israël. Je serai pour Israël comme la rosée, il fleurira comme le lis, il étendra ses racines comme les arbres du Liban. Ses jeunes pousses vont grandir, sa parure sera comme celle de l’olivier, son parfum, comme celui de la forêt du Liban. Ils reviendront s’asseoir à son ombre, ils feront revivre le froment, ils fleuriront comme la vigne, ils seront renommés comme le vin du Liban. Éphraïm ! Peux-tu me confondre avec les idoles ? C’est moi qui te réponds et qui te regarde. Je suis comme le cyprès toujours vert, c’est moi qui te donne ton fruit.
Qui donc est assez sage pour comprendre ces choses, assez pénétrant pour les saisir ? Oui, les chemins du Seigneur sont droits : les justes y avancent, mais les pécheurs y trébuchent.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT MARC (12, 28b-34)
En ce temps-là, un scribe s’avança vers Jésus pour lui demander : « Quel est le premier de tous les commandements ? » Jésus lui fit cette réponse : « Voici le premier : Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force. Et voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux-là. »
Le scribe reprit : « Fort bien, Maître, tu as dit vrai : Dieu est l’Unique et il n’y en a pas d’autre que lui. L’aimer de tout son cœur, de toute son intelligence, de toute sa force, et aimer son prochain comme soi-même, vaut mieux que toute offrande d’holocaustes et de sacrifices. »
Jésus, voyant qu’il avait fait une remarque judicieuse, lui dit : « Tu n’es pas loin du royaume de Dieu. »
Et personne n’osait plus l’interroger.
Prédication
Voici une rencontre entre Jésus qui annonce la Bonne Nouvelle et un chercheur qui s’interroge. Entre ce scribe et Jésus, il y a accueil mutuel et complicité. Jésus fait son éloge; et le scribe, qui n’est pas disciple de Jésus, se montre ouvert. Cela n’est pas fréquent dans les Évangiles! C’est encourageant pour la mission.
Cela advient dans une conversation autour de questions fondamentales. Qu’est-ce qui est le plus important dans notre vie morale et religieuse? Où est l’essentiel à travers tant de règles et de demandes, de pratiques et de rites? Jésus répond que c’est l’amour de Dieu, en citant le Shema Israel, dans le Deutéronome (6, 4-5), que tout juif pieux récite chaque jour. Cela n’est pas très original! Mais il cite ensuite le Lévitique (19, 18) sur l’amour du prochain.
Ce qui est neuf et éclairant dans cette réponse, c’est que Jésus les met ensemble, il les noue. Il n’y a pas de plus grand commandement (au singulier) que ceux-là (au pluriel). Ils ne se confondent pas, chacun a sa valeur propre, mais ils sont soudés l’un à l’autre. Ils sont différents sans être en compétition. Et ils font alliance : l’amour du prochain exprime l’amour de Dieu; l’amour de Dieu fonde l’amour du prochain. Ils sont les deux pieds sur lesquels nous tenir, solides et confiants, et avec lesquels marcher sur les routes du monde. Voilà l’essentiel, qui donne un horizon à nos vies humaines. Cette perspective va à l’encontre de bien des spiritualités, qui ne marchent que sur un pied.
Il est à noter que l’amour de Dieu engage toute la personne. Le cœur : dans la Bible, c’est le centre de décision, plus large que les sentiments, et où se joue la conversion. L’âme : c’est la vie même de la personne. L’esprit : il inclut l’intelligence, qui n’est pas abandonnée mais intégrée dans la recherche de Dieu. La force : il s’agit de toutes nos ressources, intérieures et extérieures.
L’amour du prochain, comme soi-même, intègre un autre pilier : le respect de soi-même, de sa dignité d’enfant de Dieu. Je ne suis pas en dehors de cette histoire et de ce commandement d’amour. Je suis quelqu’un aux yeux du Dieu vivant. Le prochain l’est aussi : c’est quelqu’un. Les deux pieds deviennent un trépied, avec trois amours (Dieu, le prochain, soi-même) qui font alliance, s’épaulent et nous rapprochent du Royaume de Dieu.
Il nous arrive de rencontrer des gens qui ne font pas partie de nos mouvements et groupes mais qui partagent avec nous une quête de sens et de valeurs. Il importe de reconnaître cette proximité. L’Esprit du Dieu aimant et aimé agit au-delà de nos cercles et réseaux. C’est très encourageant.
Fr. Daniel Cadrin, O.P.
PRIÈRE
Seigneur, nous t’en prions :
dans ta bonté, répands ta grâce en nos cœurs,
délivre-nous des égarements de la faiblesse humaine
et accorde-nous de nous attacher avec force
à tes enseignements.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.
